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Renault Sandouville près du Havre

Interview de l’avocat de l’ouvrier de Renault-Sandouville qui a tenté de se suicider

Appelé la semaine dernière, maître Karim Berbra a bien voulu nous répondre au sujet de la tentative de suicide de son client sur la chaîne de montage à l'usine de Renault-Sandouville. Il avait incriminé directement ses supérieurs hiérarchiques. Il va mieux et tente de surmonter cette douloureuse épreuve. Il est pour l'instant en arrêt maladie

Sadek Basnacki : Maître, pouvez vous tout d’abord nous informer de la situation de votre client au sein de l’usine lors de sa tentative de suicide et comment va-t-il maintenant ?

Maître Karim Berbra : Il est en arrêt de travail et se remet petit à petit. Vu les circonstances de son geste, il ne reprendra pas tout de suite. La particularité de Renault-Sandouville c’est qu’on a eu un développement de l’intérim assez important. Or, le salarié revenait de trois ans de congé paternité, de fait, il découvre pleins d’intérimaires avec ce que ça peut apporter comme organisation du travail, des salarié des intérimaires pas formés, un turnover important. C’est un militant CGT très actif, il a eu des mandats de délégué du personnel pendant plusieurs années, il a toujours été impliqué dans la défense des travailleurs de son établissement. À son retour, on le met en bout de chaîne de montage, au test qualité, poste qui consiste à voir si les véhicules ont des défauts ou pas. Comme dans la plupart des boîtes, les militants CGT ne sont pas bien vus par la direction à Sandouville. Ses responsables hiérarchiques n’ont eu de cesse d’avoir un comportement insidieux à son égard comme pour tous les autres militants CGT. À Renault-Sandouville, on fait preuve de deux poids deux mesures. On est plus attentifs et plus stricts à l’égard de certaines choses en ce qui concerne certains salariés dont on sait qu’ils sont CGT, plus qu’à l’égard des autres. Ici, on va même aller jusqu’à reprocher à ce salarié de faire trop de qualité, de remonter trop de défauts sur les véhicules. Ça va lui être reproché alors que c’est l’essence même de son poste, c’est donc assez particulier.

S.B. : Pouvez vous nous dire comment ça s’est passé le jour de la tentative de suicide ?

Me K.B. : On est le 5 avril, il prend normalement son poste ; et puis vous allez avoir ses responsables hiérarchiques directs, chefs d’atelier, chef d’unité qui vont le voir pour lui faire des reproches sur la qualité puis ils vont lui demander de porter ses équipements de protection individuel (EPI), c’est à dire des gants, alors que le salarié est amené à utiliser du scotch donc utiliser du scotch avec des gants c’est un petit peu compliqué, et puis surtout des bouchons d’oreille. Il s’exécute, il n’y a pas de difficulté et puis plus tard dans le cadre de son poste, il voit ces fameux supérieurs hiérarchiques discuter avec d’autres salariés. Il constate que ces autres salariés qui, étrangement ne sont pas à la CGT, ne portent pas leurs équipements de protection individuelle. Le salarié qui a fait cette tentative de suicide va donc s’expliquer un petit peu avec ses responsables, de loin, il va essayer de faire comprendre avec des gestes que vu qu’on lui demande de porter ses EPI et bien que tout le monde doit les porter, ce ne sont pas deux poids deux mesures. Un de ses responsable hiérarchique va lui faire un geste de la main un petit peu dédaigneux en lui disant de s’occuper de ses affaires et puis ce qu’il s’est passé, c’est très simple. Il a marqué le nom de ses deux responsables sur une pancarte, « Monsieur... et Monsieur... m’ont tué », il a balancé une corde au milieu de l’atelier, s’est attaché au bout de la corde et puis alors qu’il était en train de se balancer, ce sont deux de ses collègues, plusieurs de ses collègues qui l’ont sauvé. Certains l’ont soulevé par les jambes pour empêcher que la corde presse au niveau de la gorge quand un autre a littéralement coupé la corde. Voilà ce qui s’est passé.

S.B. : Quels ont été les réactions de Renault ?

Me K.B. : La réaction de Renault a été assez étrange. La chaîne de montage n’a pas été du tout arrêtée. Les managers qui étaient sur place, dont un des deux responsables présents, fameux responsable incriminé, n’ont même pas daignés appelé les pompiers, il a fallu que ça soit l’un des membres du syndicat CGT qui les appelle alors que vous aviez des responsables hiérarchiques présents sur place. Et vous avez eu, au delà de ça, une absence totale de communication en interne de la part de chez Renault. Il a fallu que ça soit le syndicat CGT qui pousse à ce qu’un CHSCT extraordinaire soit réuni pour qu’un enquête soit diligentée.

