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Politique

Face au mépris de classe jupitérien

« Marre de traverser la rue, on va finir par la prendre ». La réponse d’un chômeur à Macron

M. le Président, on pourrait croire qu'on s'habituerait à votre mépris systématique des pauvres, des jeunes et des travailleurs. Et pourtant, rien n'y fait. Une nouvelle fois, vous avez franchi la ligne rouge de l'insulte, et une nouvelle fois, c'est du dégoût et de la colère que je ressens.

Crédit illustration : Nawak Illustrations

D’ailleurs, je ne vois vraiment pas pourquoi je vous respecterais, vous qui passez votre temps à nous mépriser. Pour la suite de cette lettre, je me permets donc de te tutoyer, et de remplacer « M. le Président » par « Manu ». Comme ce jeune lycéen que tu avais interpellé, et que tu n’a pas hésité à humilier publiquement.

Après les « gaulois réfractaires », les « riens » dans les gares, le « pognon de dingue » pour les bénéficiaires du RSA, l’affaire Benalla, la corruption de tes ministres et bien d’autres (la liste est longue, Manu, tu as fait fort en seulement un an !) voici donc venu le temps où tu nous expliques qu’il suffit de « traverser la rue » pour trouver un travail. Voici donc tout ce que tu as trouvé à dire aux six million de chômeurs, dont je fais partie : Bande d’idiots, vous êtes sur le mauvais trottoir.

Des rues, j’en ai traversées, Manu. En long en large et en travers. J’ai renié mes diplômes pour trouver des jobs « alimentaires », forcé d’accepter des emplois précaires, mal payés, parce qu’il faut bien remplir le frigo, payer le loyer et les factures. Depuis que je suis entré sur le merveilleux marché du travail (et tu le rends chaque jour de plus en plus merveilleux, Manu), jamais je n’ai réussi à trouver un travail à durée indéterminée. Oh, ce n’est pas une question de « mal travailler », vu que tu mets l’accent sur le « mérite » ces derniers temps, mais pour une raison toute simple, que certains de mes employeurs un tant soit peu honnêtes m’ont cyniquement expliqué : Il vaut mieux avoir à disposition des employés en contrat précaires. Il est vrai que face à la menace permanente d’un renvoi sans indemnités ni droits au chômage, on a bizarrement tendance à avaler des couleuvres pour ne pas risquer de ne plus rien avaler du tout. Je ne suis pas le seul dans ce cas. Il n’y a pas besoin d’avoir fait l’ENA, comme toi, pour comprendre que quand il y a 6 millions de chômeurs et 9 millions de pauvres, c’est bien parce que 3 millions de personnes qui ont un job ne touchent pas le minimum nécessaire pour vivre dignement.

Ma vie peut se résumer ainsi : Je trouve un travail, en intérim ou en CDD, j’accepte même du boulot où je suis payé 39h, pour en faire 60 dans la réalité. Conscient d’être surexploité, je me surprends même à me dire « ouf, je suis tranquille pour quelques mois ». Puis vient le temps du chômage et de la recherche d’un nouveau job de subsistance. Le temps venu de « traverser des rues », avec comme deadline fatidique ce que l’on appelle « fin de droits ». La plupart du temps, je me retrouve sans rien, à toucher un RSA que tu veux supprimer, en instaurant un revenu universel qui ne l’est pas, pour lequel il faut donner des gages de « non fainéantise ». Puis vient le temps où je retrouve, souvent par un concours de circonstances enfin favorable, un nouveau job. La boucle est bouclée, et le cycle morbide recommence.

Je ne pense pas que tu es un idiot, Manu, ni que tu as des œillères qui ne te font pas voir la situation telle qu’elle est pour des millions de personnes. Tu sais te montrer généreux avec celles et ceux qui font parti de ton rang social, comme en atteste le fait que tu as supprimé l’impôt sur la fortune. D’ailleurs, on en est déjà à 100 milliards d’euros de cadeaux aux patrons et aux riches, tandis que tu as alloué 8 milliards pour ton « plan pauvreté ». « Plan pauvreté » qui porte d’ailleurs remarquablement bien son nom, puisque nous, les pouilleux, serons à nouveau les dindons de la farce, et nos aides, qui ne servent pas à vivre mais plutôt à survivre, vont se réduire à peau de chagrin.

C’est bien tout ceci qui rend ton mépris d’autant plus insupportable, et notre colère de plus en plus vive. On en a marre de traverser la rue, Manu, pour se retrouver systématiquement dans des impasses. La rue, on va finir par la prendre, et ce ne sont pas tes petits Alexandre Benalla et sa clique de barbouzes qui nous arrêteront.




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