Politique

Macron, l’anti-Trump ?

Macron, candidat aux présidentielles. L’ex-banquier de Rothschild se présente comme « anti-système »

Publié le 16 novembre 2016

Fin du faux suspense. Emmanuel Macron a officialisé ce mercredi son entrée en campagne pour l’élection présidentielle de 2017. Il a annoncé sa candidature dans un centre d’apprentissage dans le quartier populaire de Bobigny, en Seine-Saint-Denis avant de retourner très vite se réfugier dans son QG de campagne dans le très bourgeois 15ème arrondissement. Une façon, pour l’ancien ministre de l’économie de griller la politesse à Hollande, Valls et consort, mais aussi de perturber les primaires à droite et notamment la candidature Juppé tout en se posant comme un candidat anti-système.

Sadek Basnacki

Il veut incarner "l’espérance" auprès des français. Pour se faire il met en avant la carte de... l’anti-système ! Et oui c’est donc bien un énarque, formé pour être un haut fonctionnaire, un représentant de la classe politique, un banquier d’affaire chez Rothschild et enfin un ancien ministre de l’économie, aile libérale d’un gouvernement PS qui a imposé sa loi dite travail, qui se pose dans l’anti-système. Certes, il y a de quoi rester quelques peu perplexe pourtant le millionnaire a bien une idée en tête.

Loin de tirer un trait d’égalité avec la situation outre atlantique, on a pu voir avec les élections de Trump aux Etat-Unis, que la carte de l’anti-système alors même que l’on incarne soi-même le système, ça peut marcher. A sa façon, Macron tente lui aussi de surfer sur la vague Trump, cependant en opposition à ce dernier, face au populisme de droite, un « anti-système » mais en positif en opposition aux extrême. En France, c’est le Front National qui joue cette carte notamment depuis l’ère Marine LePen. Son premier déplacement en tant que candidat, ce sera jeudi et vendredi à Marseille où il visitera notamment un IUT situé dans les quartiers nord, là où prospère le maire FN Stéphane Ravier. Le message est clair : contre le FN, contre la montée des populismes, Emmanuel Macron a des solutions, et notamment offrir plus de mobilité aux habitants des quartiers. En creux, il vient concurrencer Manuel Valls sur son terrain, celui de l’opposant numéro 1 au FN mais aussi désarçonner Juppé dont il souhaite capter l’électorat.

C’est dans cette optique qu’il dit que "Le système a cessé de protéger ceux qu’il devait protéger", avant de dénoncer une organisation politique "qui vit pour elle-même, plus préoccupée par sa survie que par les intérêts du pays". Il veut récupérer les 30% des français qui se sentent éloignés de tous les partis, les abstentionnistes, son "objectif n’est pas de rassembler la droite ou de rassembler la gauche, mais de rassembler les Français" et oui il veut être le président de tous les français, de tous les français pourtant Macron est un candidat comme un autre, un candidat non seulement issu du système, mais ancien ministre d’un gouvernement PS, qui a fait pire que la droite sans minimiser les attaques profondes de l’ex chef de l’Etat Sarkozy.

Lui qui était invité à l’université d’été du MEDEF en tant que ministre de l’économie et qui avait décliné suite à sa démission à ce poste afin de préparer ce grand jour qu’est le début de sa campagne électoral est très bien vue par le patronat. Gattaz, président du MEDEF, espérait que son remplaçant ait les mêmes qualités que lui. Jean-Pierre Clamadieu, PDG de Solvay, leader belge de la chimie dont le chiffre d’affaire est de 12,4 milliards d’euros disait de lui qu’ "il comprenait nos priorités", en parlant des priorités du patronat bien sûr. Un autre haut dirigeant d’une entreprise du CAC40 expliquait qu’ils étaient " dubitatifs sur ses chances de succès, mais en même temps très attirés par la qualité de son diagnostic économique". La plus part des patrons saluaient le départ "d’un bon ministre" Pour ce qui est des travailleurs, qui représentent 98% de la population son bilan est plus mitigé dirons-nous.

"La meilleur façon de se payer un costard, c’est de travailler". Merci Emmanuel Macron pour cette punch line au combien éclairante. En plein mouvement contre la loi travail, lui qui a dit que cette loi devait aller plus loin dans l’attaque contre les travailleurs, alors qu’il était interpellé par des ouvriers qui lui faisaient remarquer avec justesse que le 49.3 et la loi travail était responsable de la situation il a montré son visage de requin de la finance se mépris de classe. "Vous n’allez pas me faire peur avec votre t-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler". Il est vrai que Macron ne doit pas trop fréquenter des porteurs de T-shirt mais malheureusement c’est gens-là sont ceux qui votent. Lorsqu’il insultait les caissières de chez GAD d’ "illettrées" c’est toute notre classe sociale qu’il insulte.

Macron n’est pas un candidat anti-système, il est l’incarnation non pas de l’espoir mais du système, le candidat de l’ultra libéralisme. Tout comme Trump, milliardaire, Macron millionnaire, il a gagné 2,88 millions d’euros entre 2008 et 2012, et possède depuis 2007 un appartement parisien d’une valeur de plus d’1million d’euros, ne peut pas représenter, incarner les aspirations de la population. Il a raison de nous rappeler qu’il connait bien le système de l’intérieur et de dire qu’il est pourri et que le système ne nous représente pas. Mais il a et fait parti de ce rouage politico-financier. Il a eu dans son discours une phrase qui n’est pas complète, "je ne suis ni de gauche ni de droite", pourtant malgré les discours Macron aurait toute sa place dans la primaire de droite.