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La mission des agents reste, pour l’heure, un mystère

Malte. Crash d’un avion des services de renseignement français, sur fond d’opération secrète en Libye

Publié le 25 octobre 2016

L’information a mis du temps à être confirmée, avant que le gouvernement ne finisse par l’officialiser. À bord de l’avion qui s’est écrasé ce lundi matin, à Malte, se trouvait bel et bien des agents des services de renseignements français (DGSE). Si leur mission reste aujourd’hui un mystère, l’hypothèse la plus crédible est qu’il s’agissait d’une opération en Libye.

Julian Vadis

Trois mois après « l’accident » d’hélicoptère en Libye, où trois sous-officiers de l’armée française avaient trouvé la mort, voici une nouvelle affaire qui révèle l’intérêt militaire que porte l’État français à la situation dans ce pays. En effet, le jet privé qui s’est écrasé ce lundi matin à Malte, loué à une compagnie luxembourgeoise (CAE aviation), était bien occupé par trois agents des services de renseignement français, ainsi que par deux pilotes, français eux aussi. Alors que le gouvernement maltais avait tout d’abord annoncé que les passagers de l’avion étaient des douaniers et des agents de Frontex – la mortifère mission de surveillance des frontières de l’Europe forteresse – cette information a été démentie. Un cafouillage de plusieurs heures, avant que les autorités françaises finissent par dévoiler qu’il s’agissait bel et bien de « personnels relevant du ministère de la Défense »

Malte, destination privilégiée pour suivre de près la situation… en Libye.

 
Bien entendu, les autorités françaises n’ont rien divulgué de plus. La nature de la mission, présentée comme une énigmatique « mission de reconnaissance en Méditerranée  » selon le communiqué du ministère de la défense, laisse peu de doute selon un spécialiste de la région interrogé par Libération : « Malte est la base arrière de toutes les opérations libyennes. C’est le Casablanca des années 40. Les Français, les Anglais, les Italiens, les Américains… tout le monde y est. On y trouve le siège de la Banque centrale libyenne ou de la compagnie pétrolière nationale (NOC), par exemple. C’est devenu la plaque tournante de tous les trafics ». Une hypothèse que confirme un autre expert interrogé, jugeant qu’une mission de reconnaissance en Méditerranée n’est « pas incompatible » avec une opération de renseignement en Libye car « il s’agit de rester à une certaine distance des zones d’intérêts, pour des questions de respect de la limite des zones aériennes nationales. Il est possible de recueillir tout un ensemble de renseignements sans forcément survoler les territoires en question. On peut faire de la captation d’images, de signaux électroniques, ou autres, sur différentes activités en Libye, au sol ou au large, pouvant intéresser la DGSE : trafics, groupes terroristes armés, présence de forces étrangères. Malte sert alors de plateforme “discrète” pour le ravitaillement  ».

L’impérialisme français surveille deux points chauds pour la sauvegarde de ses intérêts en Libye.

 
Divisé entre l’administration britannique sur la Tripolitaine et la Cyrénaïque, et l’administration française du Territoire du Fezzan, le pays est, encore aujourd’hui, une zone stratégique pour l’impérialisme français. Depuis que le Monde a révélé l’information selon laquelle les forces armées françaises sont déployés en Libye en février dernier, et avec l’accident d’hélicoptère à Benghazi de juillet, il fait peu de doute que la mission des agents de la DGSE est en lien avec deux points chaud dans le pays. A savoir la bataille de Syrtre, au centre du pays – qui voit s’affronter l’État islamique face aux brigades de Misrata et l’aviation américaine – et la guerre qui se déroule à l’Est du pays, entre le général Haftar et une coalition de groupes islamistes et de combattants plus modérés en Cyrénaïque.

Alors que l’Italie est de plus en plus impliquée sur le front libyen Paris essayé de ne pas perdre la main. Une situation instable donc, que l’impérialisme français entend surveiller de près pour jauger de la mise en route des forces militaires déjà présentes sur le territoire. Dans le chaos généralisé qui touche proche et moyen orient, l’objectif n’est pas tant la « lutte contre le terrorisme » que le maintient d’un pouvoir exécutif qui soit favorable aux intérêts occidentaux, et dans ce cas précis, les intérêts de la France, notamment en ce qui concerne son pré-carré officiel qu’est le Territoire du Fezzan. Un couac qui révèle donc les méthodes de la France, ainsi que son emprise partielle et en dispute avec d’autres forces impérialistes, sur cette région du globe.

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