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Monde

Silence, on assassine

Honduras. 35 morts en 2 mois de mobilisation suite à l’élection présidentielle truquée

Le Honduras, petit pays d’Amérique centrale de 9 millions d’habitants, connaît depuis le 26 novembre dernier une importante crise politique qui ne cesse de s’engluer et qui reste sans solutions. Juan Orlando Hernandez, président sortant, arrivé au pouvoir en 2013 après avoir soutenu le coup d'Etat de 2009, s'est vu proclamé président alors que les résultats donnaient vainqueur son opposant. Soutenu par les USA et avec la complicité des organisations internationales, le gouvernement réprime férocement le peuple hondurien qui, depuis fin novembre, tente de tenir la rue face à l'armée hondurienne qui a fait déjà 35 morts.

En novembre dernier avaient lieu les élections présidentielles confrontant Juan Orlando Hernandez, président sortant et leader du Parti National (Partido Nacional) face au leader de la coalition « Alliance d’opposition contre la dictature » (Alianza de Oposicion contra la Dictadura), Salvador Nasralla.

Salvador Nasralla, journaliste sportif, homme d’affaire et homme politique hondurien candidat perdant des élections truquées de 2013 avec le parti anticorruption, avait décidé de se présenter aux élections de 2017 avec la coalition « Alliance d’Oppositions contre la dictature », formée par le parti « liberté et refondation » (LIBRE : Libertad y Refundacion, gauche socialiste) et par le parti innovation et unité (PINU-SD : Partido innovacion y Unidad, sociaux démocrate).

Un président issu d’un coup d’État

Le président sortant Juan Orlando Hernandez, arrivé au pouvoir en 2013 après avoir soutenu le coup d’état du 28 juin 2009, mène une politique totalitaire où la fraude est monnaie courante, la répression féroce, l’opposition muselée. Après la destitution de quatre juges de la cour suprême qui contestaient un de ses projets, la création d’une police militaire surveillant et emprisonnant les militants des droits de l’homme et tous ses opposants politiques ainsi que la fraude électorale qui lui a permis de remporter l’élection de 2013. Juan Orlando Hernandez, a pu se présenter à l’élection de 2017. En effet, son parti a déposé une requête auprès de la Cour Suprême afin que celle-ci supprime les articles de la constitution et du code pénal qui lui interdisaient de briguer un second mandat consécutif. Le coup d’état de 2009 a été justifié par le fait que, selon l’armée et la droite, le président Manuel Zelaya ait envisagé de faire supprimer ces mêmes articles.

Les résultats donnaient l’opposant Nasralla vainqueur

Les premiers résultats de l’élection donnaient largement gagnant Salvador Nasralla, cependant le deuxième décompte inversa radicalement la tendance ; portant Juan Orlando Hernandez a la victoire. La remontée était quasiment impossible vu l’avancée des dépouillements, pourtant le Tribunal Suprême électoral a donné JOH ( surnom de Juan Orlando Hernandez) vainqueur alors même que 6% des voix n’ont toujours pas été communiquées. Cette victoire usurpée à été soutenu et validé par l’ambassade des États-Unis à travers sa représentante, Mme Fulton.

Devant ces grossières fraudes et manipulations des résultats des institutions honduriennes, d’imposantes manifestations ont éclatés à peu près partout dans le pays. Salvador Nasralla, Gilberto Rios Grillo, directeur national du parti Liberté et Refondation et Manuel Zelaya, ancien président du Honduras renversé en 2009 par le coup d’état ont appelé à une lutte pacifiste dans l’attente de la décision finale du tribunal suprême.Depuis, ils ont appelé à une grève nationale de 20 janvier au 27 janvier, jour de l’investiture de JOH, où une manifestation de masse a été appelée à Tegucigalpa, la capitale du Honduras, pour "boycotter" l’investiture de Hernandez

Les limites de l’opposition

Salvador Nasralla s’est même rendu aux Etats-Unis voir le département d’état et les membres du congrès avec des preuves de sa victoire, il a seulement obtenu la promesse d’un soutien et la non reconnaissance de Juan Orlando Hernandez. Cependant dans le double jeu constant des États-Unis leur ambassade venait de valider cette élection. C’est là toute la différence entre les aspirations du peuple hondurien et les dirigeants de l’opposition.

