Politique

Tous unis pour la corruption !

Financement libyen de la campagne de Sarkozy : soutien unanime des candidats corrompus des Républicains

Publié le 18 novembre 2016

Le 15 novembre dernier, Ziad Takkiedine révélait à Mediapart la façon dont il avait remis l’argent libyen pour la campagne de Nicolas Sarkozy, lorsqu’il briguait la présidence de la République en 2007. L’occasion pour nous de nous rappeler un (mais pas le seul !) des dossiers dans lequel est embourbé le candidat à la primaire des Républicains. L’occasion aussi de voir que lorsqu’il s’agit de défendre un petit camarade accusé dans un dossier de corruption, toute la cour de récréation républicaine serre les coudes contre celles et ceux qui pourraient chercher à déterrer leurs propres affaires, alors qu’ils sont dans la dernière ligne droite pour les primaires.

George Waters

L’énième casserole de Nicolas Sarkozy

Tout commence en 2011 alors que la guerre en Libye se prépare, puis est déclarée. A ce moment-là, la famille de Kadhafi, notamment Seif al-Islam s’indigne de voir l’ex-président français lancer une guerre contre celui qu’il a accueilli en 2007, et qui, selon lui, a pu mener en partie sa campagne présidentielle grâce à des fonds libyen : il demande à Sarkozy de « rendre l’argent qu’il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale ». Un an plus tard, un document de 2006 est publié par Mediapart : une note de l’ex-chef des services secrets libyens stipulant qu’un financement a été accordé aux proches de Sarkozy, lequel aurait été négocié par le futur président et B. Hortefeux. Face à la cabale et la plainte en diffamation de celui qui est alors président, l’auteur du document, « gêné », publie un démenti… Cependant, une enquête est confiée à des juges d’instruction, qui s’aperçoivent vite que Claude Guéant a perçu 500 000 € sur son compte, en provenance de la Malaisie. S’il prétend que c’est le prix de la vente de tableaux de valeur, les juges ne le croient pas et le mettent en examen. Puis, Mediapart publie à nouveau un document compromettant, dans lequel l’ancien directeur du cabinet du fils de Kadhafi affirme que des millions d’euros sont arrivés dans les poches de Sarkozy, via les mains de Ziad Takieddine. Finalement, il y a 3 jours, ce dernier explique en vidéo comment cela est arrivé.

Nicolas Sarkozy n’en est cependant pas à sa première « casserole » ; on pourrait même dire qu’il les collectionne. Entre l’affaire Karachi, sur le financement d’armements moyen-orientaux et les rétro-commissions colossales en jeu, le financement via Bygmalion de sa campagne, l’affaire des sondages de l’Elysée, l’affaire Pérol, et même l’affaire Bettencourt, l’ex président a une manière bien singulière d’être irréprochable. Cependant, la lenteur de la justice dans ce genre d’affaire, l’aide beaucoup, et à coup de renvois, de « respect du travail de la justice », Nicolas Sarkozy n’est actuellement inquiété dans ces affaires que médiatiquement et politiquement. L’exemple de ses parents spirituels en la matière, le couple Balkany, montre bien que l’on peut être inquiété toute sa vie pour corruption tout en n’étant jamais condamné et garder ses mandats !

Des candidats à la primaire très bienveillants, tous aussi pourris que Sarkozy

Alors que Sarkozy et Guéant vont porter plainte contre Takkiédine pour diffamation, le troisième débat des primaires des Républicains avait lieu hier, avant le premier tour de ce dimanche. Et alors que l’ex-président n’avait jamais été inquiété à propos de ses multiples casseroles, tout le monde attendait une question sur cela. Libération avait même proposé trois questions à Pujadas, qui présentait le débat. Le présentateur a donc commencé, dès le début de l’émission, à questionner Sarkozy, obligé d’aborder la question tant le silence des médias devenait gênant pour leur crédibilité vis-à-vis du public : « Avez-vous oui ou non reçu de l’argent liquide de Libye pour financer votre campagne de 2007 comme l’a affirmé l’intermédiaire Ziad Takieddine, pas seulement dans les médias mais à la justice française hier aussi  ? »

«  Quelle indignité. Nous sommes sur le service public. Vous n’avez pas honte de donner écho à un homme qui a fait de la prison, qui a été condamné à d’innombrables reprises pour diffamation et qui est un menteur ? Ce n’est pas l’idée, voyez-vous, que je me fais du service public. C’est une honte » répond le candidat.


"Quelle indignité !" Nicolas Sarkozy répond aux... par francetvinfo

Le président évite donc la question, soulignant que le service public doit systématiquement brosser dans le sens du poil celles et ceux qui pourraient devenir les puissants de ce monde ou qui le sont déjà, rappelant que les médias étatiques font partie de ces nouveaux chiens de garde si bien décrits par Yannick Kergoat et Gilles Balbastre. En somme, si sa réponse n’est évidemment pas étonnante, les réactions de ses compères sur scène sont plus remarquables : tous les candidats soutiennent le président.

« C’est vrai qu’il est un peu scandaleux de voir resurgir régulièrement ces accusations. Et chaque fois que je lis un article sur le sujet, quelle est la conclusion ? ’Pas de preuve’. Voilà. Donc je pense qu’en permanence agiter ceci sans preuve est assez contestable  » explique Alain Juppé, qui n’aurait sûrement pas apprécié que l’on lui ressorte l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, et qui cherche aussi et avant tout à préserver le pacte de non-agression tacite avec l’ancien président, au coude à coude dans les sondages, talonnés de près par Fillon.

« La question sur Takieddine est légitime dans la mesure où c’est l‘actualité… Je trouve que la manière dont ça a été fait et le moment où cette question était posée étaient inappropriés » souligne François Fillon, qui se garderait bien de mettre en cause l’ex-président, qui l’a laissé cinq ans au poste de premier ministre.

Finalement, seul Jean-François Copé s’est « permis » d’attaquer le tribun Sarkozy, expliquant que « par principe, toutes les questions des journalistes sont légitimes. [...] Toutes les questions des journalistes, on est en démocratie, sont légitimes. Chacun répond comme il l’entend. Moi je n’ai absolument rien à voir avec tout ça et je n’entends absolument pas le commenter. » Peut-être a-t-il mal pris la façon dont Nicolas Sarkozy s’est débarrassé de l’affaire Bygmalion en chargeant celui qui était le président de l’UMP d’alors.