Débats

Deux ans après le meurtre de Rémi Fraisse à Sivens, et en pleins préparatifs répressifs à Notre Dame des Landes

Marxisme et écosocialisme

Publié le 25 octobre 2016

Dans cet article, paru d’abord dans la revue politique et culturelle argentine Ideas de izquierda (n° 12, août 2014), Juan Luiz Hernandez propose un compte-rendu de lecture l’ouvrage de Michaël Löwy Écosocialisme : L’alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste (Mille et Une Nuits, 2011). Avant tout courant de pensée visant à lier les principes de l’écologisme et du socialisme, l’écosocialisme part du constat fondamental que la protection d’un environnement favorable aux espèces vivantes, y compris la nôtre, le respect des équilibres naturels et la lutte contre la dégradation des écosystèmes au sens le plus large sont inconciliables avec le capitalisme, ce mode de production qui ne voit en l’homme comme la nature que sources de profit. En effet, la protection de l’environnement ne saurait passer ni par la création des capitaux dits « verts », ni des marchés des droits à polluer. Ce prétendu « capitalisme vert » n’est qu’un leurre. Mais on entend souvent dire que l’écologie politique n’est pas non plus inhérente au projet socialiste, et que les socialismes de la fin du XIXe et du XXe siècles étaient avant tout productivistes. Autrement dit, ils visaient le développement le plus poussé des forces productives sans se poser la question environnementale. En réalité, comme toute une série de travaux l’ont montré, la préoccupation d’un rapport rationnel à l’écosystème n’est pas absente des textes de Marx, de jeunesse comme de la maturité. L’écosocialisme s’efforce d’intégrer pleinement cette question au projet socialiste en préconisant une transition au socialisme fondée sur la protection de l’environnement dans laquelle les populations définiraient elles-mêmes démocratiquement les priorités.

Se pose alors la question de savoir quel est l’acteur central à même de porter cette transformation. Le contexte politique français démontre le lien organique entre les politiques réactionnaires et anti-sociales menées par le gouvernement contre la classe ouvrière, les classes populaires et la jeunesse, et la généralisation de grands projets destructeurs, comme cela a été le cas à Sivens dans le Tarn, et continue de l’être avec le projet d’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes, le tout s’accompagnant d’une répression policière à une échelle inégalée depuis de longues années. Le sombre second anniversaire du meurtre de Rémi Fraisse à Sivens ce 26 octobre est là pour nous le rappeler.
Dans ce contexte, comment construire contre le gouvernement, et derrière lui le patronat, un rapport de forces à la hauteur de l’attaque brutale et concertée qu’ils sont en train de mener ?

Dans son livre, Löwy semble s’adresser à tous les mouvements sociaux, et notamment aux mouvements « verts », sans clairement attribuer de rôle spécifique et central à la classe des producteurs, c’est-à-dire la classe ouvrière elle-même : or comme nous le voyons aujourd’hui, il faut aller plus loin dans l’analyse. Les mobilisations en défense des droits démocratiques, les batailles écologiques, les combats de la jeunesse étudiante et lycéenne, à elles seules ne peuvent construire ce rapport de force global. Les 40000 manifestants en défense de la ZAD de Notre-Dame des Landes ont rappelé récemment la dimension hautement politique de ce combat écologique. Par sa place centrale au sein du procès de production et son savoir-faire technique, et en vertu même des tâches démocratiques historiques du mouvement ouvrier, c’est bien la classe ouvrière dans sa globalité qui sera à même d’organiser et unifier non seulement la défense de ce qui est attaqué, mais par-là, de reconstruire les bases d’une offensive dont la préservation de l’environnement et le développement d’une conscience écologique largement partagée seront l’un des étendards, à une échelle autrement plus massive et dissuasive pour le pouvoir.

Juan Luiz Hernandez
Historien, professeur, Université de Buenos Aires

Traduction par Ivan Matewan

Le mot “Ecologie” (du grec, oikos, maison ou habitat, et logos, science) fut inventé par le philosophe et biologiste allemand Ernst Haeckel qui l’employa pour la première fois dans sa Morphologie générale des organismes (1866). Au sens général, il renvoie à l’interaction des êtres humains avec l’environnement et sa transformation par des communautés biologiques à travers le temps. Des années plus tôt, en 1852, le chimiste britannique Robert Angus Smith avait observé que des précipitations qui entrainaient la corrosion des métaux, décoloraient des vêtements, abîmaient les végétaux et rendaient les personnes et les animaux malades tombaient dans la ville de Manchester. Il les nomma « pluies acides » et trouva leur origine dans la réaction produite par les gaz émis par les cheminées des usines entrant en contact avec l’eau et l’oxygène de l’atmosphère, générant des acides qui en tombant produisaient les effets décrits. Comme nous le voyons, la préoccupation pour l’impact des activités de l’homme sur l’environnement est contemporaine du développement de la Révolution industrielle. Mais c’est à partir de la détérioration dramatique et croissante des problèmes environnementaux à l’échelle mondiale au cours des derniers 40 ans que les thèmes environnementaux commencent à susciter une attention maximale. Dans ce contexte émergea un courant de pensée d’origine marxiste qui cherchait à ouvrir un dialogue avec l’écologie. Michel Löwy, dans son ouvrage Ecosocialisme : l’alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste (Paris : Mille et une nuits, 2011) offre une approche critique de ce problème et c’est pourquoi nous considérons utile d’aborder ici sa réflexion.