La direction ne s’est ni exprimée en interne ni en externe. Elle se retranche derrière l’enquête CHSCT en disant qu’il y a une enquête en cours et donc il faut attendre les résultats avant de se prononcer sur quoi que ce soit. Les supérieurs incriminés sont toujours en poste. Je ne sais pas si ils ont bénéficié d’un arrêt de travail éventuel pour choc psychologique parce qu’ils sont quand même mis en cause dans une tentative de suicide. S’il doit y avoir une réaction de la direction de Renault, moi personnellement, je n’y crois pas trop parce que ça fait partie du mode de management de la direction, je ne pense pas qu’il y aurait d’éventuelles sanctions disciplinaire à l’encontre de ces deux salariés si leur implication est véritablement confirmée par l’enquête. Mais là, en l’état, pour moi, ils sont toujours en poste. Je crois savoir que Renault a mis en place une cellule psychologique, en tout cas c’était dans les tuyaux, je ne sais pas si elle a été effectivement mise en place.

S.B. : Ça ressemble beaucoup à ce qu’il se passe depuis quelques années à La Poste..

Me K.B. : Vous faites bien de me le dire parce que j’interviens également au côté des agents de La Poste en Haute-Normandie sur les questions de santé et de sécurité au travail, c’est exactement la même chose. C’est exactement la même chose... On sait que l’État est l’employeur le moins compétent vis à vis des ses agents en matière de fonction publique mais j’ai l’impression que ça s’étend aussi dans les entreprises privées où l’État a une participation. Il faut savoir qu’à Renault, un petit peu comme à La Poste même si à La Poste ça commence à se décanter un petit peu, moi j’ai l’impression pour en avoir discuté avec les gars de la CGT qui eux-mêmes étaient en discussion avec l’inspection du travail, que vous avez une certaine immunité pour Renault où justement vous avez l’État qui donne des instructions à la DGT pour dire que Renault, faut les laisser un peu tranquilles, et il y a un peu cette impunité qui se crée vis à vis des différents établissements du groupe où on met un mode d’organisation du travail, un mode de management par le stress par le peur, le chantage à l’emploi et on a une dégradation des conditions de travail qui est évidente que ça soit à Renault-Sandouville ou même, j’oserai étendre, à Renault-Cléon où il y a eu d’autres suicides et d’autres tentatives. C’est quand même assez étrange qu’il n’y ait pas déjà beaucoup de communication à ce sujet et quand il y a communication, Renault arrive quelque part quand même à s’en tirer. On a réussi à faire reconnaître au niveau de Sandouville, un suicide, fin 2015 ou fin 2016, un suicide d’un salarié de chez Renault-Sandouville au moment des PRV(Projet Renault Volontariat, un plan de départ volontaire), il fallait absolument dégraisser le personnel notamment le personnel senior et un des salariés concernés qui craignait pour son emploi est rentré chez lui et s’est défenestré. On l’ a fait reconnaître comme accident du travail. C’est actuellement en cours d’appel. C’est pas la première fois que ça se passe. À Sandouville, les suicides ou les tentatives liés au travail, ce n’est pas quelques chose d’inconnu de la part de la direction et, malgré ça, il n’y a aucune mesure mis en place aussi bien de la part de la direction de Sandouville qu’au niveau du groupe.

S.B. : Ça s’étend même au delà du groupe Renault, il y a quelques années, un salarié du groupe PSA s’est donné la mort sur son lieu de travail..

Me K.B. : Oui, alors que l’employeur a une obligation de sécurité de résultat vis à vis de ses salariés qui doit mettre en place une organisation du travail qui préserve la santé et la sécurité du salarié, chez Renault, vous citiez l’exemple de La Poste c’est pareil, on est loin, très loin de tout ça. Entre les salariés ou les familles de salariés pour ceux qui sont malheureusement décédés, entre ceux qui n’osent pas agir, ceux qui agissent mais savoir comment s’y prendre et bien finalement même lorsqu’on arrive à faire reconnaître le caractère professionnel du suicide ou que Renault est condamné pour ce qu’on appelle « faute inexcusable pour le manquement à l’obligation de sécurité et de résultat », ça ne change pas la donne. C’est une bataille permanente en réalité dans l’entreprise pour que les salariés puissent réellement travailler en toute sérénité, en toute tranquillité et malheureusement c’est loin d’être le cas chez Sandouville. Ça c’est une certitude.

S.B. :Quelle est l’ambiance au sein de l’usine ?

