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Politique

La « révolution » vue par le banquier de Rotschild

Meeting de Macron. Candidat du travail ou de l’esclavage moderne ?

Moins d’un mois après l’annonce de sa candidature, voici donc Emmanuel Macron lancé au cœur de sa campagne avec son premier meeting, qui a réuni plus de 10 000 personnes à Paris. Durant un discours survolté d’une heure et demie, celui-ci a cherché à se poser comme le candidat qui allait répondre au chômage et à la misère en France. Pourtant, son programme, c’est bien toujours plus d’attaques contre les travailleurs et les classes populaires.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Macron, il ose. Son style, c’est celui du jeune banquier dynamique qui s’attaque à la politique vieillissante, qui vient briser les vieux clivages gauche/droite et exalter les foules. Celui-ci avait déjà frappé fort avec la sortie de son livre Révolution. Mais, ce samedi soir, il est allé encore plus loin. À l’image de sa conclusion où celui-ci s’est mis à hurler dans son micro, les bras levés vers le ciel, en transe. Une scène qui a beaucoup fait réagir sur les réseaux sociaux et qui n’est pas sans rappeler la scène du film « Le Loup de Wall Street », où un jeune requin de la finance, incarné par Di Caprio, exalte ses salariés pour mieux amasser des millions. Face à la crise des partis traditionnels, au projet ouvertement réactionnaire de Fillon, à l’effondrement du PS, Macron cherche à imposer sa méthode : celui du requin de la finance qui affiche sa richesse sans complexe, qui transforme le terrain politique en performance de show-man.

Mais le plus osé, c’est quand même de se présenter comme le candidat du peuple, héraut de la lutte contre le chômage et la précarité quand on a le CV de Macron : celui d’un énarque devenu banquier d’affaires chez Rothschild, et millionnaire à 29 ans. Entre décembre 2010 et mai 2012, Macron a par exemple avoué avoir touché 2 millions d’euros. Une coquette somme qui n’a d’égal que pour son mépris contre les travailleurs, sans cesse répété, comme lorsqu’il expliquait que la vie d’un entrepreneur était plus dure que celle d’un salarié.

Et niveau politique, rien de très glorieux non plus. Sous le quinquennat Hollande, celui-ci était le seul ministre à n’avoir jamais gagné aucun scrutin électoral, à être directement passé de la case banquier de Rothschild à celle de ministre de l’Économie. Et celui-ci s’est révélé être l’un des principaux protagonistes des attaques antisociales du gouvernement à l’image de la loi qui porte son nom : la loi Macron ainsi que la loi Macron 2, finalement avortée, ou encore son rôle dans l’écriture de la loi Travail.

Mais, depuis, il y a eu la victoire de Fillon à la primaire de la droite, le retour d’une droite dure qui permet à Macron de se refaire une santé. Celui-ci s’en est largement pris à l’apprenti Thatcher lors de son meeting, contre son projet conservateur, contre son projet de suppression des 35 heures, de casse de la sécurité sociale. Une différence donc, mais dans le style et le discours surtout, car sur le fond, le programme de Macron, c’est bien l’ultralibéralisme décomplexé.

Sur la durée de travail par exemple, si Macron s’est engagé à ne pas revenir sur les 35 heures, cela a tout l’air d’un écran de fumée. Car celui-ci s’est empressé de préciser tout de suite après qu’il ne voulait plus que ce soit la loi qui prévale, mais le « contrat ». Une manière de continuer dans la voie ouverte par la loi Travail et son inversion de la hiérarchie des normes. 35 heures dans la loi certes, mais cela ne changera rien si des accords de branche ou au niveau de l’entreprise prévalent sur le droit du travail. Avec Macron, on travaillera tout autant qu’avec Fillon, c’est juste le vernis qui sera différent.

Sur les questions sociales, c’est encore une fois la réaction sur toute la ligne. Pour Macron, il faudrait remettre en cause notre modèle social en profondeur parce qu’il ne serait, selon lui, plus adapté au monde moderne. C’est le sens par exemple de sa proposition de supprimer les cotisations chômage et maladie des fiches de paye pour la transférer sur la CSG. Une mesure qui pourrait séduire a priori, mais qui consiste en réalité à détricoter le système de l’assurance maladie, et qui n’apportera rien en termes de pouvoir d’achat.

Cette attaque contre notre système de santé augure bien de la société que nous prévoit Macron. Sa soi-disant lutte contre le chômage et la précarité, c’est en réalité celle pour l’ubérisation, un modèle qu’il n’a cessé de citer en exemple durant son meeting. Uber, ce sont ces chauffeurs de voiture qui, par peur du chômage, sont prêts à travailler jusqu’à 70 heures par semaine pour gagner à peine le SMIC, et sans congés. Le projet de Macron, c’est la casse de nos acquis sociaux, en premier de l’assurance-chômage et maladie, et la libéralisation du marché du travail pour nous faire travailler davantage, pour gagner moins, et avec plus de précarité. En somme, c’est le retour cent ans en arrière, à un modèle d’esclavage moderne dont on a bien du mal à voir en quoi il serait progressiste, et qui ressemble à s’y méprendre à celui de Fillon.




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