Monde

Un pas de plus dans l’inhumanité

La police italienne accusée de torture par des réfugiés

Publié le 3 novembre 2016

Selon un rapport d’Amnesty International, la police italienne aurait utilisé des méthodes de torture pour obtenir par la force les empreintes digitales de certains réfugiés. Un pas de plus dans l’horreur dont est directement responsable l’Union Européenne de par la gestion inhumaine qu’elle réserve aux migrant.

Georges Camac

Sur un total de 170 entretiens qu’a pu réaliser Amnesty, vingt-quatre réfugiés font état de mauvais traitements. Et leur récit fait froid dans le dos. Coups de matraques, décharges électriques, mais aussi violences sur les parties génitales, notamment sur des mineurs. Un soudanais de 16 ans raconte : « les policiers ont utilisé une matraque électrique plusieurs fois sur ma jambe gauche, puis sur la droite, ma poitrine, mon ventre. J’étais trop faible pour résister, à ce moment-là, ils ont pris mes deux mains » pour obtenir des empreintes digitales. Un homme de 27 ans affirme également dans le même rapport avoir été contraint de s’asseoir sur une sorte de chaise percée en aluminium avant que la police n’utilise des pinces sur ses testicules. Peu de temps après la publication de ce rapport, la police italienne a démenti ces informations. Pourtant, pour l’auteur de celui-ci, si tous les cas individuels n’ont pu être vérifiés, il déclare qu’Amnesty est « certainement en position de dire qu’il y a un problème de recours excessif à la force par la police ».

D’autre part, ces actes de torture ne sont pas les seuls reproches faits par Amnesty. L’ONG dénonce également les interrogatoires faits par la police dans des conditions déplorables, juste après l’arrivée des migrants sur le territoire italien après des jours passés sur des embarcations de fortune à avoir frôlé la mort. Enfin, l’Italie a renvoyé plusieurs migrants dans des pays accusés de violations des droits de l’homme, au mépris des engagements pris par l’Union Européenne. Récemment, ce sont par exemple 40 migrants qui ont été renvoyés vers le Soudan. L’un d’entre eux a assuré avoir été sévèrement battu à son arrivée dans le pays par les forces de sécurité.

Ces révélations, loin d’être des cas isolés, permettent au contraire de montrer que, derrière les discours sur la gestion « humaine » des réfugiés, le tableau est bien différent. Pour Amnesty, les cas de torture dénoncés par certains migrants sont directement liés aux « pressions de l’Union européenne sur l’Italie, pour qu’elle se montre “dure” envers les migrants et les réfugiés ». En cause notamment, la politique des « hotspots » décidée par l’UE pour enregistrer les migrants dès leur arrivée sur le territoire européen. Dans le contexte du récent démantèlement de Calais, des rafles régulières de migrants dans les rues de Paris, c’est bien vers la banalisation de la torture et de l’horreur que nous nous dirigeons si rien n’est fait pour stopper cette escalade. Pour mettre fin à la crise des migrants et aux politiques racistes de l’Union Européenne menées par les différents gouvernements, aux pratiques de torture qui s’installent aux portes de l’Europe, il est grand temps d’exiger l’ouverture des frontières.