Me K.B. : C’est une ambiance comme il peut y avoir dans chacune des boîtes après ce genre d’événement. Il y a des questions, des interrogations, des craintes, il y a de la colère et ce, d’autant plus lorsque l’entreprise ne communique pas dans les heures ou les jours qui suivent. Il y a quand même un mutisme de la part de Renault qui accentue tout ça. Vous avez aussi des rumeurs qui sont lancées. Je pense, et c’est toujours pareils, que la direction va commencer à lancer des fausses informations sur le fait que peut être que le salarié avait des problèmes d’ordre personnel pour anticiper et dédouaner toute responsabilité de l’entreprise. Il faut savoir que Renault-Sandouville c’est un centre énorme mais que beaucoup se posent la question de savoir quel est l’impact pour eux, parce qu’ils se disent que ce qui est arrivé à ce salarié ça aurait pu leur arriver parce que derrière le discours de silence vous avez beaucoup de salariés qui souffrent sans rien dire sans oser dire quoi que ce soit parce que derrière c’est leur job, c’est nourrir sa famille, payer le crédit. Beaucoup espèrent de l’enquête et que des choses seront faites au sein de l’établissement.

S.B. :Quelle est la responsabilité de la hiérarchie dans tout ça ?

Me K.B. : Je ne peux pas vous dire que le supérieur hiérarchique a fait ce qu’il a fait volontairement mais quand vous avez une organisation du travail qui est défaillante, elle l’est dans sa totalité. Tout part par le haut, on met une pression, un chiffre à des cadres qui, pour réaliser leurs objectifs, vont donc mettre consciemment ou inconsciemment la pression sur les agents de maîtrise qui, eux aussi, vont devoir mettre en place une politique de stress consciente ou inconsciente encore une fois mais pour que les objectifs de chaque ligne soient réalisé et que chaque lignes hiérarchiques ne soient pas inquiétées vis à vis de son N+1. Ça, en tant que tel, c’est déjà une organisation du travail qui est défaillante et qui n’est pas propre à Renault mais qui est le fruit unique de notre système économique capitaliste d’aujourd’hui qui est de dire que forcément la rentabilité d’une entreprise se juge nécessairement par faire du chiffre à court terme. Dans ce cas là, vous avez une variable qui s’ajoute en plus qui est la variable syndicale. Les militants de la CGT, en plus du stress qu’on leur fait, là c’est assez contradictoire de le mettre à la qualité et de lui reprocher de faire trop de qualité, c’est quand même un état d’esprit particulier de dire à quelqu’un qu’on va te mettre à un poste où tu vas devoir relever les défauts d’un véhicule et en même temps lui dire tu fais chier tu relèves trop de défaut. C’est quand même un monde. Vous avez ce système de deux poids deux mesures. Et typiquement le cas de ce salarié qui a tenté de se suicider, c’est un cas d’école, on va être beaucoup plus rigoureux avec lui pour le port de ses EPI, on pourrait le sanctionner d’un point de vue disciplinaire et la sanction existe, là il n’y a pas eu de menace de sanction mais le salarié le sait ça, que potentiellement on peut lui mettre un avertissement ou une mise à pied parce qu’il ne porte pas ses EPI mais en même temps, et ça le salarié l’a vu, pour la même problématique, pour d’autres salariés qui eux ne sont pas affiliés au syndicat CGT, et bien, on est plus souple, on est moins regardant. Et ça, c’est au quotidien, c’est pas une fois ou de temps en temps, c’est tous les jours, sept heures par jour, cinq fois par semaine et puis voilà pendant dix ans c’est comme ça donc à un moment vous craquez. Quand vous mettez tout bout à bout, quand vous mettezla pression sur les objectifs, que vous avez l’impression de bien faire votre travail mais qu’en plus on vous le reproche et qu’à cela s’ajoute la variable syndicale qui fait qu’en plus on vient vous faire chier un petit plus parce que vous êtes CGT, parce que vous comprenez, la CGT vous êtes des voyous comme dirait Monsieur Gattaz et que vous nuisez à l’entreprise bah on va vous faire chier encore plus. Là dans ce cas, c’est cette organisation du travail qui se met en place.

S.B. : Dans les rares cas où il y a condamnation, que se passe-t-il ?

