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« La production est mondialisée, notre lutte doit l’être aussi »

Licenciements massifs chez Opel. Interview de Fritz Hofmann, syndicaliste IGMetall

6400 suppressions de postes. C’est le chiffre auquel voudrait arriver le groupe PSA au niveau d’Opel et de Vauxhall, en Allemagne et en Angleterre. Un scandale sur lequel revient Fritz Hofmann, syndicaliste IGMetall, membre du Comité d’entreprise chez Opel Eisenach (Thuringe) et représentant de la coopération internationale entre les équipes des groupes General Motors et PSA.

Crédit Photo : L’Est Républicain. Fritz Hofmann (à gauche) lors d’une rencontre entre des syndicalistes d’Opel venus d’Allemagne et des ouvriers de PSA Sochaux, en mai 2017.

Vincent Duse, pour RP [VD] : Le groupe PSA a racheté Opel en disant qu’il n’y aurait aucune fermeture d’usine et a peine la vente finalisée voilà que PSA va annoncer pour novembre un plan de suppression de 6000 emplois en Allemagne et 400 à Vauxhall en Angleterre. Quel est ton sentiment ?

Fritz Hofman [FH] : Je ne m’attendais pas à autre chose. C’est normal que les capitalistes mentent et ne tiennent pas leurs promesses. Nous nous préparions depuis le début à ces attaques envers le personnel, comme c’est le cas en France et dans d’autres pays. Je ne peux pas vous dire s’il est vrai que ces 6000 postes vont être supprimés. Il est possible que le chiffre monte plus haut. Mais dans tous les cas, nous n’allons pas nous laisser faire.

VD : Dans les usines d’Opel quelle est l’ambiance chez les travailleurs d’abord suite au rachat d’Opel mais aussi depuis les annonces d’emplois à supprimer ?

FH : Au début, on avait espoir que ça puisse mieux se passer chez PSA que chez GM, mais aussi l’illusion qu’un constructeur européen ne serait peut-être pas aussi dur qu’un américain. Mais il ne reste plus grand chose de ces illusions, surtout depuis l’annonce des suppressions de postes en Angleterre. Nous discutons beaucoup parmi le personnel du fait qu’on ne devrait pas attendre, mais préparer de façon active le combat au-delà des frontières du pays. Les collègues réclament des informations claires. Dans l’usine, on a tenu des assemblées générales pendant les pauses et écrit un communiqué en solidarité avec les ouvriers de Vauxhall.

VD : Comment réagit le syndicat IG Metall sur l’acquisition d’Opel par PSA et que dit le principal syndicat allemand de la métallurgie sur les annonces des suppressions d’emplois ?

FH : La direction de IG Metall et du comité d’entreprise ont salué la reprise de PSA comme une nouvelle chance. Ils disent qu’il n’y a pas d’alternative pour faire plus de profit dans le cadre du groupe PSA. Ils n’ont rien dit par rapport à la suppression de postes en Angleterre et ils gardent secrets les projets pour les usines allemandes. Ces gens se considèrent comme les « Co-Managers ».

VD : Pour toi, quel serait le meilleur moyen pour s’opposer au massacre des emplois chez Opel et quelle stratégie tu préconises ?

FH : Nous devons nous battre tous ensemble pour chaque emploi, dans chaque usine du groupe PSA, et formuler nos propres revendications. Nous devons nous mettre d’accord sur les revendications, de façon internationale. Je suis favorable à la semaine de 30 heures sans perte de salaire. La CGT est pour la semaine de 32 heures. Dans l’Etat espagnol aussi on discute de la réduction du temps de travail. Nous devons aussi combattre l’extension du temps de travail au week-end. J’ai observé que PSA augmente les capacités de ses grandes usines et veut imposer le travail le samedi. Dans l’usine de Vigo, dans l’Etat espagnol, le personnel a commencé à faire grève chaque samedi. C’est la voie à suivre. Si cinq usines travaillent le samedi, ils peuvent fermer une autre usine dès maintenant.

VD : Au sein du syndicat IG Metall vous êtes une branche d’opposition à la politique du syndicat. Comment se passent les choses et quelle bataille politique menez-vous ?

FH : Nous ne sommes pas l’opposition ! Nous suivons la ligne du syndicat en tant qu’organisation de combat, qui doit être démocratique et en dehors de tout parti. Nous faisons aussi adhérer de nouveaux membres à IG-Metall et travaillons de façon très active au renforcement du syndicat. Dans ce cadre, nous soutenons aussi une position indépendante de lutte de classe et de la nécessité d’une révolution internationale pour mettre fin à l’impérialisme. C’est pour ça que nous sommes attaqués et diffamés, voire en partie exclus des syndicats par les représentants de la conciliation de classes et des « Co-Managements ». La direction d’IG-Metall considère le soutien au Parti Marxiste-Léninste d’Allemagne (MLPD) comme inconciliable avec le fait d’être membre d’IG-Metall. Mais on ne peut pas exclure si facilement les membres les plus actifs. Nous veillons à ce que tout soit discuté parmi le personnel. Les membres du syndicat doivent eux-mêmes décider de la politique d’IG-Metall.

VD : Vous êtes aussi un collectif militant internationaliste et vous organisez des conférences du secteur automobile une fois tous les deux ans au niveau mondial. Peux-tu nous expliquer qui vous êtes et quelles sont vos objectifs ?

FH : Depuis vingt ans, nous avons créé un mouvement international de coordination des travailleurs de l’automobile. En Octobre 2015 se déroulait la 1ère Conférence internationale des travailleurs de l’automobile. Dans ce cadre, nous avons élu des représentants pour la coordination dans les grands groupes du secteur. La prochaine conférence aura lieu en Afrique du Sud. L’objectif est d’unir les travailleurs combatifs de tous les pays pour la lutte commune. Comme la production est mondialisée, notre lutte doit l’être également, pour devenir une force supérieure.

VD : En mai dernier, nous avons organisé une rencontre du syndicat d’Opel et du syndicat CGT PSA de Mulhouse et Sochaux en France. Tu attends quoi de la CGT du groupe PSA dans les mois qui viennent ?

FH : Les camarades de la CGT PSA-Mulhouse et PSA-Sochaux nous ont très chaleureusement invités, et je les en remercie. Nous leur avons aussi proposé de venir en Allemagne, et espérons qu’il y aura très vite une occasion. Nous devons échanger le plus possible nos informations et nos idées et préparer des actions concrètes. Nous devons y associer les collègues des autres pays. J’ai de bons liens avec les camarades dans l’Etat espagnol. Je me dis que nous pourrions faire des journées d’action internationales contre les attaques de Carlos Tavares. Pour cela, ça pourrait être bien de discuter directement avec les responsables de la CGT-PSA. La CGT est aussi invitée à signer notre charte de solidarité et à travailler avec nous dans notre coordination internationale, de façon centrale, mais aussi dans les syndicats présents sur les lieux de travail. C’est ce que nous relayons sur notre site web.

Propos recueillis par Vincent Duse, CGT PSA Mulhouse




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