Jeunesse

Fillon, un programme de choc contre la jeunesse

Publié le 23 novembre 2016

Le candidat sorti vainqueur du premier tour de la Primaire de la droite incarne bien la droite dure, ultra libérale et conservatrice. Voté largement dans les secteurs traditionnels de la droite, François Fillon exprime le programme de la bourgeoisie française qui est contrainte d’accélérer ses réformes pour rattraper son retard sur ses concurrents allemands, sur fond de durcissement de l’État et de ses traits bonapartistes. Ce « Thatcher » à la française entend bien mener son programme de contre-réformes et de politique antisociale avec poigne, et de faire taire toute contestation, pour éviter un scénario Loi Travail. Retour sur ses points clés pour la jeunesse…

Marina Garrisi

Un programme contre la jeunesse précarisée et issue des milieux défavorisés

Pour lutter contre la précarité de la jeunesse, des cadeaux pour les patrons ! Pour mettre fin au chômage de masse qui touche de plein fouet la jeunesse, avec 25% de chômage chez les 18-24 ans, François Fillon met en avant sa mesure phare : l’alternance pour tous. Selon lui, il faut en finir avec le culte du diplôme, et former les jeunes aux réalités de l’entreprise pour donner envie aux patrons « d’investir » en eux. La formation en alternance permettrait une insertion plus efficace de la jeunesse dans le marché du travail, en en faisant une main d’œuvre bon marché. Et pour aller vers la généralisation de l’alternance, le candidat prévoit des avantages pour les entreprises qui emploieraient au moins 4% de jeunes en alternance dans ses effectifs, ainsi que la suppression des charges patronales pour l’emploi de jeune en alternance.

Pour mettre fin à « l’échec scolaire », sélectionner dès le plus jeune âge ! Fillon veut mettre en place un examen d’entrée au collège et au lycée, et donner une plus grande autonomie aux établissements afin que la possibilité leur soit donnée de sélectionner leurs élèves à l’entrée. Fillon veut également s’attaquer au baccalauréat tel qu’il est aujourd’hui, car selon lui, le bac ne doit pas offrir le droit d’accéder à n’importe quelle formation, n’importe quel diplôme de l’enseignement supérieur ni d’y accéder indéfiniment. L’orientation sera donc au cœur de la politique dans l’enseignement, pour « accompagner » les élèves vers des filières et des voies qui correspondent à leurs « capacités », et à leur « mérite ». De biens grands mots pour entériner une bonne fois pour toute la sélection sociale et la reproduction des inégalités déjà en place dans le système scolaire.

Soumettre la jeunesse en lui imposant une plus grande précarité ! Fillon entend remettre en vigueur la Loi sur la suppression des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire. Cette Loi avait été supprimée par la gauche après son adoption en 2010 sous Sarkozy. Cette mesure est une attaque particulière aux familles les plus précarisées, et sur les jeunes qui vivent dans un milieu difficile, ou qui se sentent déjà exclus du système, et qui vient rajouter à la difficulté pour ceux-ci de survivre dans celui-ci. En ce qui concerne les bourses étudiantes, Fillon veut réformer le système de bourse et introduire l’idée du mérite dans l’attribution de celles-ci, et non plus les fixer à partir de critères sociaux.

Quelle politique pour l’éducation nationale et l’enseignement supérieur ?

 François Fillon prévoit la suppression de 500 000 fonctionnaires, de quoi alimenter et accélérer la casse brutale de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur
 S’inscrivant dans la droite ligne de la LRU 1 de Sarko, François Fillon veut toujours plus d’autonomie pour nos Universités : il faudrait les rendre libres de choisir leurs élèves eux-mêmes, de fixer la hauteur de leurs frais d’inscriptions, de sélectionner en Master 1.

Renforcer le développement d’Universités à deux vitesses ! François Fillon veut inciter les Universités à mettre en place des filières d’excellence dans leur établissement, avec sélection à l’entrée, dans la continuité du processus de Bologne. Le candidat veut aussi procéder à une évaluation des établissements de l’enseignement supérieur et indexer le financement public de l’État en fonction des résultats et de la productivité du dit établissement. L’Enseignement Supérieur doit être jugé en fonction de sa capacité à former une main d’œuvre adaptée au marché du travail.

Réinstaurer l’autorité sur la jeunesse : « refaire de l’école la première marche de l’unité républicaine »

Renforcement du dispositif juridique répressif contre la jeunesse. François Fillon veut « en finir avec le laxisme de la majorité socialiste », ce qui peut paraître fort comme formule quand on se rappelle la répression du mouvement du Printemps, en particulier celle exercée sur la jeunesse ! En 2005, face aux occupations et à la mobilisation lycéenne, c’est lui qui avait dit « À chaque blocage de lycée, il y aura déblocage ». Même logique aujourd’hui. De même, en accord avec l’ensemble de ses ex concurrents à la primaire de droite, François Fillon prévoit une rafale de réformes pénales avec en ligne de mire… les jeunes, avec notamment l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans pour que les mineurs reconnus coupables de crime ou délit soient jugés comme des adultes.

Édification de la « République » et exclusion de ceux qui sont jugés incompatibles. « Il y a une perte de repères qui se traduit chez une certaine jeunesse par une attitude très agressive vis-à-vis de la France et de son histoire (…) Nous avons le devoir de redonner à l’ensemble de nos concitoyens des raisons d’être fiers d’être français ». Fillon donne le ton. Réformer les programmes scolaires et en particulier en Histoire, pour réinscrire un « récit national », dont il faut être fiers, et revendiquer la politique française, comme la colonisation, qui aurait permis selon lui un « partage de la culture », et masquant par-là la politique raciste et de pillage de la France dans ses colonies. Mais aussi en apprenant aux élèves à glorifier l’histoire de la France, ses batailles, ses hommes de prestige, et ce dès leur plus jeune âge. Lui qui avait réinstauré la punition collective ou l’obligation de la Marseillaise à l’école quand il était ministre de l’éducation nationale, entend bien faire de l’école un moyen pour mettre au pas la jeunesse. Et tous ceux qui ne rentreraient pas dans les clous de la République seront pointés du doigt et combattus, à commencer par les musulmans ou assignés comme tels, puisque Fillon aime à le répéter, lui qui est tellement plébiscité par les milieux catholiques réactionnaires et le micro parti Sens Commun de La Manif Pour Tous, « l’Islam est un problème pour la France ».