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Les prisons tuent !

Fleury-Mérogis : un codétenu meurt dans ses bras sous les rires des matons

C’est l’Observatoire International des Prisons qui a révélé hier une sombre histoire qui s’est déroulée en avril 2018 à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne) : alors qu’un détenu voit son état de santé se détériorer très rapidement, les matons n’interviennent pas, causant la mort au petit matin du détenu, dans les bras de son camarade de cellule.

« Je t’en supplie ne me laisse pas mourir »

C’est surement l’un des dernier mot de Kevin*, à son codéténu Kilian*, au petit matin alors que depuis une dizaine d’heures il souffre de vomissements intenses. Le témoignage de Kilian, publié par l’Observatoire International des Prison, est édifiant : en avril 2018, alors que Kevin commence à se sentir mal dès 15h et est atteint de vomissements, il ne verra, jusqu’à sa mort, qu’une fois les médecins de la prisons, les surveillants préférant le laisser crever dans sa cellule.

« Ils passaient toutes les heures et à chaque fois je leur signalais que ça se passait mal, que ça empirait. Deux fois seulement dans la nuit, Kevin a repris conscience, mais c’était juste pour aller vomir, puis il revenait s’allonger sur le lit. Il avait chaud, puis froid, puis chaud à nouveau. Le peu qu’il parlait, c’était pour dire : « Ne me laisse pas mourir, je t’en supplie ne me laisse pas mourir. »

Toutes les heures quand les surveillants passaient, je les interpellais de plus en plus bruyamment à travers la porte. Je les ai insultés, mais ça ne changeait rien du tout. Ça a duré comme ça toute la nuit, jusqu’à 6 h 30, où Kevin a commencé à respirer vraiment fort. Là, j’ai sonné à l’interphone en disant que ce n’était plus possible de nous laisser comme ça, qu’il fallait venir tout de suite. Le surveillant m’a répondu qu’il fallait attendre l’appel de 7 h avec la relève. Et il a raccroché. J’ai mis Kevin en PLS, mais j’ai dû le lâcher pour aller resonner à l’interphone, puis revenir le tenir. Et pendant que je le tenais je criais : « Il faut venir ! » Je crois qu’ils ont compris à ma voix que c’était bizarre. Mais le temps qu’ils raccrochent et qu’ils viennent, Kevin est parti. Pendant que je le tenais, dans mes bras.  »

La prison, c’est la mort

Fleury-Mérogis, la plus grande prison d’Europe, qui prive de liberté 4300 hommes et femmes, a pris la tête du classement des prisons françaises en termes de morts dans son enceintes, avec près d’une dizaine de mort depuis janvier. Certains sont des suicides, d’autres sont des tabassages en règles, comme Lucas, soit-disant suicidé, ce qu’aucun de ses codétenus ne croit. En 2017, 117 suicides avaient eu lieu dans les prisons français, et le compte pour 2018 en est à 60. Le taux de mortalité dans les prisons, d’à peu près 14,6 pour 10 000 en 2017, est deux fois plus élevé que celui du reste de la population : en effet, l’age moyen des prisonniers est de 35 ans, âge auquel le taux de mortalité de la population française est de 7 pour 10 000.

Mais la mort ne suffit pas pour les matons de Fleury-Mérogis : alors que le taux d’occupation est de 146 %, les tabassages, insultes, et parfois sévices sexuelles sont fréquents, avec pour conséquence logique une hausse des suicides. Le témoignage de Kilian rappelle la violence des surveillants de prisons : la non-réaction des surveillants qui laissent Kevin mourir dans son vomi, puis la répression de celui qui a tenté de l’aider pendant toute la nuit, privé de promenade, de peur que la nouvelle se sache et que cela cause une erreur. Kilian témoigne ainsi de la présence des ERIS (les forces de répression pénitentiaire), qui se tenaient prêtes lors de la promenade.

La prison tue, que crève la taule !

*Les prénoms ont été modifiés

Crédit photo : L’envolée.net




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