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Interview

Fin de la grève chez Schneider Libourne : « cet exemple va marquer de manière très positive les luttes à venir »

Publié le 29 janvier 2016

Le mouvement de grève de Schneider Libourne s’est achevé avec l’obtention de certaines avancées. L’intersyndicale, dans sa totalité, n’a pas accepté la proposition patronale qu’elle juge très insuffisante. Elle propose d’ouvrir la discussion à l’ensemble des salariés. La grève est momentanément suspendue, mais la lutte continue.

Malgré la non représentation de tous les salariés, cette lutte pour l’augmentation des salaires montre que si tous les salariés étaient représentés de manière démocratique et si une coordination se faisait avec d’autres usines de la région ainsi qu’avec la population, la classe ouvrière serait dans un meilleur rapport de forces pour défendre les salaires ainsi que des améliorations des conditions de travail et le passage en contrat CDI des intérimaires et des CDD.

La direction de l’entreprise proposait 0,7% d’augmentation générale avec planchers selon les tranches du salaire mensuel brut ; que les primes d’équipe 2x8 et nuits soient réévaluées, à titre exceptionnel et dérogatoire, au 1er avril 2016, de la valeur des augmentations générales, soit 0,7%.

Les salariés attendaient de la part de la direction un effort plus conséquent en vue des résultats exceptionnels 2015 : 108.000 millions d’euros de chiffre d’affaires (historique) ; 33.000 tableau à isolement RM6 produits (historique).

Révolution Permanente a interviewé un ouvrier en lutte de Schneider Libourne (Oaky).

En 52 ans d’existence de l’entreprise SFCME, 2015 a été l’année record de chiffre d’affaire et de production : 50% des bénéfices de l’entreprise reviennent aux actionnaires. Quelles sont les conditions de travail auxquelles vous êtes soumis à Schneider Libourne ?

Les conditions de travail ont empiré depuis quelque temps. Nous subissons une augmentation de la production et par conséquent des cadences. En 5 ans, progressivement, nous sommes passés de 45 transformateurs par équipe à 65. La direction exerce une pression économique sur les travailleurs à travers un chantage aux heures supplémentaires le samedi. En contrepartie la direction a offert des A.I. (augmentations individuelles) à la tête du client. Celui qui veut être augmenté devra faire des heures supplémentaires les samedis et devra faire du zèle.

Certains salariés en CDI subissent une pression de la part de la direction qui prend en otages des collègues intérimaires. Si on refuse les heures supplémentaires le samedi, ils risquent la porte.

Après 30 ans de passivité (les seuls mouvements se sont limités à quelques débrayages) une intersyndicale s’est formée et un piquet de grève a été mis en place avec 3 jours d’arrêt d’usine.

Vous avez reçu un soutien concret de la part d’autres ouvriers ?

Nous avons reçu le soutien des passants, surtout les employés des usines proches. Une solidarité s’est créée avec les entreprises autour de la zone de la Ballastière. Notamment les camarades de Renault qui ont offert un tonneau en fer. Des palettes pour faire du feu ont été fournies par nos collègues de Point P. Les travailleurs de DMA (fournisseur d’armatures pour bêton) ont offert une belle grille et ont découpé le tonneau pour faire du feu et des grillades.

Certains camarades de la verrerie BSN de Vayres ont soutenu le mouvement, ainsi que des camarades du NPA.

Les représentants CGT de la métallurgie de la Gironde se sont déplacés et ont appelé tous les syndicats à soutenir nos camarades. L’union locale CGT de Libourne, en plus d’un soutien inconditionnel, nous a fourni une équipe de sonorisation pour animer notre piquet de grève.

Qu’est-ce que tu penses des condamnations des salariés de Goodyear et Air France ?

En ce qui concerne Goodyear, je pense que cette condamnation est inadmissible. Des salariés qui défendaient leur droit et leur outil de travail ont été condamnés à 24 mois de prison, dont 9 fermes, alors que la direction avait retiré sa plainte. Le gouvernement, à travers le procureur, a poursuivi les salariés notamment les délégués du personnel CGT.

Concernant Air France, certes, il y a eu une agressivité de la part des salariés, mais ce n’était qu’une réaction à l’attaque contre leur emploi. Est- elle acceptable, la violence des patrons qui veulent supprimer 2900 postes de travail en laissant des centaines de familles dans la précarité, avec tous les problèmes sociaux qu’engendre le chômage ? Je pense que c’est cela la plus grande brutalité.

Quel est le résultat que vous avez obtenu et quelles sont les perspectives ?

Vendredi matin, dès le lancement du mouvement dans le cadre des NAO (négociations annuelles obligatoires), la direction a proposé une indexation de l’augmentation générale de la prime d’équipe, qui est actuellement de 43 €, sur la base d’une augmentation générale de 0,7 %. Cela correspond à une augmentation de 0,30 cents, le prix d’un café à la machine ! Une provocation poussée à l’extrême… Après cela, on se plaint de l’attitude des camarades d’Air France !

Durant l’année 2015 il n’y a pas eu d’AG. Vendredi après-midi, la direction a proposé par surprise une réunion dont l’objectif principal était de déstabiliser le mouvement intersyndical. Mais les salariés ne se sont pas laissé duper, car l’argument principal était que FO de Schneider Group dont dépend la filiale serait prête à signer. Mais le délégué FO a carrément réfuté cette information en maintenant sa confiance et sa solidarité à l’égard des camarades CGT, CFDT.

Malgré la possibilité de ne pas obtenir entière satisfaction, l’action a été fêtée et les gens se sont mobilisés avec enthousiasme et ardeur, menant un combat exemplaire. Cet exemple va marquer de manière très positive les luttes à venir. Malheureusement les offensives patronales continueront sans limites. Nos camarades, à un moment ou un autre, reprendront le travail, mais avec la tête haute, car la lutte continue et nous serons prêts à les affronter.