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Monde

Justice de classe en Grèce

Irianna, jeune femme universitaire condamnée sans raison à 13 ans de prison

Dans la soirée du 17 juillet à Athènes, une manifestation de colère s’est organisée dans les rues du quartier de Monastiraki, face au rejet de la cour de l’appel d’Irianna. Cette jeune universitaire a été condamnée à 13 ans de prison sur la base d’un échantillon ADN partiel qui prouve selon les juges qu’elle aurait appartenu à un groupe anarchiste radical et aurait détenu des armes.

Photo : Mobilisation pour la libération d’Irianna, le 14 juillet 2017 sur la place Syntagma. LOUISA GOULIAMAKI / AFP

Une des raisons de cette violence judiciaire réside dans le fait qu’elle a soutenu son compagnon lui même injustement accusé d’appartenir à un groupe anarchiste armé. Le maintien de cette condamnation a pour but de sanctionner toutes personnes portant une solidarité aux mouvements de contestation.

C’est en réponse à cette violence judiciaire que des centaines de personnes ont descendu la rue Ermou où se trouvent les enseignes des grands groupes capitalistes (H&M, Foot Lokers etc.) détruisant plus d’une soixante de vitrines. La police anti-émeutes est alors intervenue en lançant des gaz lacrymogènes.

Le lendemain au soir, une seconde manifestation s’est organisée devant l’université d’Athènes rassemblant quelques milliers de personnes marchant jusqu’à la place Syntagma. Au retour dans Exárcheia, la police a pénétré le quartier anarchiste par simple provocation, donnant lieu à des affrontements urbains (quelques voitures brûlées et divers jets de projectiles).

En dépit d’une légère condamnation du ministre de la justice Stavros Kontonis et du porte parole du gouvernement Dimitris Tzanakopoulos déclarant que la décision serait consignée dans le « livre noir » de la justice grecque, Irianna est quant à elle toujours injustement en prison dans une Grèce réprimant toujours aussi fort tout individu qui entretiendrait des liens avec les anarchistes.

Nous publions ci-dessous la traduction d’un article de Tassos Morfis dans le AthensLive, revenant sur l’affaire de la jeune Irianna.

Une jeune femme jetée en prison sans raison

Sans preuves incontestables, elle a été accusé d’être « membre d’une organisation terroriste ».

- Avocat d’Irianna -

"Irianna est une grecque de 29 ans née et élevée dans la classe moyenne périphérique d’Athènes (Cholargos).
Elle est enseignante tout en menant un doctorat en philosophie à l’université d’Athènes. De plus, elle est professeur volontaire de grec pour les réfugiés. Elle a étudié la philosophie grecque, s’est spécialisée en linguistique, puis a passé son master pour enseigner le grec moderne comme première ou seconde langue. Lors de ces études, elle est tombée amoureuse de Konstantinos, étudiant en ingénierie navale de l’université polytechnique d’Athènes.

Irianna a eu jusque là une vie normale pour une jeune femme grecque de 29 ans. Jusqu’à vendredi dernier, où elle a été condamnée à 13 ans de prison ferme pour « possession d’armes à feu et intention de les revendre pour des activités criminelles » et d’être membre du même groupe terroriste que son petit ami, ce dernier accusé puis acquitté.

En effet, sa première rencontre avec les autorités remontent en 2011, lorsqu’au milieu de la nuit, une équipe de la police antiterroriste a attaqué et arrêté durant leur sommeil Irianna et son petit ami dans l’appartement que ce dernier louait. Lors de sa garde à vue, elle a sciemment donné ses empreintes digitale et coopéré avec les autorités. Elle a été relâché 24 heures plus tard.
Le copain d’Irianna a été accusé d’être membre d’un groupe anarchiste armé nommé Conspiracy of Fire Cells (CFC), connu pour de nombreuses actions contre l’establishment, comme des lettres à la bombe envoyées au FMI à Paris. Cependant, après un long procès qui a eu un fort impact psychologique et financier pour lui et sa famille, il a été déclaré unanimement innocent par les juges et le procureur a accepté d’abandonner toute charge contre lui.

Au cour du procès de Konstantinos en 2013, une équipe antiterroriste a arrêté Irianna dans la banlieue nord d’Athènes. Elle a été amené au procureur, et a été informée qu’elle est accusée d’être membre du même groupe terroriste que son petit ami et que ses empreintes digitales ont été retrouvées sur des armes à feu que la police avait saisi un an et demi auparavant dans le campus de l’école polytechnique d’Athènes. Néanmoins, ces armes n’ont jamais servi pour quelconque activité criminelle. Elles ont été retrouvées par un mystérieux témoin qui ne s’est jamais présenté devant les tribunaux pour être interrogé, même le service antiterroriste n’a jamais été en moyen de le retrouver. En attente, le procureur a décidé de la libérer, sous de faibles conditions comparé aux types de charges dont elle était inculpée. En effet, elle devait se présenter trois fois par mois au poste de police et ne pouvait sortir du territoire sans permission. En attendant son procès, elle a pu assister, sous l’accord du tribunal, à des conférences internationales en Espagne et en Allemagne accompagnée de ses amies universitaires.