Me K.B. : Pour l’ouvrier qui s’est suicidé chez lui, la première bataille c’était déjà de faire reconnaître le lien avec le travail car il s’est suicidé chez lui donc il n’y a pas d’automaticité d’un point de vue juridique, ce qui est différent du cas de cette tentative de suicide qui est automatiquement pris en compte comme accident du travail. C’est pendant ses heures de travail et sur son lieu de travail, il y a donc présomption de lien avec le travail. Pour celui qui a fait ça chez lui, on a bataillé pour que ça soit reconnu et alors que tous les éléments incrimine Renault, dans ce dossier c’est assez terrible, tous les éléments incrimine Renault et le groupe bataille pour batailler et non pas pour préserver sa réputation où je ne sais quoi mais uniquement pour dissuader les familles en espérant que les honoraires d’avocats deviennent cher - ça c’est mal connaître mon cabinet, et puis voilà, toujours faire traîner ; et donc beaucoup de famille ou de salariés sont dissuadés par ces actions. Une fois que le lien avec le travail est reconnu, il faut arriver à faire reconnaître ce qu’on appelle « la faute inexcusable de l’employeur », c’est à dire dire que le salarié n’est plus victime de son travail mais qu’elle est dû à la société Renault. On réuni des éléments pour agir dans ce sens là pour le cas du salarié de Sandouville qui a fait sa tentative de suicide au début du mois. Faire ainsi un exemple, montrer qu’ils ne peuvent pas mettre en place des méthodes de management et rester impuni. Ça ne va être qu’une goutte d’eau dans le groupe Renault mais on va faire en sorte que cette goutte d’eau se transforme en raz de marée et serve de leçon à la société pour que les autres salariés puissent travailler en toute tranquillité et que leurs familles à un moment arrêtent de se poser des questions, à savoir quand le gars ou la femme, parce que vous avez aussi des femmes chez Renault qui ne sont pas forcément bien traitées, et bien sachent que le soir ils peuvent rentrer en toute tranquillité et pas forcément se demander, comme un militaire qui partirait en guerre, si mon mari ou ma femme va revenir le soir du travail en bonne santé ou s’il va revenir tout simplement.

C’est ce qu’on va essayer de faire, c’est ce qu’on fait déjà depuis quelques années avec le syndicat CGT sur Renault-Sandouville, on se bagarre pour que les questions de santé et de sécurité au travail soient véritablement prises en compte par la direction. C’est très très compliqué. Il y a une sensation d’impunité. Quand vous avez des inspecteurs du travail qui reçoivent des consignes, officieuses évidemment, y a rien d’officiel ça serait trop simple sinon, qui disent que Renault faut les laisser un peu tranquille vous comprenez d’où les instructions viennent si vous voulez donc on se bat un peu contre un monstre mais je garde toujours espoir.

S.B. : Quel travaille fait la CGT à l’usine par rapport à tout ça ?

Me K.B  : Si vous voulez, la CGT fait un peu le travail de l’employeur, ils ont leur militantisme syndical sur les questions d’emploi et de salaire mais de part l’ambiance au sein de l’usine, ils sont obligés de faire beaucoup de travail sur les questions de santé et de sécurité au travail. Ils mâchent le travail de la direction en attirant leur attention sur tel ou tel problème en risque psycho-sociaux, en trouble musculo-squelettique, au nombre d’accident du travail rien que pour le nombre de passage à l’infirmerie. Sur cet accident, c’est quand même un militant de la CGT qui a été visé, c’est quelqu’un de la famille, ça donne une couleur particulière si vous voulez, ça met en avant le caractère syndical du management de la direction. Vous avez un management par le stress qui se met en place mais en plus de ça, cible la CGT parce que vous savez que c’est le syndicat qui vous fait chier en interne quoi. À la CGT, on défend tout le monde de la même manière mais là ça a un caractère différent car on a fait chier ce gars là parce que c’est un militant de la CGT.

S.B. :Ça ressemble beaucoup à ce qui se passe à la SNCF avec le suicide d’Édouard, militant SUD Rail à St Lazare, ou bien avec les pressions sur les militants de SUD PTT.

