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Politique

Plus mort que vif

Le PS après le premier tour : certificat de décès clinique

Les plus positifs parlent de « lourde défaite » à propos des scores de Hamon, après le premier tour. Les plus lucides de « désastre ». Dans les deux cas, il s’agit d’euphémisme. Le PS, le 23 avril, est en état de mort clinique.

Fidèle à son habitude, le bureau national du PS, qui s’est tenu de façon extraordinaire ce lundi, a renvoyé les discussions qui fâchent à plus tard, à savoir après les législatives, même si l’ambiance était au flingage en règle, rue de Solferino.


Un résultat pitoyable

C’est Benoît Hamon qui a reçu les charges les plus lourdes pour son score historique : 6%, presque aussi bien que le résultat de Gaston Deferre, en 1969, lors d’une élection présidentielle qui allait signifier l’acte de décès de la vieille SFIO, 64 ans après sa fondation. Le PS, lui, a le même âge ou presque : 58. Il est probable qu’il connaisse la même fin, et tout le monde se rêve en nouveau Mitterrand au congrès d’Epinay, refondateur.

Si le 21 avril 2002 et l’élimination de Jospin du second tour au profit, à l’époque, de Jacques Chirac et de Jean-Marie Le Pen, avait signifié la fin d’un cycle et la sanction de l’essoufflement d’un PS aux affaires, après le quinquennat de Hollande, le PS n’existe plus que sur le papier.

Ce n’est pas tant la campagne de Hamon, qui aurait été particulièrement mauvaise, comme le veulent certains de ses petits camarades, à l’instar de Cambadélis et d’autres, qui lorgnent tous sur la façon dont ils pourraient garder la part la plus consistante de ce que Blum appelait la « vieille maison ». Hamon a dû faire face, tout d’abord, a des défections en règle au profit de Macron, soutenu par ce qui restait de l’appareil comme la corde soutient le pendu.


Faire oublier

Hamon a surtout dû charrier le poids de cinq années de politiques anti-sociales et anti-populaires dont il est co-instigateur, au titre de ministre entre 2012 et 2014, mais dont le principal responsable est avant tout Hollande. En cinq ans à l’Elysée, les socialistes auront réussi à perdre tous les scrutins locaux, départementaux et régionaux, alors qu’ils disposaient de tous les leviers institutionnels en arrivant au pouvoir en 2012. Hamon a beau avoir voulu faire oublier tout cela en recentrant son discours autour de quelques mesures néo-réformistes phares, comme le revenu universel, promettant de défaire ce que les siens avaient fait (loi Travail), et en optant pour un lexique de gauche là où la plupart de ses coreligionnaires du PS l’avaient remisé, il en faut un peu plus pour reconstituer un socle électoral et social.


Le destin du PASOK

Mais le PS français suit également la courbe descendante de l’ensemble des partis sociaux-démocrates européens après l’épreuve du pouvoir, du tournant social-libéral et de l’application des politiques austéritaires. Ce recentrage sur la droite des partis socialistes s’est traduit, à échelle européenne, à un redimensionnement considérable des PS allant, pour l’Europe du Sud notamment, de phénomènes d’affaiblissement important, dans le cas du PSOE espagnol, à la disparition quasi-complète, comme en témoigne le cas du PASOK grec. Le PS français vient de se faire rattraper par cette dynamique qui lui pendait au nez.


Ruptures à gauche et tentatives de rafistolage

Si à ces deux facteurs on rajoute la mobilisation contre la loi Travail, qui est passée par là, et qui a signifié que la rupture entre « le peuple de gauche » et le PS, initiée avec la déchéance de nationalité, s’est parachevée avec la loi El Khomri, on comprend comment Hamon a pu arriver si bas. Partout le PS a été battu. Hamon est donc arrivé cinquième position, et non en troisième, comme Jospin en 2002. Jusque dans son « fief » de Trappes, dans les Yvelines, où il a été parachuté en 2012, Hamon est devancé par Jean-Luc Mélenchon.

À droite comme à gauche de ce qui était, jusqu’à hier, le PS, on veut « refonder ». Valls souhaite construire une « Maison des progressistes », mais le terrain est déjà occupé par Macron. Hamon, lui, souhaiterait donner de la continuité à l’alliance écolo-socialiste sanctionnée par le pacte avec Jadot, mais le terrain, sur ce front-là, est partiellement occupé par la France Insoumise. Hidalgo, maire de Paris à la tête d’une coalition rose-Verts-« rouge » espère, elle aussi, peser dans les discussions.

C’est ainsi qu’aux législatives, on pourrait avoir, dans certaines circonscriptions, des affrontements entre candidats socialistes-macroniens versus socialo-hamonistes, voire vallsistes-sociaux-libéraux. Les derniers écharpements avant le certificat de décès. Définitif, cette fois-ci.




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