Qu’est-ce que l’écosocialisme ?

 
Löwy le définit comme « ...un courant politique fondé sur un constat essentiel : la sauvegarde des équilibres écologiques de la planète, la préservation d’un environnement favorable aux espèces vivantes – y compris la nôtre – est incompatible avec la logique expansive et destructrice du système capitaliste. »

L’idée principale de ce courant est l’incompatibilité entre la survie du capitalisme et la recherche d’un équilibre environnemental. Une classe dirigeante obsédée par la consommation à outrance et l’accumulation se montre indifférente à la dégradation des conditions de vie de la majorité de l’humanité comme le démontre l’échec des sommets internationaux sur le changement climatique lors desquelles les Etats-Unis, la Chine et l’Europe refusent de réduire les émissions des gaz responsables du réchauffement climatique ou de l’effet de serre.

Löwy soutient qu’une politique écologique non socialiste demeure incapable de résoudre les problèmes à leur racine : la priorisation des profits et de l’accumulation, le gaspillage engendré par la gestion non planifiée des ressources naturelles. A l’inverse, tout projet socialiste qui n’envisage pas la résolution des problèmes environnementaux finit dans une impasse. L’écosocialisme, synthèse dialectique des principes fondamentaux de l’écologie et de la critique marxiste de l’économie et de l’exploitation capitalistes, est à la fois une critique de l’« écologie de marché », laquelle finit par servir les intérêts du capitalisme, et des variantes « socialistes productivistes » du XXe siècle (social-démocrates ou staliniennes), fondés sur une supposée expansion quantitative illimitée des forces productives sans prendre en compte l’équilibre nécessaire avec l’environnement. Au contraire, l’écoscocialisme préconise une transition au socialisme fondée sur la protection de l’environnement dans laquelle la population elle-même définirait démocratiquement les priorités par une planification rationnelle aux échelles locale, nationale et internationale. Le début d’un processus de transition au socialisme nécessite, avec l’abolition des rapports de production capitalistes et la collectivisation des moyens de production, le remplacement de l’énergie produite par l’incinération des combustibles fossiles par des sources d’énergies renouvelables (éoliennes/solaires), la réorganisation de branches entières de la production qui devront être remplacées ou abandonnées et des changements structurels dans les modèles de consommation sociétaux.
Löwy critique la publicité, un « système de manipulation mentale » propre au capitalisme, employant comme exemple l’automobile individuelle, qui répond à un besoin réel, mais s’est transformée en un bien de prestige. Dans un projet écosocialiste serait privilégié un système de transport gratuit ou à très bas coût dans lequel l’automobile individuelle occuperait une place plus restreinte. Il défend la planification centralisée de l’économie, affirmant le droit de l’ensemble de la population de décider de manière démocratique les axes centraux de l’activité économique. Sous le capitalisme, la valeur d’usage est subordonnée à la valeur d’échange et à la rentabilité et pour cette raison, il y a des produits superflus et inutiles ou avec une obsolescence programmée. Dans une économie socialiste, la production des biens et des services répondra exclusivement au critère de la valeur d’usage, privilégiant le qualitatif au quantitatif et mettant fin au gaspillage des ressources. La planification n’est pas contradictoire avec l’autogestion des travailleurs : la société dans son ensemble décide quoi et combien produire, mais l’organisation et le fonctionnement des usines seront sous contrôle ouvrier.

Pour Löwy, l’écosocialisme s’inspire d’une prémisse de Marx : la prédominance, dans une société sans classes, de l’être sur l’avoir. Marx était conscient que le capitalisme se maintenant, les forces productives pouvaient devenir des « forces destructrices ». Il considérait que l’objectif du socialisme n’était pas de produire une quantité de plus en plus grande de biens, mais de réduire le temps social du travail, augmentant le temps libre des êtres humains (Critique du Programme de Gotha). La critique du « productivisme socialiste » exige une rénovation de la pensée marxiste et une rupture radicale avec l’idéologie du progrès linéaire héritée du positivisme du XIXe siècle.