Me K.B.  : Exactement, on a l’impression que depuis notre cher gouvernement socialiste avec des lois, on a quand même fait passé trois quatre lois qui sont des régressions sociales notamment avec la loi travail, que les employeurs, notamment les grosses entreprises, les grands groupes comme Renault, comme La Poste, comme vous disiez comme la SNCF, vous voyez le lien à chaque fois c’est l’État qui est partie prenante dans ces entreprises là. On a l’impression que ces groupes se sont enhardis en disant que finalement on a un gouvernement qui se dit de gauche qui nous donne, à nous employeurs, les moyens de démonter les représentations du personnel, les institutions, les syndicats et plus généralement les salariés donc finalement on a l’impression de pouvoir faire ce qu’on veut et que rien ne nous sera jamais reproché. Quand on fait le bilan, entre Peugeot, Renault, La Poste, la SNCF et d’autres, ils ne sont pas isolés, c’est un peu le sentiment qu’on peut en avoir. Au cabinet, c’est vraiment l’évolution qu’on en a. Les employeurs de plus en plus se disent que compte tenu du discours politique et économique du gouvernement et bien que si vous êtes pas content on se casse, l’économie c’est nous qui la faisons et pas les travailleurs, la richesse de l’entreprise c’est l’entreprise et on oublie que le salarié participe au développement de cette richesse. On a ce sentiment que les employeurs peuvent faire ce dont ils ont envie avec les travailleurs et puis finalement le salarié n’est pas un être humain avec une famille, c’est juste une variable d’ajustement qu’on peut dégager. Et là où avant l’ajustement se faisait par le licenciement, par des licenciements économiques déguisés ou autre, là on a une pression qui se fait avec un licenciement qui se fait avec une altération de la santé du travailleur et ça va très loin parce qu’on ne touche plus seulement à l’emploi mais également à la santé du travailleur, à leur être, à leur chair et ça va toucher littéralement toute leur famille. On est sur un pente où il semble y avoir moins de licenciements économiques déguisés et plus de licenciement pour inaptitude avec une forte dégradation et un fort impact sur la santé des travailleurs. Vous avez non seulement un gars qui perd son boulot mais en plus vient se rajouter à ça un contexte psychologique et parfois physique qui est totalement dégradé. Ça devient de plus en plus inacceptable.

S.B. : Vu ce qui nous attend avec les prochaines élections ça ne va pas aller en s’arrangeant.

Me K.B. : Ah bah ça va être catastrophique. Parce que, j’occulte volontairement Marine Le Pen car derrière ses airs je défends les travailleurs en réalité elle en a strictement rien à foutre je suis même certain qu’elle n’a jamais véritablement travaillé de sa vie, mais que vous ayez Monsieur Fillon ou Monsieur Macron, là je sais pas ce que ça va donner. Franchement, je crains le pire parce que les deux sont sur une logique purement de chefs d’entreprise et non pas de salarié donc je crains le pire.

S.B. :Pour finir, que pouvez vous nous dire de plus ?

Me K.B. : Ce qu’on peut dire jusqu’à présent c’est que l’enquête suit son cours au niveau du CHSCT, l’inspection du travail a diligenté aussi une enquête. Il y a déjà eu, sur le seul site de Sandouville, d’autres suicides et d’autres tentatives. Depuis le salarié qui s’est défenestré en 2008 ou 2009, je sais qu’il y a eu d’autres tentatives de suicides ou d’autres suicides et que vous avez toujours la même réaction de Renault, c’est à dire au final une non-réaction. Une fois un mec a fait un malaise, je sais plus si c’était une crise d’épilepsie ou autre, il a fait un malaise sur son lieu de travail, sur la chaîne de montage, qu’ontfait les supérieurs hiérarchiques ? Ils l’ont tiré, ils l’ont tiré par terre, ils l’ont mis un peu à l’écart et là ils l’ont remplacé, ils ont mis quelqu’un d’autre à sa place et la chaîne de montage a continué, voilà. Il a fallu que les pompiers viennent et disent « mais là vous arrêtez tout de suite la chaîne de montage ! ». Vous voyez, c’est ça le comportement de Renault-Sandouville en matière de santé et de sécurité et de bien-être des travailleurs. Tout est dit avec cet exemple là si vous voulez. Sur l’année 2016, vous avez plus de 600 passages à l’infirmerie. Et j’oserai même pas vous dire que c’est 600 accidents du travail du coup. 600 passages... c’est énorme. Et malgré ça, vous n’avez pas de véritable plan de sécurité, d’organisation du travail qu’il faudrait mettre en place pour la santé et la sécurité du travailleur. C’est le tout productif, il faut produire, faire du chiffre à court terme. Nous avons un système économique qui fait que tout doit marcher par la rentabilité, la productivité, aujourd’hui c’est comme ça que ça fonctionne. Lorsque j’assistais les parents d’un salarié qui a trouvé la mort sur le chantier de l’EPR de Flamanville, je disais que les employeurs oubliaient toujours que les salariés ne viennent pas au boulot pour perdre la vie mais ils viennent pour la gagner. Malheureusement vous avez de plus en plus de salariés qui perdentleur vie alors qu’ils venait la gagner, faire vivre leur famille, vivre, avoir des loisirs, payer des études à leurs enfants, c’est tout. Et on les met dans un endroit qui est anxiogène, on les met à un endroit où ça les flingue, soit ils ont des troubles musculo-squelettique, soit ils font des dépressions majeures, soit ils font des tentatives de suicide, soit ils se loupent soit ils réussissent, malheureusement aujourd’hui c’est ça l’entreprise.

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