Politique

A Vichy, rien de nouveau…

Marine Le Pen joue à cache-cache avec la justice et fait la girouette avec son programme

Publié le 13 novembre 2015

Tête haute et mains propres. C’était le slogan du borgne, avant qu’il ne cède le siège à sa fille. Depuis, Marine Le Pen et ses lieutenants ont développé une autre ligne, complémentaire de la première : dédiabolisation d’un parti se situant hors des combines UMPS, défendant un programme « social », là où le père se présentait comme le « Reagan français », nettoyé de ses tares nazillonnes et au-dessus de tout soupçon (judiciaire). La réalité est bien différente. Chassez le naturel…

Jean-Patrick Clech

Il y a tout d’abord le programme économique du FN mariniste ou en tout cas ce qui lui tient de programme. Depuis 2012, les frontistes convertis au social-populisme promettaient la sortie de l’euro, la retraite à 60 ans et le maintien des 35 heures. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Et une bonne dose de Realpolitik munichoise a douché les ardeurs de Le Pen. Dans une interview au Monde du 5 novembre, il n’est plus question de sortie de l’euro. L’exemple à suivre, désormais, pour la chef frontiste, c’est David Cameron et son référendum sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union Européenne.

Pour ce qui est du volet « social », la retraite à 60 ans et les 35 heures sont passés à la trappe presque aussi vite que Macron est passé de la Banque Rothschild au poste de ministre « socialiste » de l’Economie. Désormais, pour le FN, on serait en droit de toucher pensions et retraites à partir de 63 ans. Comme quoi, Marine Le Pen cadre avec les dernières « avancées » du « dialogue social » entre PS-Medef et syndicats de collaboration. Pour ce qui est des 35 heures, elles ont désormais disparu des radars frontistes. Le mot d’ordre, c’est de ne plus en parler… Renier ses promesses avant même d’être pouvoir, Le Pen réussit le tour-de-force.

Plus inquiétant, en revanche, l’ADN du parti. Non seulement il n’a jamais changé, quoi qu’en dise Florian Philippot, mais il se droitise de plus en plus. Le Bloc Identitaire avait été déclaré, fut un temps, persona non grata, que ce soit au F-Haine ou au sein du Rassemblement Bleu Marine, le parti bis de Le Pen. Désormais, ce sont les vases communicants, comme au bon vieux temps de son para de père tortionnaire, lorsqu’on n’émettait aucune objection à l’adhésion de fachos, royalistes, vichystes et négationnistes de tout poil.

C’est particulièrement vrai dans le Sud. On savait déjà que Philippe Vardon, le chef des Identitaires niçois, devait figurer sur les listes de Marion Maréchal (nous voilà) Le Pen, dans les Alpes Maritimes. Désormais, il est en cinquième position sur la liste, et non plus en septième, comme prévu cet automne, c’est-à-dire éligible même en cas de défaite du FN face à Christian Estrosi, au second tour. Son porte-matraque, Benoît Loeuillet, a pris les commandes du FN niçois au passage. On ne compte plus les créatures du Bloc Identitaire au sein du FN. L’attachée de presse de ce courant radicalement anti-immigré et islamophobe, Catherine Blein, a ainsi été investie par le FN dans les Côtes d’Armor en 2012, lors des législatives, et à nouveau pour les cantonales de février 2015. L’un des responsables du site identitaire Novopress, est, quant à lui, secrétaire du groupe FN au Conseil régional de Lorraine jusqu’aux prochaines régionales de décembre. Où est la « dédiabolisation » dans tout ça ?

Côté justice, ce n’est pas joli-joli non plus. On sait que Marine Le Pen et plusieurs de ses proches trempent dans une affaire d’abus de biens sociaux dans le cadre du financement du FN (et pas seulement) lors des législatives de 2012. Déjà convoquée par les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi, Le Pen avait décliné le rendez-vous le 13 octobre dernier, arguant du fait qu’une « suspicion légitime » sur le travail des juges la préoccupait. Rebelote lundi dernier : Le Pen a refusé de se rendre à la convocation. Au-dessus des lois, Le Pen ? Etonnant pour quelqu’un qui se veut exemplaire !

Pour ce qui est du message, cela permet de clarifier les enjeux : tout aussi anti-ouvrier qu’avant, le FN est encore plus facho, et « tout pourri », comme un Cazeneuve ou un Balkany.