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Politique

« Droit d’asile au rabais »

Loi asile-immigration : des tensions chez LREM ?

La politique répressive du gouvernement, essentiellement emmenée par Gérard Collomb, envers les migrants fait gronder la contestation dans les rangs de la majorité présidentielle. Mais aucun risque de fronde malgré les premières frictions sur le projet de loi asile-immigration. Le gouvernement a su ménager sa majorité sans modifier le fond du projet qui reste celui d'un « droit d’asile au rabais » selon les associations d'aide aux migrants.

Crédit Photo : Sipa Press

« Humanité et fermeté », voilà bien un élément de langage que le gouvernement se plaît à employer quand il s’agit de répondre à la crise des migrants. Pour la fermeté, on était déjà au courant. Depuis des mois, la répression contre les migrants revient sur le devant de la scène que ce soit lorsqu’on apprend que « la France pourrait être condamnée » pour ses manquements aux droits élémentaires des migrants ou lorsque les associations quittent la table des négociations en refusant le « tri des migrants ». La criminalisation de la solidarité, dont Cédric Herrou est la figure la plus médiatique, la traque des sans-papiers dans les centres du 115 et dans les hôpitaux et la directive Collomb montrait le visage d’une xénophobie d’État qui dérangeait jusque dans les rangs de LREM.

Ces quelques fissures dans l’édifice macroniste n’ont toutefois pas abouti à une fronde au sein de LREM. Le président de groupe parlementaire à l’Assemblée, Richard Ferrand, a fermement rappelé à l’ordre ses troupes en les menaçant d’exclusion en cas de vote contre la loi asile-immigration. De l’autre côté, face aux attaques de la droite, qui dénonce un « petit projet de loi » et de « petits ajustements techniques et de petits compromis politiques internes à la majorité », Gérard Collomb a eu toute latitude pour feindre l’indignation face à la « crise migratoire » et à l’« urgence [de] réagir face à une situation qui se dégrade d’année en année ».

Ainsi, dès le mardi 17 avril, les députés En Marche avaient devant eux un groupe de travail consacré à la question de la rétention des mineurs étrangers, point de discorde principal qui avait agité l’Assemblée la veille au soir. Cela venait confirmer l’infléchissement perceptible dans le discours de Gérard Collomb dans l’hémicycle le lundi 16 avril où il avait repris à son compte la critique de la députée macroniste Sonia Krimi qui avait dénoncé les conditions de vie « indignes » des réfugiés. La contestation était étouffée dans l’œuf avant même qu’elle n’explose.

Pourtant, les associations dénoncent toujours le projet de loi du gouvernement qui n’amende sa politique qu’à la marge et essentiellement pour colmater des fissures malvenues dans cette période de grogne sociale. La Cimade critique la logique d’ensemble de la loi asile-immigration qui repose sur un « projet de loi pas du tout équilibré, qui penche vers une logique répressive, de contrôle, de tri, d’enfermement, de volonté d’expulser, voire de bannir les personnes ». En voulant réduire les délais d’instruction, le projet de loi va accentuer les aspects répressifs déjà en place en multipliant le recours à l’enfermement en centre de rétention administratif, et ce au détriment des droits humains. C’est une véritable « machine à expulser » que condamnent les associations, n’en déplaise aux quelques pseudo-frondeurs marcheurs qui font mine de s’indigner.




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