Le rapport de la commission note « qu’aucun élément l’associant à l’organisation Conspiracy of Fire Cells n’ont été retrouvé dans son téléphone ni sur son compte bancaire. De plus, aucune preuve de son implication ou sa participation au sein de ce groupe n’ont été retrouvé dans son appartement ou dans sa voiture enregistrée sous le nom de son père ». Néanmoins, dans la conclusion, la note mentionne que « de graves indices de culpabilité existent » sans jamais les mentionner. Ils se suffisent à mentionner sa relation avec son petit ami, sans jamais indiquer une quelconque connaissance, un contact avec une personne figurant comme terroriste.

Son procès dura deux ans. Durant cette période, son petit ami a été reconnu innocent. Pour sa part, Irianna a tenté comme elle pouvait de mener une vie normale, de joindre les deux bouts alors que la récession en Grèce devenait de plus en plus forte. Tout en travaillant à plein temps, elle a obtenu son master et commencé son doctorat. Elle a eu la chance d’avoir eu un fort soutien de sa famille et des ses amies lors de ce combat. Elle a cherché de l’aide auprès d’un scientifique reconnu dans le domaine de l’ADN, le docteur George Fitsialos, médecin légiste d’expérience qui a déjà travaillé dans le passé avec les autorités. Son témoignage scientifique avec la présence de preuves concrètes a été totalement ignoré par les juges.

Lorsque le scientifique a demandé aux autorités un échantillon d’ADN pour le soumettre à une analyse serrée, il a reçu une réponse négative se justifiant que l’échantillon qu’ils possédaient était en trop faible et se suffisait à une seule analyse et donc qu’il ne pouvait pas satisfaire un contre-examen.

Le docteur Fitsialos a comparé les résultats de la police grecque. Il les a trouvé grandement insuffisant, dans la mesure où aucun des résultats même les plus précis ne pouvaient être considéré comme sérieux. L’avocat d’Irianna, maître Theodoros Mantas a comparé la situation comme s’il y avait deux cartes de crédits avec seulement les 4 mêmes premiers chiffres et le reste différent. Pourtant, cela n’a pas réussi à convaincre les juges.

Lorsque Irianna s’est défendu à la cour, elle a déclaré de la manière la plus franche possible qu’elle n’était membre d’aucune organisation terroriste et qu’elle n’était pas elle-même anarchiste. Bien sûr, elle a nié tout contact avec des armes à feu en le prouvant de la manière la plus scientifique possible grâce aux résultats du docteur Fitsialos. Même les témoins ont précisé que Irianna n’a jamais appartenu à aucune organisation politique, n’a jamais participé à aucune action, la cour en a jugé autrement. Ses amies et les gens qui ont suivi l’affaire confirme cela.

Dans le système pénal grec, le devoir des juges est de toujours rechercher la vérité peu importe le reste. Pour cette raison, avant que les juges parviennent à un verdict, ils prennent en compte non seulement les preuves mais aussi le caractère, la vie du prévenu et les circonstances dans laquelle elle a agit. Dans le cas d’Irianna, malgré les faits qui montre sa vie pacifique, ses efforts pour parvenir à avoir un statut académique et sa lutte pour maintenir une vie normale durant son procès, les juges ont préféré tout ignorer. Ils l’ont trouvé coupable.

Pour les personnes qui ont assisté au procès, la preuve la plus forte de ce scandale judiciaire a été le refus du tribunal de prendre en considération l’appel qu’Irianna avait fait à la décision suivante des tribunaux : qu’elle soit au plus vite emprisonnée. Le même midi, juste après le procès, elle a été jetée en prison. Les juges ont ignoré son appel et la quantité de cas identiques antérieurs. En effet, il est par exemple courant pour un cas de corruption de plusieurs millions d’euros et une forte condamnation à la clef que les appels soient acceptés. Les inculpés sont libérés en attendant que leur recours soit révisé par le tribunal.

Habituellement, pour le lecteur, de telles histoires finissent par un verdict et dans le meilleur des cas, ils peuvent découvrir avec stupeur et pitié l’ampleur de la peine. L’histoire d’Irianna ne se termine pas par le marteau du juge. Elle se poursuit par « l’hospitalité » du service de transfert des prisons vers des infrastructures surpeuplées touchées par la crise du système pénitentiaire grecque.

La lutte d’Irianna se poursuit et elle a de son côté des gens qui la soutiennent. Malgré cette histoire et avec une pointe de tragédie grecque, le jeune couple a réussi à signer un partenariat civil le lendemain du procès, unissant leurs vies tandis que les murs de la prison les séparent."

Source Anglaise




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