Monde

Négociations entre l’Union européenne et la Turquie

Migrants. Le grand marchandage continue

Publié le 17 mars 2016

C’est aujourd’hui vendredi 18 mars que pourrait être signé un deal définitif entre le gouvernement turc de Recep Tayyip Erdogan et les vingt-huit. Bruxelles accueille son partenaire anatolien pour lui refourguer les réfugiés coincés derrière les frontières grecques. Grand moment de diplomatie où la vie humaine s’échange en euro sonnant et trébuchant. La Turquie demande beaucoup : 3 milliards de plus et l’Europe sans visa pour ses ressortissants ; sans compter la relance symbolique du processus d’adhésion à l’UE en passant outre le blocage des chypriotes qui crient au scandale. Et de son côté, le gouvernement grec s’affaire à grappiller les miettes pour satisfaire la Troïka.

En réalité les diplomates planchent sur la partie juridique du marchandage. Car même dans les métropoles impérialistes, le refus sans justification du statut de réfugié politique à des millions de migrants, veut encore dire quelque chose, et l’accord UE-Turquie le remettrait en cause. Loin des valeurs progressistes établies par la Révolution française de 1789, c’est la possibilité pour la bourgeoisie de diviser les migrants entre eux, et d’en sélectionner une part pour se procurer une main d’œuvre malléable et exploitable. Pour justifier l’expulsion de prétendants au titre de réfugié politique, il faut qu’il y ait un examen de dossier individuel puis renvoi vers un "pays tiers sûr". Ce dernier critère, qu’on n’attribuerait à une Turquie au bord de la guerre civile qu’avec beaucoup de mauvaise foi, sera difficilement rempli car celle-ci n’a pas signé la convention de Genève sur les réfugiés. Mais qu’on ne se fasse pas d’illusions, si l’ONU dénonce l’illégalité des déportations de réfugiés sans distinction, les obstacles en forme de sac de nœud que posent le droit international seront contournés d’une manière ou d’une autre.

Le gouvernement du grec Alexis Tsipras, l’un des piliers de ce grand marchandage, réclame quant à lui quelque 20 millions d’euros annuels pour renforcer l’appareil sécuritaire et judiciaire de son pays, dans l’optique de mettre en place la déportation vers son voisin asiatique des syriens, des irakiens, des afghans, des érythréens et de tous ceux qui souhaitent rejoindre l’Europe du nord pour vivre.

Sur le plan moral et politique, un deal aussi immonde confirme la tendance à la régression, une réaction qui s’accélère au sein des organisations de la Bourgeoisie, prêtent à mettre de côté une bonne partie des droits qu’elle a elle-même pu défendre. Réelle catastrophe pour les centaines de milliers de migrants aux portes de l’UE, cet accord, bien que présenté comme stratégiquement pensé contre les passeurs, est une aubaine pour ces derniers qui ne feront que profiter de la nouvelle difficulté qu’auront à surmonter les réfugiés. Quant à eux, rien ne les empêchera de risquer la mort en méditerranée, de perdre leur dernières ressources sur les routes, d’être victimes des pires violences, de la misère, pour terminer leur voyage dans les grandes métropoles européennes. La solidarité des classes populaires des pays impérialistes est plus que jamais nécessaire.