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Politique

Le monarque et sa cour

Le roi Macron convoque le Congrès au château de Versailles

La veille de l’intervention du premier ministre devant l’Assemblée Nationale, Emmanuel Macron s’adressera aux députés lors d’un congrès au château de Versailles. La symbolique est une nouvelle fois forte. Le renouveau politique incarné par Macron tend à exacerber sans complexe la figure autoritaire du chef d’État.

Crédit : Photo Albert Facelly

Après le coup de force à l’Assemblée, l’affirmation des symboles les plus bonapartistes de la République

Visiblement, Emmanuel Macron a estimé qu’il fallait en remettre une couche. Après avoir remonté les Champs-Elysées dans une voiture militaire, réservé sa première visite en Afrique aux soldats français basés au Mali, fêté sa victoire présidentielle aux pieds de la pyramide du Louvre ou bien encore accueilli Vladimir Poutine… au château de Versailles, le nouveau président semble vouloir enfoncer le clou.

« Le boss, c’est moi ». Voilà le message qu’entend marteler Macron avec tant d’insistance qu’on croirait, à s’y méprendre, que le président de la République use de la méthode Couet. Pour se convaincre lui même, peut-être, le reste de la classe politique, sans doute, mais surtout les classes populaires à qui il promet l’enfer à coup d’ordonnances. Mais cette volonté d’apparaitre une nouvelle fois dans le costume du chef de guerre, type roi de France ou plus exactement en Bonaparte, pointe aussi la nécessité absolue pour Macron d’enclencher au plus vite le train de contre-réforme.

C’est pourquoi, après avoir manœuvré à l’Assemblée Nationale pour briguer l’ensemble des postes de « questeurs » via sa majorité et ses alliés, Emmanuel Macron a décidé de convoquer le congrès dans ce cadre si monarchiste de Versailles… la veille de l’intervention d’Edouard Philippe, premier ministre, devant les députés. Une action qui n’est pas anodine, et qui montre la volonté du président en place d’outrepasser la traditionnelle délégation de ces affaires au premier ministre et de mettre en exergue la figure présidentielle.

Les Insoumis n’en seront pas

Si Macron entend incarner un chef d’État solide et respecté, La France Insoumise a immédiatement réagi pour annoncer son intention de boycotter le congrès de Versailles, en profitant pour glisser un tacle au président, Jean-Luc Mélenchon déclarant devant les journalistes penser qu’ils étaient en capacité de comprendre ce qu’il avait à dire. Un clin d’œil à la fameuse phrase selon laquelle la pensée de Macron serait trop complexe pour être comprise par les journalistes, et que c’est pour cela que le président-roi se tiendrait éloigner des caméra et micros lors du congrès de Versailles.

Bien sûr, il aurait été difficile pour Mélenchon d’accepter sans sourciller de se joindre aux festivités Versaillaises, lui qui s’est érigé en « anti-monarchie présidentielle ». Un coup politique donc, qui permet à Mélenchon et sa formation d’apparaitre concrètement comme une figure de proue de la reconstruction, sur le plan de la gauche institutionnelle, via une opposition active en interne de l’Assemblée Nationale.

Un ultime coup de pression symbolique avant le lancement des grandes manœuvres ?

Il y aurait presque un aspect grotesque à ses grandiloquentes et, finalement, très grossières démonstrations de puissance monarquo-bonapartistes de la part de Macron. Et il y a du vrai, tant le nouveau président se présente en chef d’État respectable alors que moins de 11 % de la population a voté pour lui. Mais derrière ces aspects symboliques se cache aussi la réelle ampleur des attaques à venir, et ces démonstrations ont aussi une vocation préventive.

L’épisode du congrès à Versailles sera vraisemblablement le dernier grand « déballage monarchiste » avant la parade du 14 juillet, ou Macron sera par ailleurs accompagné par Donald Trump. Il témoigne aussi du fait que, politiquement, le gouvernement Macron « s’ouvre » un peu plus une « voie » pour accentuer le cas échéant le tournant autoritaire et bonapartiste qui caractérise la situation française depuis ses prémisses sarkozystes et l’accélération de 2014, avec la répression féroce suite au meurtre de Rémi Fraisse sur la ZAD de Sivens. C’est pourquoi il est primordial que le mouvement ouvrier, et en premier lieu ses organisations, rompent immédiatement toutes négociations et élaborent un plan de bataille pour contrer les offensives à venir. Car cette nouvelle démonstration de force en témoigne : celui de Macron est fin prêt.




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