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« Il est parti réparer la climatisation ». Quand le colonialisme de Macron refait surface

En se rendant à Ouagadougou, première étape de sa tournée africaine, Macron comptait rompre avec la Françafrique et laisser derrière lui les réflexes coloniaux et impérialistes de ses prédécesseurs. C’est raté.

Crédit photo : Reuters

« Je suis d’une génération qui n’a jamais connu l’Afrique coloniale ». C’est en débutant son discours ainsi que Macron, en visite à l’université Joseph Ki-Zerbo à Ouagadougou, entendait rompre une bonne fois pour toute avec la Françafrique. D’un ton paternaliste et condescendant, Macron a tout d’abord affirmé qu’il fallait « rompre avec cette habitude de reprocher toujours à la France ce qui se passe mal ici ». Lui qui, alors qu’il était en campagne électorale, qualifiait le colonialisme de crime contre l’humanité, continue de jouer la carte d’un cynique méa-culpa occultant les ingérences actuelles de puissance impérialiste comme la France en Afrique. La manœuvre est aussi simple que grossière, et permet a Macron de disposer d’un angle d’attaque pour défendre les intérêts économiques de l’hexagone qui, par ses grandes multinationales et liens profond avec les dictatures en place, pillent et sur-exploitent en Afrique.

C’est ainsi que Macron pose un regard marqué de tous les relents de l’impérialisme et du mépris colonial lorsqu’il sermonne une étudiante remettant en cause le nombre de soldats français envoyés sur le sol Burkinabé : « Imaginez que vous êtes une jeune femme qui vit à Angoulême, en France. Elle n’a jamais vu Ouagadougou. Elle n’a peut-être même pas entendu parler de Ouagadougou. Et elle a son jeune frère qui se bat dans les troupes françaises et qui est peut-être mort le mois dernier pour vous sauver. Et vous, vous la remerciez en me disant ça ? Vous n’avez pas votre jeune frère qui est en train de se battre en ce moment sur le sol belge ou français ? Ne venez pas me parler comme ça des soldats français. Vous ne devez qu’une chose, pour les soldats français : les applaudir ».
 
On l’aura compris, Macron cherche à faire passer l’ingérence française comme un acte d’héroïsme altruiste, humaniste même, et non comme une opération visant à défendre les intérêts politiques et économiques des puissances impérialistes, jetant du même coup aux oubliettes les tirailleurs burkinabés qui se sont sacrifiés pour l’empire colonial. Mais si, pour Macron, l’intervention française ne peut être sujette aux critiques et à la dérision, il n’en est de toute évidence pas de même pour les Burkinabés et leur président. En effet, les étudiants ont profité de la présence, en même temps que Macron, de Roch Marc Christian Kabore, président du Burkina Faso, pour exprimer des doléances plus générales, notamment concernant l’état des locaux universitaires. Devant ces préoccupations réelles des étudiants Burkinabés, Macron répond avec dérision : « Quelque part, vous me parlez comme si j’étais une puissance coloniale. Mais moi, je ne veux pas m’occuper de l’électricité dans les universités au Burkina Faso, c’est le travail du président (burkinabè) ! » Subtile pirouette, qui permet au président français de se dédouaner totalement sur son homologue burkinabé qui, dans l’esprit de Macron (mais aussi, en réalité), se doit de jouer ce rôle de « fusible » et d’exécutant obéissant.

Mais l’affaire va encore plus loin lorsque, le président Burkinabè sortant de la salle, il Macron l’interpelle d’un ton familier : « Du coup il s’en va. Reste là ! (...) Du coup, il est parti réparer la climatisation ».

Macron qui souhaitait donc mettre fin à la Françafrique lors de son voyage, contredit, dès la première étape, son beau discours. Et le président français n’en est pas à son coup d’essai en matière d’humour raciste, comme en atteste sa « plaisanterie » oh combien controversée sur les migrants comoriens noyé l’été dernier.S’il affirme ne pas vouloir s’occuper de l’électricité du Burkina Faso, Macron semble éprouver moins de gêne à l’idée que la France se charge de ses chemins de fer (Bolloré), de ses bâtiments (Bouygues), de ses brasseries (Castel), de ses avions (Air France) ou de ses dictateurs. Non, de toute évidence, le colonialisme n’est pas mort et trouve en Macron un ambassadeur de choix.




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