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Politique

Encore une fois, sur la « violence » en manifestation

Le McDo du pont d’Austerlitz fait salle comble 4 jours après le 1er mai

L’opération des « blacks blocs » contre le restaurant McDonald du pont d’Austerlitz lors du défilé du premier mai défrayait encore la chronique des chaines d’infos en continue, que celui-ci avait déjà rouvert ses portes. L’instrumentalisation de la mise à sac du restaurant par quelques dizaines de militants du cortège de tête a été l’argument phare d’une répression largement aveugle et portée à l’échelle de tout le mouvement social. Derrière le spectacle médiatique, la véritable violence s’installe et ses cibles ne sont pas des vitrines.

Image du McDonald de la gare d’Austerlitz prise 4 jours après le 1er mai.

Surenchère médiatique sur la « violence » des blacks blocs

Les médias, unanimes, déploraient au soir du 1er mai un niveau de violence rarement sinon jamais atteint et déployaient un arsenal de qualificatif tous plus excessifs les uns que les autres afin de dépeindre le défilé en véritable guerre civile. Mais peut-on sérieusement parler de violence quand quatre jours après les faits, et alors que les images de la destruction presque complète du restaurant étaient toujours sur les écrans, l’établissement se trouve refait à neuf et en état de fonctionnement normal ? Pourtant, les médias, BFM, France 2 et TF1 en tête, n’ont pas hésité à dénoncer des scènes de « guérilla urbaine » parlant même de « terrorisme urbain » et de militants « armés jusqu’aux dents ». Le 2 mai au soir, TF1 demandait : « les casseurs peuvent-ils être considérés comme des terroristes ? » pendant que France 2 interrogeait : « Quelles sanctions pour les casseurs ? ». Franceinfo parlait pour sa part « d’un quartier de Paris mis à sac par les casseurs ». Or qu’en est-il en réalité ? La préfecture reconnait, au travers de la personne du préfet, Michel Delpuech, un bilan humain « extrêmement léger ». Côté matériel, les dégâts s’avèrent relativement peu importants au regard de ce qu’ils ont pu être en 2016 à l’occasion des manifestations contre la « loi travail » et n’ont en tout cas aucune commune mesure avec ce que peut représenter la mise à sac d’un quartier. Alors que ces mêmes médias reviennent en chœur sur 68 et ses émeutes, muséifiées et qui pourtant ont pu causer, pour la seule « nuit des barricades », près de 350 blessés côté policier (contre 6 lors du 1er mai 2017, lui aussi objet d’une surenchère médiatique d’envergure) et autant coté étudiant, on ne peut qu’être frappé par l’excès du traitement des événements de la semaine dernière.

MacDonald Gare d’Asuterlitz, Boulevard de l’Hôpital, 4 jours après le 1er mai.

Cordon sanitaire politique au service du pouvoir

L’offensive médiatique intense contre les « black blocs », à laquelle s’est ajouté un traitement de la manifestation ne faisant état que de la « désunion syndicale », a été prolongée d’une offensive politique justifiant la répression aveugle et très violente de militants politiques et de manifestants. Tous les acteurs ont été sommés de dénoncer et de condamner les militants « radicaux ». Mélenchon fustigeant ainsi les « fils à papa » brisant les vitrines, a joué tantôt à plein de la rhétorique moralisatrice et paternaliste qui caractérisait les dirigeants du PCF, tantôt a rassuré sur sa capacité, lui au pouvoir, à maintenir l’état de droit par la répression. Ce forfait politique pose très sérieusement question, plus encore que l’impasse de l’option stratégique des black blocs. Il témoigne d’abord de l’admission sans critique des représentations spectaculaires construites et imposées par les médias à propos des événements du 1er mai. Mais de plus, quoi que l’on pense de la stratégie des autonomes organisés en « black blocs », n’est-il pas plus grave et dommageable pour la mobilisation de justifier le resserrement de l’étau répressif, qu’il soit judiciaire ou policier, que de briser des vitrines ? N’est-ce pas la même police qui débloque les facs, qui débloquait en 2016 les dépôts de carburant, et qui demain, le cas échéant, effectuerait la réquisition des cheminots grévistes si l’Etat le demandait comme ce fut le cas en 2010 sous Sarkozy lors de la grève contre la réforme des retraites ? Les diviseurs ne sont-ils pas ceux qui refusent de reconnaitre l’existence de notre véritable ennemi, le pouvoir économique et sa police et qui devant lui n’hésitent pas à capituler, refusant la solidarité aux interpellés, celle-la même qui pourtant avait été le moteur de la grève générale de mai-juin 1968 ?

Fausse violence et vraie répression

Quiconque a pris la peine de se rendre sur les lieux, à l’angle du pont d’Austerlitz, au lendemain de la manifestation, a pu prendre la mesure de la réalité de cette « mise à sac ». Les stigmates de la manifestation étaient tous pratiquement estompés que le dernier gardé à vu n’était pas encore sorti. A la violence symbolique du black bloc répond une violence bien réelle, celle de la police et de la justice. Des centaines de manifestants ont été raflés au hasard dans les rues du quartier latin, aux abords de la gare d’Austerlitz, de la place de la Bastille et aux sorties des cafés pour soigner les chiffres et afficher une image de fermeté. Certains d’entre eux ont passé 48 heures en garde-à-vue sans aucun motif sérieux pour ensuite être déférés. Que la stratégie du black bloc nous semble une impasse, que la violence symbolique et rituelle soit une réponse bien maigre au problème de la non moins rituelle et symbolique manifestation sans grève sérieuse ou sans grève du tout, nous l’avons toujours dit clairement. Mais ce désaccord ne nous empêchera pas d’afficher une solidarité de lutte sans faille pour nos camarades interpellés et de bien discerner notre ennemi commun.

Relaxe pour tous les inculpé.es du 1er mai !




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