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La violence des « anarchistes » ?

G20 à Hambourg : De quel côté est la violence ?

Depuis hier, lorsqu’on lit la presse et les articles sur le sommet du G20 à Hambourg, il n’est question que de la violence de manifestants d’extrême-gauche qui auraient conduit à un « fiasco » ou des habitants excédés et traumatisés par les « débordements » qui se sont déroulés vendredi et samedi. « Les émeutes à Hambourg choquent l’Allemagne », titre le Figaro. Mais de quelle violence et de quelle Allemagne parle-t-on ? crédits photo Yann Levy / Hans Lucas

D’une part, il faut signaler que la mobilisation ne regroupait pas que des « anarchistes du Black Block » venus s’affronter avec la police, mais de nombreuses organisations et partis, ainsi que des manifestants venus du monde entier pour s’opposer à la rencontre des pays impérialistes, destinée à planifier les guerres, et dont on sait pertinemment qu’elle ne fera qu’aggraver la situation des migrants, ne résoudra pas la crise écologique et conduira à accroitre toujours plus l’exploitation des travailleurs à travers le monde.

Lorsque nous défilions dans les rues d’Hambourg en scandant : « Vive la solidarité internationale ! », nous n’avions pas en face de nous des habitants « excédés et traumatisés » par la violence de dangereux gauchistes, mais des signes de soutien depuis les fenêtres, des pancartes « No G20 », des visages amicaux et une grande sympathie lorsque nous demandions notre chemin à un épicier pour se rendre à un rassemblement.

Face à nous, pour protéger la rencontre des chefs d’Etat, un appareil répressif sans précédent nous attendait : 20 000 policiers, 3000 véhicules, 11 hélicoptères, 185 chiens, 70 chevaux et une dizaine de canons à eau. Une ville sous état d’urgence, déserte, où l’on croisait sans arrêt des policiers, prêt à déchainer leurs forces contre l’ensemble des manifestants traités comme des criminels. Cette ambiance effrayante s’inscrit clairement dans la continuité de l’état d’urgence en France et des mesures anti-terroristes qui ont servi à durement réprimer le mouvement contre la Loi Travail l’an dernier. Ces méthodes de répression se sont étendues partout en Europe, pour mieux défendre les Etats pseudo-démocratiques face à la crise économique et à la colère généralisée.

Une fois de plus, à Hambourg, nous subissions de plein fouet la violence étatique, mais ce qui différait, c’était les méthodes de la police. Violence physique en France, avec un usage massif de gaz lacrymogène et grenades « défensives » engendrant des dizaines de blessés dans les manifestations les plus réprimées. En Allemagne, les méthodes étaient différentes, plus subtiles en un sens : une présence massive de policiers destinée à intimider, et une pression psychologique permanente.

Vendredi matin, c’était une manif stoppée « au nom du G20 », puis nassée, escortée par deux canons à eau et des dizaines de voitures de police, avant d’être violemment réprimée. L’après-midi même, les blessés s’accumulaient dans le camp où nous campions durant les deux jours du sommet. Après la course-poursuite dans les rues de Hambourg et le matraquage de manifestants qui avaient eu la malchance de se trouver en première ligne, c’était une autre tactique : nous épuiser. D’abord, le S-Bahn qui ne fonctionne plus et nous empêche de rentrer dormir, puis l’hélicoptère qui vrombit au-dessus du camp toute la nuit, obsédant ; enfin, la police qui se poste à l’entrée du camp à 6h du matin, sans qu’on sache vraiment si elle va intervenir ou non, nous faisant lever à l’aube. Le lendemain, au départ de la manifestation, chaque militant est contrôlé, les poches et les sacs minutieusement inspectés par un dispositif qui pouvait compter 300 policiers. Le moindre bout de papier est déroulé et examiné, et les informations contenues sur les passeports les cartes d’identités relevées et notées sur un carnet. Puis, pendant et après la manif, toujours cette présence massive des forces de l’ordre, menaçante, avec des agents casqués et lourdement armés, prêts à intervenir.

La répression devait littéralement nous poursuivre jusqu’à Berlin, lors de notre retour le lendemain. Durant quatre heures, notre car fut escorté par des dizaines de voitures de police, avant que chacun ne soit soumis de nouveau à un contrôle long et minutieux, sur une aire d’autoroute, là encore par des centaines de policiers mobilisés pour l’opération. Motif ? Nous aurions été « témoins » d’actions violentes et répréhensibles, et les autorités craignaient de nouveaux débordements de la part des militants d’extrême-gauche à Berlin.

En Allemagne pendant le sommet du G20, comme en France pendant le mouvement contre la Loi Travail, l’Etat qui détient monopole de la violence « légitime », avait déployé toutes ses forces pour réduire au silence tous les opposants à sa politique, et les criminaliser par tous les moyens possibles.

Mais si quelques voitures brûlées et des vitrines brisées ont pu retenir toute l’attention des médias chiens-de-garde du pouvoir, les tentatives de briser la résistance n’ont à aucun moment entamé le moral des manifestants déterminés à résister jusqu’au bout.

Face à l’Etat policier, mobiliser quelques centaines de militants dans un camp pour protester contre la rencontre des chefs d’Etats des pays riches ne suffit pas, il faut que l’ensemble des exploités et des opprimés victimes de ce système s’unisse dans la lutte, créant ainsi le rapport de force nécessaire pour imposer de réelles libertés démocratiques et renverser le système capitaliste.