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Jean-Michel Blanquer et le plan mercredi : la semaine de 4 jours sur fond de réduction budgétaire

Le ministre de l'Education nationale a dévoilé son « plan mercredi » consistant à généraliser dès la rentrée 2018 la semaine à 4 jours du CP au CM2. Le mercredi serait consacré aux activités périscolaires dont il assure vouloir renforcer le contenu pédagogique. Derrière les belles paroles, c'est encore un coup de plomb dans l'aile donné à l'éducation publique et aux animateurs péri-scolaires dont il souhaite accroitre les charges.

AFP / REMY GABALDA

4 jours ou 4 jours et demi : les changements permanents des gouvernements et le point de vue des pédagogues.

La réforme des rythmes scolaires mise en place sous le gouvernement Hollande avait instauré la réduction du temps scolaire hebdomadaire et instaurer une semaine de 4 jours avant de revenir dessus une fois la réforme passée. En juin 2017, le décret Blanquer sur les rythmes scolaires permettait aux communes qui le souhaitaient de revenir aux 4 jours par semaine. Alors même que la plupart des experts et pédagogues juge la semaine d’école française trop courte, on doit s’interroger sur la finalité d’un détricotage si rapide.

Le « plan mercredi » n’est que la généralisation de ce retour à 4 jours par semaine. L’annonce du ministre vise à satisfaire les demandes des élus alors que la majorité des communes ont choisi le retour à 4 jours par semaine. Pour l’AMF (Association des maires de France), le retour à la semaine de quatre jours répond à une forte attente des élus, qui considèrent que la réforme de 2013 n’était pas adaptée aux petites communes au regard des difficultés d’organisation des activités péri-scolaires et qui notent, pour les trois quarts d’entre eux, l’économie financière dégagée grâce au retour à quatre jours. La semaine de quatre jours est souvent perçue comme plus adaptée aux classes maternelles, aux contraintes des transports scolaires et du milieu associatif, et plus en cohérence avec l’organisation des écoles privées.

Les études montrent que 4 jours ou 4 jours et demi ne changent rien sur les acquis des élèves. Les études scientifiques notamment celles de la chronobiologie (nouvelle science reconnue par l’académie des sciences, qui étudie l’existence des rythmes biologiques chez tout être vivant, et commence à faire connaître leur fonctionnement mais également les effets de leur dysfonctionnement) montre un effet négatif sur le temps de sommeil des élèves pour ce qui est des journées prolongées avec une semaine à 4 jours. Ainsi, d’après les pédagogues, la semaine de quatre jours et demi offre, outre un rythme plus favorable aux apprentissages, la possibilité aux enfants d’avoir un meilleur accès aux activités culturelles et sportives.

Derrière les annonces, la réalité d’une école à deux vitesses

La réforme des rythmes scolaires en 2013 mais aussi la réforme du collège en 2016 organisent le démantèlement du cadre national de l’éducation et les politiques éducatives sont de plus en plus ramenées à l’échelle locale. Dans le primaire, ce sont les instances locales qui organisent le temps péri-scolaire, ouvrant la porte à une aggravation des inégalités entre écoles et entre communes. Les activités péri-scolaires étant financées par les communes et sachant que les budgets alloués aux communes pour l’école varient entre 1 à 10, elles n’ont pas ou ne donneront pas toutes les mêmes moyens pour les mettre en place. Les aides financières promises par le ministre pour financer les activités n’équilibreront pas le manque budgétaire existant entre les communes. Ainsi, cette réforme ne peut qu’accroitre, alors même qu’elles étaient déjà colossales, les inégalités entre les écoliers des communes riches et pauvres.

D’après les études PISA, parmi les pays membres de l’OCDE, la France est championne des inégalités à l’école. L’école française, à l’image de la société, est très profondément marquée par les inégalités. Un enfant issu d’un milieu favorisé réussi mieux à l’école qu’un enfant issu d’un milieu défavorisé. Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont mis en œuvre une politique de détérioration des conditions de travail et d’études pour les élèves et les enseignants.
Le gouvernement Blanquer ne fait qu’amplifier l’école de l’inégalité du primaire à l’université. Son programme pour l’éducation est clair : plus de ségrégation, plus d’austérité et un renforcement de l’école à deux vitesses : celle des riches et celle des pauvres.




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