Zelaya a déclaré à la foule, lors d’un rassemblement, qu’il ne partage pas la position de l’Organisation des États américains (OEA), dont le secrétaire général, Luis Almagro, a proposé de refaire les élections qui n’empêchera pas les fraudes et les violences. « Je ne crois pas à l’OEA, mais s’il s’agit de (livrer) le pouvoir à Nasralla, soyez les bienvenus », a t il déclaré.« Je ne crois pas aux États-Unis, mais si vous venez pour mettre Salvador Nasralla (président) soyez les bienvenus », a-t-il ajouté en proposant qu’une commission d’enquête soit nommée. L’opposition essaye d’épuiser tous les recours légaux possible pour invalider l’élection et est prête à faire appel aux organisations corrompues et à l’impérialisme états-uniens pour que Nasralla soit reconnu président. Et ce, alors même que les travailleurs honduriens expliquent que ce sont précisément ces deux fléaux qui sont responsables de la crise politique que traverse le pays.

L’impérialisme États-Unien dénoncé par les honduriens

Les Honduriens ont manifesté à la base aérienne de Soto Cano, mieux connue sous le nom de Palmerola, au nord de Tegucigalpa, pour protester contre l’occupation états-uniennes et l’ingérence dans les affaires intérieures du pays. La base aérienne de Soto Cano est depuis le début des années 80 occupée par les troupes US et est un véritable porte-avion terrestre pour intervenir dans toute l’Amérique Latine et a permis de jouer un rôle prépondérant dans la contre-révolution face aux processus sociaux les plus progressistes d’Amérique du Sud et d’Amérique Centrale. De plus cette base, qui abrite environ 500 soldats américains, doit remplacer l’aéroport de Tegucigalpa Toncontín, considéré comme l’un des plus dangereux au monde, car il est entouré de montagnes et au milieu d’une zone où la population est dense. De fait, l’aéroport civil sera entre les mains de l’armée et des forces impérialistes. Les USA ont favorisé le coup d’Etat de 2009, pour mettre un régime plus complaisant avec ses intérêts dans le pays et dans la région.

En effet Manuel Zelaya s’était rapproché du chavisme et avait signé en août 2008 à Tegucigalpa le document d’adhésion à l’ALBA (l’Alternative bolivarienne pour les Amériques), il avait augmenté le salaire minimum mensuel de 120 à 202 euros et avait voulu convoquer une assemblée constituante, autant d’élément qui sont loin d’être une révolution mais qui restaient trop progressiste face à la volonté de faire une offensive ultralibérale en Amérique Latine.

Ce gouvernement, pro États-Unis, voyant un vent de révolte apparaître dans tout le pays à décrété l’état d’urgence ainsi qu’un couvre feu national de 18H à 6h. La répression est donc la seule réponse du gouvernement face à cette aspiration de justice réclamée par le peuple hondurien. L’armée et la police se font une joie de faire exécuter ce couvre feu et d’anéantir toute opposition à ce régime illégitime, n’hésitant pas à humilier la population en frappant femmes et enfants, en emprisonnant et torturant quiconque s’opposera. A l’heure actuelle on compte au moins 34 morts dont un enfant de 11 ans. Tout cela dans l’indifférence la plus totale et avec la complicité des organisations internationale et surtout des États-Unis qui ne peut permettre qu’un gouvernement puisse imaginer d’essayer de limiter l’offensive ultra libérale dans son pré carré. Si les travailleurshonduriens luttent pour leur liberté et leur droit démocratique , ils doivent faire face à une répression féroce. La réponse de l’opposition est un frein à l’espoir des honduriens. On l’a vu à travers les mois qui viennent de s’écouler. L’Alliance de l’opposition s’est révélée incapable de prendre en compte les revendications et les aspirations du peuple hondurien jusqu’à la fin.Ils ont essayé de négocier avecles mêmes autorités, des organisations internationales telles l’OEA et le Congrès américain, qui reconnaissent Hernández, et sont de fait complices de la fraude électorale et imposent le second mandat de la droite au Honduras pour le grand désespoir des Honduriens. Car le gouvernement en lien avec les sociétés américaines pourront continuer à exploiter les travailleurs honduriens pour que les multinationales et leur relais locaux puissent engranger toujours plus de plus-value.

Crédits photo : Ocastellanos99




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