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Politique

Le vrai visage d'un candidat dit « anti-système »

Macron accusé d’avoir pioché dans son budget de ministre pour financer sa campagne !

Le candidat Emmanuel Macron, encensé quotidiennement dans la presse, toujours propre sur lui, a lui aussi le sens des magouilles et de l'arnaque. Dans leur livre Dans l'enfer de Bercy, deux journalistes accusent Emmanuel Macron d'avoir utilisé son enveloppe ministérielle de 120 000 euros allouée à ses "frais de bouche" pour favoriser sa future campagne présidentielle. Sadek Basnacki

Lorsque Macron a quitté le gouvernement en août 2016, on s’est vite douté que c’était pour assouvir son ambition démesurée et se présenter aux élections présidentielles. En novembre 2016, il avait souligné que son mouvement, En marche, « n’a aucune subvention publique » avant d’ajouter que « chez [lui], on ne vit pas du contribuable ». On aurait pu se dire qu’à la limite, il piocherait dans sa fortune personnelle, puisque l’ancien banquier d’affaire de chez Rothschild a gagné 2,88 millions d’euros entre 2008 et 2012, et possède depuis 2007 un appartement parisien valant plus d’un million d’euros. Il aurait pu également avoir de généreuses donations de la part de ses soutiens comme Patrick Drahi, qui a une fortune estimée à 9,2 milliards de dollars, Xavier Niel, à la tête quant à lui d’une fortune de 7,8 milliards de dollars, ou encore de Vincent Bolloré, 5,3 milliards de dollars. Mais apparemment, d’après l’ouvrage Dans l’enfer de Bercy, écrit par les deux journalistes Marion L’Hour et Frédéric Says, on découvre que notre cher Emmanuel aurait en fait dilapidé l’enveloppe allouée à ses "frais de bouche" en tant que ministre de l’économie dans des déjeuners et dîners pour favoriser sa candidature. Beaucoup seraient tentés - avec raison - de penser que Macron aurait pu se passer de l’argent du contribuable. Mais ce serait oublier la caractéristique première des banquiers d’affaires : quand il s’agit de s’en mettre plein les poches, les requins de la finance sont prêts à tout. Un point de commun qu’ils partagent avec... les politiciens professionnels.

Dans l’ouvrage, on peut lire qu’ "Emmanuel Macron a utilisé à lui seul 80% de l’enveloppe annuelle des frais de représentation accordée à son ministère par le Budget", soit une dépense 120.000 euros sur 150.000, en tout juste huit mois. 

Macron, « le candidat anti-système », aurait détourné ces fonds puisés dans le budget de l’État afin de multiplier les dîners avec diverses personnalités « qui n’avaient pas grand-chose à voir avec les attributions officielles du ministre », notamment des journalistes, conseillers, politologues. L’élection se rapprochant à grand pas, il a même été obligé à plusieurs reprises « d’organiser deux dîners dans la même soirée ! ». L’ambition de l’ancien banquier d’affaires l’a visiblement poussé à largement préméditer son départ du gouvernement, «  Macron avait prévu de démissionner le 14 juillet, ce qu’il n’a pas pu faire en raison de l’attentat de Nice… Tout était vraiment planifié. »

Macron n’est pas quelqu’un d’atypique dans le milieu politique, bien au contraire. Il a fait hypokhâgne-khâgne puis Sciences Po, et enfin l’ENA. Lors de son passage à l’ENA, il a fait la connaissance de celui qui deviendra son mentor en politique, Henry Hermand. Ce millionnaire était depuis longtemps dans la politique. Il a soutenu le radical Pierre Mendès France dans les années 50, puis il a jeté son dévolu sur un certain Michel Rocard. Hermand a aidé Macron en lui prêtant 550.000 euros afin que celui-ci acquière son premier appartement parisien, puis en le conseillant dans tous ses choix politiques et, enfin, en abritant dans ses bureaux les premiers militants d’En Marche. Argent et politique font donc bon ménage.

Macron a été le bras droit de Jacques Attali lorsque celui-ci dirigeait la Commission pour la libération de la croissance française. Il est le principal rédacteur du rapport Attali tome 1 et 2, qui constitue les feuilles de route économiques de Sarkozy et de Hollande. On peut donc dire qu’Emmanuel Macron, loin d’être un candidat « anti-système », est plutôt l’un des artisans du programme économique ultra-libéral appliqué par la droite comme par la gauche depuis maintenant dix ans. Lorsqu’il était lui-même à Bercy, il a poursuivi le programme de ses prédécesseurs libéraux en faisant baisser de 30 % le bonus que touchaient les salariés travaillant le dimanche, en augmentant la précarité des salariés, mettant en avant le fait que cela créerait des emplois notamment avec le plafonnement des indemnités de licenciement, ardemment souhaité par le patronat. Il a continué et encouragé les privatisations. On comprend rapidement pourquoi il est aussi bien vu par les grands patrons et qu’il a tant d’"amis" et de soutiens. Macron loin d’être un candidat anti-système, est de ceux qui le construisent et l’entretiennent chaque jour, un des grands amis du patronat et du libéralisme, de ceux qui s’engraissent sur le dos des travailleurs.




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