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Martinez y parle de Lepaon mais…

Le 51ème Congrès de la CGT, un congrès pour construire la grève reconductible ?

Publié le 19 avril 2016

A Marseille, s’est ouvert, ce lundi 18 avril le 51ème congrès de la CGT. C’est dans un contexte d’intense mobilisation contre la Loi Travail, que plus d’un millier de représentants mandatés se réunissent jusqu’à vendredi pour décider de l’orientation de la centrale pour la prochaine période. Tandis que la mobilisation entame sa septième semaine, marquée par les journées de manifestation et de grève en « saute-mouton », et que la répression frappe de plein fouet la jeunesse mais aussi des militants syndicaux, ce devrait être aussi et surtout l’occasion pour les militants combatifs de commencer à peser sur les débats internes et d’exiger de la direction de la CGT une autre politique que celle qui fragmente la puissance de frappe des travailleurs et ne permet pas de consolider l’alliance entre les salariés et la jeunesse ; une orientation qui, à l’inverse, devrait pousser construire réellement le « tous ensemble » par la grève dans la durée, reconductible, jusqu’au retrait pur et simple de la Loi El Khomri.

Damien Bernard

C’est dans une ambiance pour le moins combative que plus d’un millier de représentants mandatés accueillaient lundi, dans un long tonnerre de protestation, la délégation du Parti socialiste. « Retrait de la loi El Khomri » résonnait dans la salle. C’est aussi par sifflets qu’était accueilli Philippe Antoine le représentant de la CFDT, la direction syndicale étant passée ouvertement du côté de la loi, et donc du gouvernement au service du patronat. L’ancien secrétaire générale, Thierry Lepaon, présent un peu à l’écart, était lui aussi copieusement hué, lorsque son nom a été annoncé. C’est un cocktail détonnant qui illustre en quelque sorte, la façon dont est perçue la classe politique, mais aussi ses relais directs et ouvertement pro-gouvernementaux. Cela reflète aussi un certain ras-le-bol notamment en termes de fonctionnement de la centrale, et cela illustre combien le scandale Lepaon est loin d’être réglé.

Les militants n’ont qu’une envie, c’est de partir en bagarre !

Alors que la mobilisation contre la loi Travail, a vu des structures syndicales, donner le ton de la lutte, notamment au Havre où la fédération CGT des dockers et ouvriers portuaires était à la pointe de la contestation en bloquant le port et en militant pour massifier le mouvement, le tout en solidarité exemplaire vis-à-vis de la jeunesse, il manque encore à ce que ces politiques de ces structures ou fédérations, puissent avoir voix au chapitre pour partager leurs expériences et leurs méthodes de lutte, pour le moins efficaces, lors de ce congrès.

D’autre voix expriment aussi cette envie d’en découdre comme le Syndicat de la CGT Mairie de Toulouse qui, s’appuyant sur « la montée de la contestation de la jeunesse contre la loi elle-même, le succès du mouvement Nuit Debout le progrès de la convergence des luttes tant réclamée », appelle « le congrès de la CGT du 18 au 22 avril » à se saisir « de la question de l’organisation de la grève générale reconductible », ou appelle encore à « discuter de la grève reconductible jusqu’au retrait et nous considérons que cette orientation doit être celle de toute la CGT ».

C’est en ce sens que l’extrême gauche et les militants combatifs doivent interpeller la direction confédérale de la CGT pour exiger un véritable plan de lutte seul à même de faire reculer définitivement Hollande et sa loi Travail.

Pour un soutien réel soutien à la jeunesse !

Le « tous ensemble », Hollande le redoute plus que tout, en témoigne la terrible répression et son escalade ces deux dernières semaines à l’approche des vacances scolaires. Profitant ainsi de son isolement, il s’agit pour le gouvernement, tout en tentant de rallier l’UNEF avec les miettes qu’il veut bien lui donner, de taper fort un bon coup pour éteindre la détermination de la jeunesse, qui ne rompt point et réagit même à l’inverse en se soudant face à l’adversité. Pourtant, il parait légitime de se poser la question des résultats désastreux de la politique de la direction confédérale de la CGT à l’égard des jeunes mobilisés.

