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Notre classe

Interview. Répression anti-syndicale chez McDo

McDo Champs Elysées. Menacée de licenciement pour avoir défendu les droits des travailleurs

Chez McDonald’s, les pratiques anti-syndicales semblent monnaie courante. La dernière victime en date de ces pratiques : Lynda, salariée dans l’entreprise depuis 1993 et représentante du personnel CGT, est aujourd’hui menacée de licenciement sans même être mise au courant des accusations que l’entreprise porte contre elle.

Propos recueillis par Laure Varlet

Révolution Permanente : Peux-tu te présenter ?

Lynda : Je suis rentrée en 1993 en tant qu’équipier-polyvalent dans un restaurant compagnie, ces restaurants représentent environ 20% des McDonald’s en France, les autres restaurants sont des franchises tenues par des franchisés indépendants. A partir de l’année 2000, on me propose de prendre un poste administratif. En 2002, ce sont les premiers mouvements sociaux qui commencent chez McDo, avec la CGT qui bloque quelques restaurants (Strasbourg Saint Denis, et Boulevard Saint Germain) et qui obtient pas mal de choses, mais moi à l’époque je n’étais pas encore syndiquée. En 2006, après avoir travaillé sur plusieurs restaurants, je suis affectée sur le restaurant de Champs Elysées Galerie. En 2010, nous avons eu un gros coup de tonnerre au sein de ce restaurant puisqu’il y a eu des histoires de détournement de fonds, abus de biens sociaux et d’autres chefs d’inculpations. Les personnes suspectées étaient mes supérieurs directs. Dans le cadre de cette affaire, j’ai été auditionnée pendant trois heures à la brigade financière de Versailles, et lors de cet entretien que nous avions été placé sur écoute depuis plus d’un an… A l’issue de cette audition, et ils me disent qu’ils savent que je n’y suis pour rien, et qu’au contraire, je faisais mon travail et celui du directeur qui ne venait presque jamais. Ils m’ont dit que tout le monde le savait. Nous sommes ensuite restés presque 2 ans sans directeur sur ce restaurant, me le laissant gérer.

RP : Quand est-ce que tu as décidé de commencer à t’engager syndicalement ?

L : C’est en 2008, au moment où il y a une grosse restructuration et une scission des restaurants-compagnies en quatre structures distinctes. J’ai commencé à la CFDT, mais je me suis vite aperçue que les convictions de la CFDT ne me convenaient pas du tout, notamment parce que nous n’avions aucune liberté, on était obligés de signer les accords avec le patron, etc. J’avais rencontré, lors des négociations de branche, une camarade de la CGT et c’est elle qui m’a convaincue de ne pas tout arrêter, de continuer à lutter, et donc j’ai décidé de rentrer à la CGT. A partir du moment où j’ai changé d’étiquette syndicale, j’ai reçu de nombreuses interpellations de la part de certaines personnes de ma hiérarchie, en me disant que j’étais folle, que je ne respectais pas l’entreprise, etc.

RP : En ce moment il y a une mobilisation dans certains McDo autour de la revendication de 13 euros de l’heure, peux-tu nous en dire un peu plus ?

L : La CGT a soutenu le syndicat américain SIU dans la lutte « fight for 15 », depuis le début. Ce mouvement réclame aux Etats Unis un salaire de 15 dollars de l’heure, le minimum pour vivre dignement de son salaire. Comme je travaille chez McDo, j’ai été témoigner des conditions de travail des travailleurs français dans différents pays, notamment au Brésil et aux Etats Unis. Au retour, j’ai eu des remarques et des petites piques, sachant que mon voyage avait eu un peu d’échos, j’avais été interviewée par la presse, etc. En septembre 2016, on nous change de directeur, et celui qui arrive a un discours très brutal, en disant que la CGT était une secte, le contexte était posé, il fallait m’isoler. Lui et son équipe nouvellement débarquée n’ont de cesse depuis leur arrivée de m’isoler, de me mettre de coté et de me salir auprès de mes collègues de travail. Heureusement qu’ils me connaissent, mais mentalement c’est très compliqué de se savoir épiée, traquée. Lorsque je soulève des problèmes sur le registre DP, sur les conditions de travail qui se dégradent de plus en plus, mes questions sont tout de suite prises comme des agressions.

Le 5 mars, à l’appel de la CGT, a eu lieu une journée de mobilisation, ayant pour but de réclamer 13 euros de l’heure, une amélioration des conditions de travail et l’arrêt de l’évasion fiscale. Ce jour-là, alors que nous étions près du McDo, avec le DP suppléant et un autre collègue, nous sommes allés rejoindre des camarades au niveau de l’autre McDo près de l’Arc de Triomphe, nous avons été suivis par des policiers en civil. Arrivés à notre point de rendez vous, nous étions impressionnés par le dispositif mis en place : cars de CRS, policiers à cheval, en tout au moins 30 policiers. Sans compter les vigiles privés déployés par McDo sur le restaurant, environ une dizaine. L’un des deux policiers qui nous suivaient est venu se présenter et demander les raisons de notre présence. Lorsque je lui ai demandé pour quelle raison il nous a suivi depuis l’autre McDo, il nous a dit clairement que c’était le responsable du restaurant qui leur a dit que nous avions l’intention de faire quelque chose. Sur les Champs Elysées, il faut savoir que les manifestations sont interdites encore plus depuis que l’état d’urgence a été instauré. Enervée, j’ai alors dit au policier, qu’ils sont en plus payés avec l’argent de nos impôts, tout ça pour que ça servent à défendre les intérêts du grand patronat et de la finance. Toutes ces tensions ont fait que j’ai été en arrêt-maladie à partir du 6, et puis le 7 mars j’ai reçu une convocation disciplinaire qui stipule que cette sanction peut aller jusqu’au licenciement. Il faut savoir que mon dossier disciplinaire était vierge, une salariée « exemplaire ». Et là depuis quelques années, bizarrement depuis mon changement d’étiquette syndicale, je deviens un mauvais élément. Il s’agit clairement de tentative de déstabilisation syndicale. Il ne fait pas bon d’être à la CGT chez McDo et ils te le font bien savoir : tentatives d’intimidations, convocations, et toute autre pratique dont certains patrons ont le secret. Le vrai problème c’est que je travaille dans la RH et que je connais leurs pratiques,et donc je sais ce dont ils sont capables, du fait que je travaille avec eux depuis 24 ans. Je sais également qu’il s’agit clairement d’une politique de harcèlement à l’encontre de mon activité syndicale, mais je ne compte pas me laisser faire.




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