« Forces productives » et « progrès »

 
Dans quelques écrits de Marx, on observe une tendance à transformer les « forces productives » en le principal vecteur du progrès humain. Dans le passage célèbre de la Préface à la Contribution à la critique de l’économie politique de 1859, Marx décrit la mutation des rapports de production existants, montrant que de formes de développement des forces productives, ils se transforment en obstacles à ce développement, ne faisant aucune place à l’évaluation critique de l’impact concret de ces forces telles qu’elles sont structurées et orientées dans le capitalisme. Dans ce texte comme d’autres d’Engels (voir l’Anti-Dühring), on peut conclure que la tâche de la révolution se limitera à libérer les forces productives des rapports sociaux de production archaïques afin de permettre, l’obstacle dépassé, leur développement illimité, lequel constitue l’interprétation de base du « productivisme socialiste ». L’expérience de l’Union soviétique illustre les problèmes dérivés de l’appropriation collectiviste de l’appareil productif capitaliste sans le gérer démocratiquement, sans prendre en compte la protection de l’environnement, sans élaborer une analyse qualitative de quoi et pourquoi produire.

Cependant, dans d’autres textes de Marx et d’Engels, nous pouvons retrouver une certaine conscience de la nature dévastatrice des pratiques économiques, comme les critiques de la dégradation et l’épuisement des sols ou la destruction des forêts, résultant d’une contradiction insurmontable entre la logique court-termiste du capitalisme et l’intérêt général de l’humanité. Dans Le Capital, Marx oppose à la logique capitaliste dévastatrice des sols, un usage rationnel de la terre : « ... comme la propriété éternellement commune, l’instrument inaliénable de l’existence et de la reproduction... ».
La terre n’est la propriété de personne, toutes les sociétés sont les usufrutiers avec l’obligation de la conserver et de la léguer dans les meilleures conditions possibles aux générations futures. Si la réflexion écologique n’occupait pas une place centrale dans les travaux de Marx et d’Engels, ce qu’ils ont écrit sur le rapport entre les sociétés humaines et la nature n’a pas de contenu univoque. Des expressions qui se réfèrent au « contrôle », à la « possession », ou à la « domination » de la nature par l’Homme, à de nombreuses reprises ne désignent pas des aspects économiques, mais aux avantages que la connaissance des lois de la nature procurent aux êtres humains. En résumé, nous pouvons affirmer qu’existe dans l’œuvre de Marx une contradiction entre le noyau grossièrement productiviste de quelques textes et l’observation, dans d’autres, que le progrès peut être la source d’une destruction irréversible de l’environnement. Assumant cette contradiction, les écrits de Marx peuvent nous orienter vers la construction de catégories à partir desquelles réfléchir aux problèmes environnementaux, lesquels combinés avec des revendications sociales constituent le programme de lutte contre le capital au XXIe siècle.

Le réchauffement climatique ne cesse de faire grimper la température de la planète à un rythme toujours plus soutenu. Le résultat immédiat est la fonte de la banquise en Asie, en Europe et en Amérique, dans l’Arctique et l’Antarctique. La conséquence est la montée du niveau de la mer, laquelle inondera d’ici quelques années ou décennies les villes côtières où vit une majeure partie de la population humaine. En ce qui concerne l’Antarctique, les études les plus récentes de la NASA rendent compte du début d’un processus irréversible de fonte des glaciers près de la mer d’Amundsen (Antarctique occidental). Au Groenland et dans le cercle arctique la situation est encore pire. Année après année, la fonte de la banquise atteint de nouveaux records, ayant des effets sur la faune arctique, contribuant à la montée du niveau de la mer et diminuant la capacité de réfraction solaire de la banquise. Ce phénomène s’appelle l’albédo et consiste en la réfraction de la chaleur solaire vers l’espace sous la forme de courants d’air plus froids, aidant à maintenir et à stabiliser les systèmes météorologiques globaux. Comme une conséquence d’une fonte toujours plus importante, les surfaces réfléchissantes se voient remplacées par des surfaces foncées avec moins de capacité de transformation de la chaleur solaire en courants d’air froids. En somme, la fonte grandissante de l’Arctique et de l’Antarctique, provoquée par des émissions toujours plus importantes de gaz à effet de serre, est à la fois cause et conséquence du déséquilibre climatique mondial.

Quel sujet pour la transition écologique révolutionnaire ?

