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Politique

Plus il écoute, moins il entend

Macron sème ses « mesures »… la colère s’enracine

Cause toujours, tu m’intéresses, disait Macron aux Gilets Jaunes. Sous la pression des mobilisations et de l’opinion publique, il fait soudain mine de parler « mesures »…. Raté, ça ne passe pas !

Photographie de Serge D’ignazio

Le capitaine garde le cap… les revendications s’amplifient

Si on veut être crédible dans ce que l’on dit et fait, il vaut mieux garder une certaine souplesse pour pouvoir virer de bord. Or, la cécité-surdité d’un Macron atteint de rigidité chronique a duré très longtemps. Trop longtemps pour pouvoir faire un tant soit peu machine arrière.

Il pensait pouvoir ne rien écouter et se contenter de regarder droit vers l’horizon qu’il s’est fixé, ou plutôt que le Medef lui a fixé. Mais une telle attitude n’a évidemment fait que mettre en rage les Gilets Jaunes qui, dès le 17 novembre, après une période de prise de conscience et d’accumulation de colère, ont transformé leur revendication initiale sur la taxe des carburants en des exigences plus globales sur le pouvoir d’achat, la hausse des salaires, le rétablissement de l’ISF, et même en « Macron démission ! ».

Bousculé par le mouvement de révolte, Macron avait besoin, pour garder le cap, d’une force contraire équivalente. Il a tenté d’aller la chercher du côté de l’opinion publique. La tâche n’était pas mince car, à la différence de 1968 où l’opinion était très mitigée, le mouvement des Gilets Jaunes bénéficiait, dès les premiers jours, d’un large soutien qui n’a pas faibli dans la durée, bien au contraire.

L’exécutif, largement soutenu, de son côté, par les médias, a donc mis le paquet en utilisant deux ressorts complètement éculés, l’épouvantail de la violence et la prétendue soumission du mouvement à l’extrême droite. Manque de chance pour lui, la constitution d’une pseudo-représentation des Gilets Jaunes et son éviction par la base, a fait la démonstration qu’une grande partie des manifestants ne se laissaient pas récupérer, comme ça, par les sirènes du populisme à la Dupont Aignan.

Sentant les arguments lui manquer de ce côté-là, il a sorti sa botte de Nevers : l’accusation de déni d’écologisme, censée écarter des Gilets Jaunes le courant « vert » et une bonne partie de l’opinion. C’est pour consolider cet axe de défense, le seul qui lui restait, qu’il a choisi de leur répondre sur le terrain de l’écologie.

Des « mesures » ça ! De qui se moque-t-on ?

Arc-bouté sur cette parade aussi étroite que le sommet d’un mur, il a choisi de se cramponner, mardi, à un long discours sur la transition écologique et ses mesures d’accompagnement, alors que la simple question des carburants était déjà largement dépassée dans l’esprit des Gilets Jaunes. Quant à ce qui les préoccupait vraiment, la hausse des prix, le pouvoir d’achat, les inégalités devant l’impôt, la vie chaque jour plus difficile, il a réussi à parler pendant une heure en évitant soigneusement une quelconque annonce. Sa seule réponse a été le renvoi à la promesse bien connue, d’une grande consultation…. plus tard.

Résultat, non seulement il n’a pas convaincu les Gilets Jaunes, mais il est en passe de perdre la bataille de l’opinion. Selon une étude d’Opinion Way, le lendemain de son discours, 76% des Français déclaraient ne pas avoir été convaincus par les annonces présidentielles : « 43% les jugent "pas du tout suffisantes" et 33% "plutôt pas suffisantes", contre 16% les jugeant "plutôt suffisantes" et 6% "tout à fait suffisantes" ».

Pourtant, paradoxalement, les mesures mises en avant n’ont pas, en elles-mêmes, soulevé un tollé. Plutôt un bon accueil pour l’augmentation des investissements dans les énergies renouvelables ou pour la réduction de la part du nucléaire, et même un accueil plutôt positif, bien que mitigé, sur la taxe « flottante » en fonction du prix du pétrole. Mais pour les trois quarts des gens interrogés, ces mêmes « mesures » ne pourront qu’accentuer les inégalités et réduire le pouvoir d’achat. Retour à la case départ et aux questions auxquelles le Président n’a pas répondu.

Décidément, ça ne passe pas. On continue

Ce que l’opinion publique ne lui pardonne pas, c’est d’avoir mené un jeu de dupe. D’avoir « reformulé » une à une les questions qui hantent cette population qui clame ses difficultés et sa misère au quotidien, sans y apporter une seule réponse. Une attitude qui a été perçue comme du mépris et un déni de démocratie. Et les promesses de consultation à venir n’ont pas réussi à convaincre. Elles ont même, pour bon nombre de personnes, fait monter l’exaspération.

Loin d’avoir retourné l’opinion, l’intervention de Macron l’a boostée en faveur des Gilets Jaunes. Selon un sondage Elabe, au lendemain de son discours, 75% des sondés « éprouvent de la sympathie » pour le mouvement contre 70% la semaine précédente et parmi eux 46% « soutiennent » contre 40% la semaine précédente. Le soutien se renforce d’ailleurs encore plus nettement dans les classes moyennes (75%, +10) et populaires (83%,+8).

Quant aux manifestants, ils n’ont pas baissé la garde. Macron a été impuissant à calmer le jeu. Soutenus par ce large courant de sympathie qui gagne même du terrain dans les rangs du mouvement ouvrier, pourtant rebuté au départ par les suspicions de manipulations d’extrême droite, les Gilets Jaunes sont très déterminés à continuer à crier leur colère puisque Macron ne les entend pas.




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