Politique

Le 15 septembre à Paris

Journée de mobilisation à Paris. Malgré la forte répression, les manifestant.e.s encagé.e.s mais déterminé.e.s !

Publié le 15 septembre 2016

Sur fond d’escalade répressive, encore une fois, la préfecture de Paris a encagé la manifestation contre la loi travail. Et pourtant, ce sont plus de manifestant.e.s qui se sont déplacé.e.s que le 5 juillet dernier, la dernière manifestation avant la pause estivale : 40 000 personnes ont manifesté dans Paris selon la CGT, contre 45 000 pour toute la France le 5 juillet. Des travailleur.se.s en grève aux étudiant.e.s auto-organisé.e.s, le mot d’ordre en cette rentrée de lutte va, comme à son habitude, au-delà de l’abrogation de la loi travail, en dénonçant son monde.

Manon Véret-Gay

Cette manifestation de rentrée a repris les formes de celles qu’on a connu au printemps dernier, avec un cortège intersyndical et devant lui les étudiant.e.s auto-organisé.e.s en cortège interfac, eux et elles-mêmes derrière les autonomes, ainsi qu’un dispositif policier plus que conséquent. Le carré de tête de l’Intersyndicale a regroupé 200 manifestant.e.s : des postier.e.s du 92, Éducation Debout, cheminot.e.s et travailleur.se.s sociaux. Ils ont su dynamiser le cortège, au son de « A-a-anticapitaliste ! » et « C’est qui les casseurs ? C’est eux les casseurs ! » Quant à l’interfac, elle a réuni plusieurs centaines d’étudiant.e.s, notamment de Paris 1, Paris 7, Paris 8, Jussieu, l’ENS Cachan et quelques lycéen.ne.s.

Forte répression sur les manifestant.e.s


1 200 policiers étaient sur place, avec murs grillagés et plusieurs canons à eau. Impossibilité de rejoindre la manifestation en milieu de parcours, nombreuses fouilles pour pouvoir atteindre Bastille et 13 personnes interpellées. Si de tels dispositifs, qui restreignent notre droit à manifester, pourraient maintenant passer dans le domaine de « l’habituel », l’extrême gauche, le mouvement ouvrier et ses directions syndicales, se doivent de dénoncer fortement ces mesures que le gouvernement compte normaliser, via l’état d’urgence et son tournant liberticide.

Dernière manifestation pour l’intersyndicale ?


En début de manifestation, les principaux représentants des directions syndicales ont été interrogés sur les suites qu’ils voulaient donner à cette journée de mobilisation. Lorsqu’un journaliste demande à Philippe Martinez si c’est « la dernière manif », il répond : « Non. C’est la première... de la rentrée. » Pour le secrétaire général de la CGT, c’est dans les différentes entreprises que la lutte doit continuer. Les syndicats devront ainsi « se déployer dans les entreprises et se battre pied à pied pour que [la loi] n’y rentre pas ». Plaçant le terrain sur la seule application de la loi Travail, entreprise par entreprise, c’est en quelque sorte une façon d’esquiver, dans les faits, toute lutte globale par la grève et dans la rue pour l’abrogation de la loi Travail, plaçant cette dernière sur le seul plan juridique.

Quant à Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, il était déjà très clair, au matin du 15 sur Radio Classique : « il y a d’autres solutions que la grève ». Pour lui, il n’y aura pas de retour à la rue ; la mobilisation doit se poursuivre sur le terrain juridique. Mais que peut-on espérer des recours juridiques européens ? Faire confiance aux institutions de ce gouvernement pro-loi travail semble être sa solution mais les multiples attaques réactionnaires de ce même gouvernement, tant par la loi travail que son monde sécuritaire et raciste, montrent pourtant jour à jour et de plus en plus ouvertement le vrai visage de l’État. Et sa justice n’en est que son ombre.

Et après ?


Cette journée de mobilisation ne s’est pas arrêtée sur la manifestation. Deux rendez-vous la suivaient : une coordination interfac de région parisienne, et une assemblée générale interprofessionnelle. Une soixantaine d’étudiant.e.s se sont réuni.e.s près de République pour discuter des suites de la mobilisation. Déjà par leurs banderoles et leurs slogans, on voit comment la situation actuelle a impacté les revendications. On pouvait aussi bien lire « Abrogation du monde de la loi travail » que « Ils veulent nous diviser par l’islamophobie, mais tous mobilisés contre la loi El Khomri ! » La coordination appelle d’ores et déjà à un meeting contre la répression le 29 septembre à Tolbiac, avec notamment la présence d’Assa Traoré, sœur d’Adama Traoré.

La plupart des étudiant.e.s ont rejoint l’assemblée générale interprofessionnelle, se tenant à la Bourse du Travail. Elle a réuni plus de deux cent personnes. Là aussi émerge la discussion sur les suites à donner à la mobilisation, preuve de la détermination des cadres militants à vouloir continuer le combat. Pour l’abrogation de la loi Travail, et contre son monde, la lutte continue !