 
En Amérique du Sud, parmi les problèmes environnementaux les plus urgents, la déforestation de l’Amazonie et l’exploitation minière à ciel ouvert sont des plus notables. Malgré son abondance, la forêt amazonienne constitue un écosystème vraiment fragile. Sa végétation n’a un épaisseur que de 30 à 40 centimètres d’humus (en comparaison avec 90 à 120 pour les plaines ou prairies). Pour cette raison, les racines des arbres s’étendent horizontalement, quand ils sont coupés, plusieurs mètres carrés de sol sont perdus, enlevés avec les racines. Sur les surfaces déboisées il est difficile de cultiver du soja ou des céréales, car en peu de temps les nutriments s’épuisent ; si du bétail y est introduit, il mange l’herbe jusqu’aux racines et détruit le fragile tapis végétal avec ses sabots. En résumé, en peu d’années seulement des terres arides resteront, comme nous pouvons déjà l’observer en regardant tout simplement la périphérie de l’Amazonie. Depuis des siècles, les groupes ethniques et les caboclos (métis) qui vivent en Amazonie cultivent du manioc, du maïs et du yucca dans l’"igapore", ces terres inondables où la crue des fleuves dépose une boue très fertile sous l’ombre protectrice des arbres. Ces méthodes simples continuent à donner de meilleurs résultats que celles de l’agro-industrie, confirmant ainsi l’hypothèse de Walter Benjamin : ce qui est supposé favoriser le progrès répand en réalité la barbarie. Aux mains des propriétaires fonciers et des capitalistes qui ne visent qu’à maximiser leurs bénéficies à court terme, l’Amazonie risque de rapidement devenir un désert, avec des conséquences incalculables pour le climat de la planète entière, pour laquelle elle constitue aujourd’hui le principal poumons producteur d’oxygène.

L’activité minière intensive ou l’industrie minière à ciel ouvert ne devraient pas être confondues avec l’industrie minière traditionnelle, une activité humaine ancienne et noble avec laquelle ces premiers n’ont rien à voir. L’industrie minière traditionnelle contaminait, mais ne produisait pas en général de changement dramatique et irréversible du territoire. L’industrie minière à ciel ouvert implique, au contraire, avec des tonnes d’explosifs, le dynamitage des montagnes, la pulvérisation des pierres et la séparation, avec des réactions chimiques, des substances qui composent la « gangue » d’un minerai ou « substance résiduelle ». Ce processus provoque la destruction irréversible de l’environnement et gâche d’énormes quantités d’eau. En fin de compte, il consomme les ressources d’un territoire, essentielles pour la reproduction de la vie dans toutes ses formes, dans l’intérêt des opérations minières intensives qui ne persistent pas plus de deux ou trois décennies. Le projet Conga à Cajamarca dans la cordillère nord péruvienne en est un bon exemple. Celui-ci prévoyait d’assécher deux des quatre lacs disponibles dans la région pour l’approvisionnement en eau potable, en extraire de la poudre d’or du fond et utiliser les deux autres réservoirs d’eau pour séparer le minerai du limon et jeter les déchets contaminés. La concessions prévoyait l’exploitation du gisement pendant 20 ans, après lesquels, les ressources en eau étant épuisées, aucune vie humaine, animale ou végétale ne pourrait reprendre le dessus. Les communautés luttent contre ce projet depuis quelques années avec un mot d’ordre simple : « L’eau vaut plus que l’or », réussissant à ralentir sa mise en place. De Cajamarca à Esquel, et encore plus au nord et plus au sud, les luttes des communautés indigènes et rurales pour défendre leur territoire contre les multinationales minières prédatrices, se sont multipliées à travers la cordillère des Andes sud-américaine.

Löwy a ouvert par ce livre un large débat avec divers courants, intellectuels et organisations « vertes » européennes écologistes-réformistes, exposant les limites de leurs opinions politiques. Il soutient avec raison qu’un projet éco-socialiste n’est possible que dans le contexte d’une transformation révolutionnaire des structures politiques et sociales. Cependant, même quand il soutient que la révolution sociale est la condition de la possibilité d’un changement de cette nature, le sujet social qu’il interpelle n’est pas du tout explicite. En ce sens, son discours semble plus destiné aux mouvements sociaux et aux « Verts » qu’à la classe ouvrière et aux organisations du monde du travail. Nous ne nions pas la pertinence de l’action du mouvement écologiste sur des objectifs particuliers et concrets, ni les difficultés qui peuvent se présenter autour de ces problématiques dans le mouvement syndical. Mais, à notre sens, la centralité de la classe ouvrière dans les luttes contemporaines reste essentielle, non seulement pour la force sociale qu’elle exprime et répand, mais parce que le savoir-faire des travailleurs est clé pour la viabilité d’un projet alternatif de réorganisation sociale non capitaliste. Sans la participation des travailleurs de l’industrie, des transports, de l’éducation, de la santé, de l’agriculture et des services, il est impossible de créer un autre modèle de production et de consommation. Les révolutions du XXe siècle ont brandi comme étendards les luttes pour le pain, la terre, la liberté, la paix entre peuples. Les révolutions du XXIe siècle doivent élargir l’agenda à de nouveaux horizons, parmi lesquels, la préservation de l’environnement au sein duquel l’humanité construit, jour après jour, son présent et son avenir.