D’une part, la jeunesse a été en première ligne et à l’initiative le 9 mars, aidé par la pression de plus d’un million de pétitionnaires sur les réseaux sociaux. C’est elle qui a permis d’imposer aux directions syndicales la date du 9 mars et le premier « tous ensemble » contre Hollande. Pourtant, l’Intersyndicale et au premier titre la CGT, de par sa politique de journée « saute-mouton », notamment dans la dernière période, et l’appel à une grève interprofessionnelle le 28 avril, ne s’y serait pas mieux prise si elle avait voulu isoler la jeunesse, facilitant de fait la stratégie de répression tous azimut du gouvernement, pour étouffer le mouvement avant les vacances scolaires. L’AG massive de rentrée des étudiants de Rennes 2 risque de le faire déchanter, par ailleurs.

D’autre part, alors même que les forces de polices, au service de Valls et Hollande, sont entrés dans une escalade répressive avec près de 170 interpellations, lors de la journée nationale de mobilisation du 5 avril, ou encore ce 14 avril, à Paris, lorsque que la présence des CRS, avec gazeuses et boucliers, et un drone couvrant carrément la zone, était tellement massive que les journalistes se demandaient s’il ne s’agissait pas plutôt d’une manifestation de policiers, les directions syndicales, dont la CGT, ont brillé par un silence total. Cela est d’autant plus scandaleux qu’en n’appelant pas à une journée de grève, elle l’a laissé isolée, puis matraqué, sans dire mot. L’une des tâches fondamentales, lors de ce congrès à la CGT, doit être d’exiger que la centrale, au sein de l’Intersyndicale, fasse tout pour que le monde du travail soit solidaires de l’ensemble de la jeunesse face à cette répression terrible.

Pour la construction de la grève reconductible !

Grace à la jeunesse mobilisée, la dynamique de mobilisation et la tension se sont maintenues durant trois longues semaines entre le 9 mars et le 31 mars. Avec 1,2 millions de personnes qui ont manifesté dans toute la France, étudiants, lycéens et salariés, la dynamique qui s’imposait, et la faiblesse du gouvernement, tout juste déchu de sa réforme constitutionnelle, nécessitait d’enfoncer le clou et une reconduction de la grève jusqu’au retrait total de la loi Travail. Pourtant, l’intersyndicale, et au premier titre la CGT, n’a même pas appelé à se joindre à la jeunesse mais à une manifestation le samedi 9 avril, qui a été plus démobilisatrice qu’autre chose.

C’est même trois semaines plus tard, le 28 avril, que la prochaine grève interprofessionnelle est appelée, c’est bien la déclinaison de la stratégie en journée « saute-mouton » qui s’illustre ici presque grossièrement, alors que la majorité de la population souhaite en découdre et qu’il s’agit pour bon nombre de militants de parler de grève générale. Alors même que la combativité est au rendez-vous, ce congrès doit être l’occasion d’être critique face à cette stratégie qui démobilise et ne donne que peu de perspective, notamment en termes de victoire, aux militants combatifs, qui n’ont pourtant qu’une envie : partir en bagarre.

S’appuyer sur les secteurs avancés pour construire la grève générale

Pourtant, il apparait que les voix dissonantes à la ligne politique de la direction de la CGT, pour le moins marqué par les journées « saute-mouton », ne sont pas forcément les bienvenues. Pour exemple, la CGT Goodyear a annoncé dimanche qu’elle comptait prendre la parole au congrès avant le vote sur l’orientation, même si « la direction confédérale ne le souhaite pas ». « Nous avons décidé de venir prendre la parole devant les délégués avant le vote sur l’orientation. Si aucune date ne nous est proposée (...) nous serons présents au congrès le mardi 19 avril à 15H00 pour prendre la parole », a écrit la CGT Goodyear dans un communiqué. Les Goodyear avaient notamment écrit une adresse intitulée « Que fout la confédé ? », publié sur internet. Déjà signé par 2.673 personnes dimanche matin, les Goodyear ont estimé que ce 51e congrès devait « être le tournant par lequel la CGT reprend possession de ses forces ».

Alors qu’il est certain que la mobilisation crée un contexte propice à ce 51e congrès, ouvrant un espace pour réfléchir aux possibles de la lutte contre la loi Travail, et que la mobilisation bénéficie d’un soutien fort dans l’opinion publique, l’une de nos tâches fondamentales durant ce congrès devrait être, en s’appuyant sur les secteurs militants les plus avancées, comme la CGT du Havre, ou l’Union Départementale 31, avec la CGT Goodyear, et les syndicats CGT signataires de On bloque tout, de batailler pour une autre politique, celle visant à construire réellement le rapport de force face au gouvernement et au patronat, en œuvrant à la grève reconductible seule à même de bloquer l’économie, pour imposer une dynamique à la grève générale, en lien avec la jeunesse, les étudiants et les lycéens.