Politique

Un sinistre de l’intérieur à la « Justice »

Jean Jacques Urvoas, c’est qui ?

Publié le 27 janvier 2016

Damien Bernard

Alors que Valls compte transformer l’essai de la déchéance de nationalité au congrès, avec la déchéance pour tous, Jean-Jacques Urvoas, un proche de Valls, remplace Christiane Taubira au ministère de la justice. Ce spécialiste des questions de sécurité s’était notamment distingué par son soutien sans condition à la loi renseignement. Retour sur un parcours pour le moins sécuritaire.

Jean-Jacques Urvoas accède enfin à un poste gouvernemental, qu’il ambitionnait de longue date. Il est ainsi récompensé pour ses bons et loyaux services, après avoir assumé un rôle central dans la dernière séquence, avec pour mission de construire un compromis difficile sur le projet de « réforme » constitutionnelle et notamment l’extension de la déchéance de nationalité. C’est chose faite avec la déchéance pour tous, sortie du chapeau par Valls !

L’inspirateur de la loi sur le renseignement !

Des députés socialistes à l’Élysée, le nouveau ministre de la Justice fait l’unanimité, ou presque, en ce qui concerne les questions de sécurité et de renseignement. Que ce soit lors du vote de la loi de programmation militaire en décembre 2013, de la loi antiterroriste de 2014 ou de la loi sur le renseignement, Jean-Jacques Urvoas s’est imposé en maître d’œuvre. Au sein de l’Assemblée, c’est la référence en matière de terrorisme et de renseignement.

Pour preuve, il est plébiscité à droite comme à gauche. Ses rapports sont salués, comme celui co-rédigé en mai 2013 avec l’UMP Patrice Verchère, « Pour un État secret au service de notre démocratie », annonciateur de son projet de loi renseignement. Celle-ci avait été votée largement, suite à l’opération d’union nationale fomentée après les attentats du 7 janvier. En tant que président de la commission des lois, c’est lui qui, ensuite, a dirigé le peaufinage du texte par les députés avant son examen en séance.

Le défenseur du pseudo « contrôle » parlementaire de l’état d’urgence

Elu en tant que député PS du Finistère depuis 2007, il avait, lors du vote de la prorogation de l’état d’urgence, plaidé avec succès pour l’instauration d’un contrôle parlementaire de l’état d’urgence. Le 13 janvier, il avait mis en garde sur le fait que « les procédures gloutonnes permises par l’état d’urgence ne viennent pas dévorer le droit commun des libertés ». C’était une façon, pour Jean-Jacques Urvoas, l’aspirant au ministère, de démontrer qu’il n’est pas seulement « monsieur Sécurité », mais bien un stratège capable de sentir le pouls de la contestation, qui commence à s’élever contre les mesures ultra-sécuritaire et liberticides du gouvernement.

Mais le nouveau ministre de la Justice n’est pas seulement un fin stratège : il est capable de monter le ton et de s’imposer y compris parfois face au gouvernement. Le nouveau locataire de la place Vendôme assume sa ligne sécuritaire, à tel point qu’il est devenu la bête noire des associations de défense des libertés publiques. Ce spécialiste du renseignement est notamment membre du « Cercle K2 », une association spécialisée dans « l’anticipation des risques », regroupant des anciens des militaires et ex-agents des services de renseignement, entre autres.

L’homme de main de Valls

Ancien strauss-kahnien, fidèle de Michel Rocard et de Robert Badinter, Jean-Jacques Urvoas avait fini par se rapprocher de Manuel Valls pendant la présidentielle. À l’époque, le député du Finistère, spécialiste des questions de sécurité au PS, offrait ses services à François Rebsamen, chargé par François Hollande de ce sujet au sein de l’équipe de campagne. Depuis, leur lien est fait de « respect mutuel et de loyauté ».

Le premier ministre avait même tenté de l’imposer à l’Intérieur lors de sa promotion à Matignon en 2014. En vain. C’est Cazeneuve qui avait finalement été choisi, à la demande de l’Élysée. Urvoas en était resté très amer. La proximité politique entre Manuel Valls et Jean-Jacques Urvoas n’a fait, depuis, que renforcer la position du président de la commission des lois.

Au moment où le gouvernement s’enlise dans un état d’exception qu’il tente de constitutionnaliser et qu’un mouvement de contestation se met en place avec la manifestation du 30 janvier, la nomination de Jean-Jacques Urvoas au poste de ministre de la Justice n’est pas un hasard. Il scelle, d’une certaine manière, la mise sous tutelle de la place Vendôme au profit de la place Beauvau. Les procédures judiciaires doivent être accélérées, pour maintenir à flot l’état d’urgence, et Jean-Jacques Urvoas est l’homme qui n’hésitera pas à user de son bâillon.