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Politique

Une victoire en trompe l’œil

Les députés élus en moyenne par 22% des inscrits

Ce dimanche 18 juin, la République En Marche d’Emmanuel Macron a raflé 350 sièges avec le Modem (42), se situant en ce sens, bien au dessus de la majorité (289) mais au dessous également des pronostics établis. En ce sens, la coalition au pouvoir représente au moins 60,6 % des sièges face à une déroute palpable des partis traditionnels. Il est nécessaire de rappeler que les Républicains comptabilisent à ce jour, selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur de 113 sièges, que le Parti socialiste en compte seulement 33 et que La France Insoumise et le PCF remporteraient 27 sièges contre 8 pour le Front national. Le pari semble donc réussi pour Emmanuel Macron.

Même si les résultats du second tour des législatives donnent un nombre moins important de sièges à LREM que ce que prévoyaient les pronostics, la nouvelle Assemblée n’en demeure pas moins infectée par une majorité écrasante et historique de La République En Marche. Une majorité qui ne traduit pourtant pas une réalité de participation massive aux législatives, mais au contraire, une abstention record (57,6 %). Beaucoup de sièges, alors, pour si peu de voix ! Les chiffres ne trompent pas : les députés ont été élus, en moyenne, par 22% des inscrits, descendant parfois jusqu’à seulement 10% des potentiels électeurs.

Cette faible participation par rapport au nombre d’inscrits se traduit par un déficit de représentativité important et une position quasi monarchique du nouveau président, qui dispose désormais d’une majorité parlementaire pour mener à bien sa politique. L’hégémonie institutionnelle de Macron ne saurait cependant cacher sa fragilité réelle et l’absence de base sociale solide. Au contraire, le résultat du second tour des législatives sonne comme un avertissement pour le nouveau pouvoir, aucun blanc-seing ne lui est donné : « On nous attend au tournant » a ainsi reconnu le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb.

En effet, l’abstention record de ces législatives témoigne d’un désintérêt des français pour la vie politique et surtout d’une adhésion peu spontanée voire d’un rejet au projet de Macron. Elle met en lumière, en ce sens, l’expression bien réelle d’une lassitude, d’une défiance légitime prononcée à l’égard des responsables politiques que les affaires de corruption n’ont cessé de confirmer dans ce paysage mouvementé et ce malgré l’apparent « renouvellement » de la vie politique promis par Macron. Les votes d’adhésion sont donc largement minoritaires et les députés demeurent nombreux à avoir été élus avec seulement 22% de voix, soit 1 électeur sur 5. Ce dégoût généralisé pour les représentants politiques s’est également matérialisé dans le vote nul et blanc, comptabilisant 1 électeur sur 7. Reste à ce que ce dégoût généralisé contre la caste politicienne et les projets de Macron puisse s’exprimer dans la rue et par la mobilisation.

La victoire en trompe l’œil de La République En Marche peut redonner conjoncturellement de l’oxygène aux classes dominantes. Mais à mieux y regarder c’est la confirmation de la crise des institutions et des mécanismes de la démocratie bourgeoise, qui est l’expression d’un pouvoir accaparé par une frange très restreinte de la population qui ne promet rien d’autre que l’affirmation exacerbée et la mise en place d’une politique servant les intérêts de la classe dominante, rejetant ainsi les préoccupations et les intérêts des exploités et des opprimés. La nouvelle Assemblée nationale, en effet, reflète déjà cette réalité : 41 patrons sont désormais députés, contre un seul ouvrier et seulement un étudiant.

Dès lors, face à une absence aussi manifeste de légitimité de la majorité parlementaire, face à une Assemblée nationale qui se plie sous le joug d’un parti écrasant et armé d’un programme profondément anti social, il nous appartient à nous, force sociale, de refuser le poids des mesures très prochaines du gouvernement, et de le faire en utilisant ce qui fait notre force : notre nombre et notre capacité à nous mobiliser et à bloquer, par la grève, les plans du gouvernement.

Crédits photo : AFP / Pascal Pavani




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