Monde

Les fachos ont le vent en poupe en Allemagne ?

L’extrême droite passe devant la CDU de Merkel.

Publié le 5 septembre 2016

Lors des élections régionales de dimanche, l’extrême droite est arrivée en seconde position, derrière les sociaux-démocrates mais devant le parti de la chancelière allemande au Mecklembourg Poméranie-Occidentale. C’est une claque pour Merkel mais également un signal politique fort. C’est ce dont parle, ici, Stefan Schneider, rédacteur en chef du site d’extrême gauche Klasse Gegen Klasse.

Refugees welcome ?

« Le fait que la formation d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) soit arrivée en seconde position lors des élections régionales du Land de Mecklembourg Poméranie-Occidentale, dans le Nord-ouest du pays, avec 21% des voix, représente une lourde défaite pour les chrétiens démocrates de la CDU, le parti de Merkel, souligne Schneider. Selon de nombreux analystes, en dépit des efforts du SPD et de la CSU, les thématiques régionales n’ont quasiment pas eu de poids au cours de la campagne et c’est la question des migrants qui a polarisé le débat. Pour la plupart des électeurs de l’AfD, c’est la question de l’immigration qui les a décidé ».

Sur la question des réfugiés, il n’existe pas directement de lien objectif entre leur nombre et le vote AfD. « Le Mecklembourg est un land d’1,5 millions d’habitants qui accueille aujourd’hui 6000 réfugiés. Cela n’empêche pas l’AfD de se renforcer, sur la base d’une peur irrationnelle des migrants. C’est assez similaire à ce que l’on peut voir dans d’autres pays d’Europe Centrale et Orientale, où la présence des migrants, indépendamment de leur transit, est très faible, mais où l’on assiste à une croissance de l’extrême droite. Mais la politique de Merkel est doublement perverse. L’Allemagne a besoin de main d’œuvre et une partie des réfugiés, mais une partie seulement, est censée intégrer le marché du travail. C’est ce qui génère des tensions parfois au sein même des réfugiés, de même que la politique d’accueil consistant à entasser pendant parfois des années des demandeurs d’asile dans des centres où ils n’ont droit de rien faire, pas même de travailler, génère des situations explosives et génère beaucoup de peurs. Les partis de gouvernement qui passent leur temps à dire qu’il ‘comprennent les préoccupations d’une partie de la population’ ne font en réalité qu’alimenter le discours de l’extrême droite.

Une déconfiture électorale dans son propre fief

« L’autre élément central, selon Schneider, c’est que la Poméranie, c’est le Land de Merkel, et c’est la quatrième élection au cours de laquelle l’AfD gagne du terrain et dépasse le seuil des 20% et dépasse, cette fois-ci pour la première fois, la CDU. Face à l’AfD, la CDU a obtenu 19% des voix, son score le plus mauvais dans ce Land depuis la réunification. La CDU comme les sociaux-démocrates, qui arrivent en tête avec 30% des voix, ont fait 5% en moins par rapport aux élections précédentes. L’autre élément intéressant est que le PND, un parti ouvertement néo-nazi, qui avait fait 5,5% en 2011, perd 2,5 points, au profit, bien entendu, de l’AfD ».

Une gauche impuissante

Selon Schneider, Die Linke, le parti de gauche radical dont l’ancêtre, le PDS, raflait un quart des voix il y a une quinzaine d’années en Pomérainie, a fait untrès mauvais score avec 13,2% des voix, perdant de ce fait 5,2 points par rapport à 2011. « Il y a peu, Die Linke était encore au gouvernement, aux côtés des sociaux-démocrates, entre 1998 et 2006. C’est par la suite que le Land a été dirigé par une ‘Grand coalition’ CSU-SPSD. Mais Die linke a tout focalisé sur la question du changement de gouvernement, en bataillant pour une coalition Rose-Rouge-Verte. Cette hypothèse est peu probable, non seulement parce que les Verts ne dépassent pas cette fois-ci la barre des 5%, mais également parce que le SPD va continuer à gouverner, comme au niveau fédéral, avec le parti de Merkel ».

Une base électorale différente

Un autre élément important à souligner porte sur la composition de l’électorat AfD et son comportement. « Alors que le SPD et la CSU ont reculé, à eux deux, de dix points, l’AfD progresse alors qu’une partie de ses électeurs actuels étaient des abstentionnistes en 2011. A Berlin, des élections régionales sont prévues dans dix semaines et partout on entend la même litanie : ‘ne pas voter pour l’AfD’. Une manifestation de 5000 personnes contre l’AfD a d’ailleurs été organisée dans la capitale samedi 3 septembre mais s’est en fait transformée en kermesse électorale pour les partis qui se trouvent à la tête de l’exécutif régional. ‘Debout contre le racisme’ est une plateforme constituée autour des Verts, du SPD et de Die Linke qui s’oppose à l’AfD mais qui ne dit pas un mot du racisme d’Etat, de la politique migratoire de Merkel aujourd’hui, notamment après l’accord avec la Turquie. C’est bien entendu une bonne chose que 5000 personnes aient manifesté contre le racisme à Berlin, mais il faut analyser le contexte. Nous avons participé à cette manif en dénonçant à la fois le racisme de l’AfD mais également le racisme d’Etat.

Un parti qui se veut antisystème

« L’Afd, souligne Schneider, a vu le jour il y a trois ans. Selon certains analystes, il s’est droitisé là où un parti d’extrême droite comme le FN, en France, tente de se dédiaboliser. La situation, en réalité, est un peu plus complexe. Il existe plusieurs tendances au sein de l’AfD. L’une d’entre elle est très à droite et se retrouve, notamment, en Thuringe et en Saxe, là où Pegida est le plus fort. Il existe également un courant moins sulfureux au sein de l’AfD, conduit par la porte-parole, Frauke Petry. Ces gens-là se présentent comme des démocrates convaincus qui défendent un modèle plébiscitaire et populiste, soi-disant d’inspiration suisse, mais ils sont tout aussi racistes. Le grand gagnant des élections de dimanche, Leif-Erik Holm, tête de liste de l’AfD en Poméranie, s’est défendu, dimanche, d’avoir ‘fait campagne contre les migrants. Nous avons fait campagne contre la fausse politique migratoire’. C’est bien entendu absolument faux, mais cela témoigne d’une volonté de se relocaliser ».

« Le discours de l’AfD est un discours populiste de droite commun à un certain nombre de formations au niveau européen, mais les positions qui y sont relayées sont très racistes. On pourrait même dire qu’il ne s’agit plus d’un parti ‘populiste de droite’ mais, réellement, d’un ‘parti proto-fasciste’. Dans un pays co-gouverné au niveau fédéral par la CDU et le SPD et au niveau régional par la CDU, les sociaux-démocrates et les Verts, voire même avec Die Linke en tant que première formation en Thuringe, l’AfD prétend être le seul parti ‘d’opposition’ ».

Propos recueillis par Josefina Martínez pour Laizquierdadiario.es

Trad. CT