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Politique

Une nouvelle tentative de reprendre la main

Macron se la joue comme Sarko et tente de placer ses pions au sein du pouvoir judiciaire

Dans un contexte d'affaiblissement et de tensions avec « l'État profond », Macron retente, par divers moyens, de reprendre la main et de remettre de l'ordre. A la manière d'un Sarkozy, ce dernier tente de placer ses pions au sein du pouvoir judiciaire en choisissant le nouveau procureur de Paris. Un poste clé, qui a notamment la charge des dossiers économiques et politiques sensibles, à l'instar de l'affaire Benalla, Nyssen, Kohler, et toutes les autres casseroles de l'exécutif et de son entourage. De quoi ravir les syndicats de magistrature !

Alors que François Molins, l’actuel procureur de Paris, doit quitter son poste début novembre pour la Cour de cassation, l’exécutif tente de placer ses pions à ce poste clef et stratégique ! Ce dernier cumule en effet les affaires de terrorisme, de santé publique, de crimes contre l’humanité mais aussi les dossiers politiques et économiques sensibles : « La nature même de la ville de Paris fait que les dossiers les plus sensibles, qui peuvent impliquer des personnalités de la majorité, de l’opposition ou des proches du pouvoir, sont pour la quasi-totalité traités à Paris. Ce n’est pas le magistrat le plus puissant, mais le poste le plus sensible de France », déclare en effet Jacky Coulon, secrétaire national de l’USM, l’union syndicale des magistrats.

C’est donc le parquet de Paris qui est en charge des casseroles et barbouzeries de l’exécutif. Entre autre l’affaire Benalla, Nyssen, Kohler, ou encore Bayrou. Le fait que Macron s’immisce ouvertement dans le choix du successeur de François Molins gêne dés lors particulièrement le pouvoir judiciaire. Celui-ci a dénoncé, au travers notamment de l’USM, l’entrave à la séparation des pouvoirs commise par l’exécutif qui a rejeté le candidat retenu par le ministère de la justice, Marc Cimamonti, qui s’est finalement vu attribuer le poste de procureur général de la cour d’appel de Versailles. Après Christophe Castaner qui avait avancé la possibilité d’une hausse des droits de succession http://www.revolutionpermanente.fr/Face-a-la-colere-des-retraites-Macron-en-marche-arriere , c’est au tour de la ministre de la justice, Nicole Belloubet d’être désavouée par Macron, qui instille une vision du monde judiciaire dépendant fortement de l’exécutif. Selon des informations obtenues par Mediapart, le nouveau favori pour le poste serait d’ailleurs Rémy Heitz, l’actuel directeur des affaires criminelles et des grâces au ministère de la justice. Un choix critiquée par le syndicat de la magistrature qui a déclaré qu’il ne devait « pas y avoir de rapport entre l’exécutif et l’autorité judiciaire. Ça s’appelle la séparation des pouvoirs. C’est une question basique ».

Si, au regard de la constitution actuelle, le gouvernement est dans son plein droit, ce dernier étant tenu de suivre l’avis du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) seulement pour la nomination des juges et non des procureurs, cette position affichée et assumée visant à s’immiscer au sein du pouvoir judiciaire et à placer ses pions n’en est pas moins critiquée. Notamment du côté des syndicats de magistrats, comme on a pu le voir, mais également de l’opposition, qui ont tout deux soulevé les questions suivantes : Marc Cimamonti, qui a ouvert une enquête préliminaire sur le financement de la campagne présidentielle de Macron à Lyon, serait-il trop indépendant vis à vis de lui pour être nommé à Paris ? Macron voudrait-il un procureur de Paris à sa botte ? Des questions que les syndicats de magistrats et l’opposition ont soulevé.

Cette position, qui approfondit sa politique de renforcement du pouvoir présidentiel, est une nouvelle expression de la tentative de Macron de reprendre la main après une première année de quinquennat et un été dont il sort affaiblit. L’affaire Benalla avait en effet mis à nu les tensions existante entre l’exécutif et une frange de l’administration publique, notamment la préfecture, et les faiblesses de l’exécutif. Elle a démontré que le gouvernement Macron avait peu de poids et de réseaux au sein de cette même administration. Cette volonté d’imposer des candidats à des postes les plus importants du pouvoir judiciaire apparaît dés lors comme une tentative pour Macron de se renforcer dans des rouages de l’administration qui lui échappent aujourd’hui. Une pratique qui paraît bien éloignée du « nouveau monde » moral de la politique que l’on cherche à nous vendre, et plutôt en adéquation avec les méthodes cliquardes dont l’Élysée a déjà fait la démonstration.


Crédits photo : Witt/SIPA




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