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Monde

Après les attentats réactionnaires en Catalogne – Déclaration de la CRT

Mobilisation du 26 août à Barcelone. Pourquoi nous ne manifesterons pas

Face à l’unité nationale réactionnaire qui instrumentalise la douleur des victimes et renforce la répression, il nous faut développer une grande mobilisation indépendante de l’État contre les politiques sécuritaires, l’islamophobie, le racisme, l’austérité, l’impérialisme et ses guerres, terreau fertile pour de nouveaux attentats de Daech.

Déclaration politique du Courant Révolutionnaire des Travailleurs et Travailleuses (CTR)

1. Nous ne manifesterons pas parce que nous ne marchons pas derrière « l’unité nationale » réactionnaire

Notre colère envers les attentats réactionnaires de l’Etat Islamique en Catalogne et notre solidarité avec les victimes ne nous poussent pas à nous joindre au « Front d’unité Nationale » avec le gouvernement, la couronne et les forces répressives, qui vont s’exprimer à nouveau pendant la manifestation appelée pour le 26 août à Barcelone.

Le climat « d’unité nationale » a débuté les jours suivant les attentats sur la Plaza Catalunya, épicentre d’un spectacle d’hypocrisie représenté par le Roi, connu pour être un ami de la monarchie saoudienne qui entretient des liens avec les groupes terroristes. Ce climat s’est répété durant la messe célébrée à la Sagrada Familia, en la présence de tous les partis du régime, y compris Podemos.

Tous les partis parlementaires -à l’exception de Bildu [gauche radicale basque]- ont participé à la réunion du pacte anti-djihadiste. Podemos, PNV [centre-droit autonomiste basque], PDECat [droite catalaniste] et ERC [centre-gauche catalaniste] ont participé à la réunion en qualité d’observateurs. Un pacte dont la résolution centrale consiste à augmenter les crédits des forces de sécurité nationale au niveau des effectifs, et des équipements (armes, technologie logistique, etc.).

Sous couvert du discours de la « démocratie et liberté », cet arsenal répressif va être utilisé et va se renforcer contre les communautés arabes et musulmanes, contre les migrants, contre les classes laborieuses et la jeunesse qui se battent contre l’austérité et la misère capitaliste. Et cet arsenal pourra y compris être utilisé contre le droit du peuple catalan à l’autodétermination, en butte au centralisme espagnol.

Cette soi-disant Unité Nationale laisse de côté les secteurs les plus exploités et opprimés qui fuient leur pays par peur du terrorisme ainsi que les multiples et sanglantes interventions militaires. (…) Nous ne voulons défiler ni derrière le Roi ni derrière ce consensus réactionnaire. (…)

2. Nous ne manifesterons pas parce que ce n’est pas avec des mesures répressives que l’on pourra en finir avec le terrorisme de l’État Islamique. Nous ne manifesterons pas avec les Mossos d’Esquadra ni avec les forces répressives

Cette « unité nationale » cherche à renforcer l’appareil répressif de l’État comme garantie contre les futures attaques de l’État Islamique. Pendant ce temps on ovationne les Mossos de d’Esquadra [la police régionale catalane] comme s’il s’agissait des nouveaux « héros » de la Catalogne.

L’efficacité de l’intervention des Mossos a été revendiquée par toutes les forces politiques, même par la gauche indépendantiste. Le régime a essayé de redorer le blason des forces de répression et la CUP [gauche radicale catalane] elle-même, en suivant une logique d’unité des souverainistes [catalans] a fini par adhéré à l’opération. (…)

Comme l’a montré le cas de la France, après les premiers attentats de Paris, de la Belgique, du Royaume Uni mais aussi de l’État espagnol depuis 2015, l’augmentation des budgets de sécurité ne rend pas plus « efficace » l’État pour diminuer le niveau des attentats dont les causes sont bien plus profondes.

Le renforcement des mesures répressives contre les quartiers populaires, les communautés arabes et musulmanes, ne font qu’augmenter le mécontentement social et la rancune des secteurs le plus marginalisés, terreau fertile pour la propagande djihadiste.

3. Nous ne manifesterons pas parce que nous ne marchons pas avec ceux qui perpétuent les guerres impérialistes

Les gouvernements impérialistes ont pendant des années instrumentalisé le terrorisme et ses victimes pour alimenter la roue de la haine qui fait tourner la barbarie capitaliste. Des actions militaires et des occupations qui laissent des centaines des morts parmi les populations civiles, avec des troupes d’occupation qui commettent toute sorte des crimes et abus en toute impunité.

L’armée espagnole participe à la coalition impérialiste contre l’État islamique en Syrie et en Irakavec plus de 400 soldats. 2100 militaires et gardes civils sont déployés en Turquie, Liban, Afghanistan ainsi qu’en Afrique centrale.

La Syrie et l’Irak sont la cible de bombardements permanents et la population civile est obligée d’y vivre sous le joug de l’État islamique, pendant que l’aviation de la coalition internationale continue ses massacres contre les civils.

Voilà la véritable « barbarie » que propagent depuis des années les gouvernements, les armées et les grandes entreprises européennes et étatsuniennes partout dans le monde, particulièrement en Afrique et au Moyen-Orient. Une barbarie qui frappe aussi l’Europe, aujourd’hui au cœur de Barcelone.

Le militarisme impérialiste n’est pas la solution, c’est le centre du problème. Loin de faire reculer les attentats, ces derniers ont augmenté avec la militarisation des pays européens et la formation de la coalition contre Daech. Le terrorisme s’alimente de l’interventionnisme militaire impérialiste et de la misère matérielle à laquelle sont soumises certaines portions du globe.

4. Nous ne manifesterons pas parce que nous ne marchons pas avec les amis des monarchies arabes

Sous le drapeau de « l’unité », les dirigeants politiques et la monarchie espagnole ne cherchent pas à préserver la « sécurité citoyenne » mais plutôt les affaires du Royaume d’Espagne.

Tout le monde se souvient, aujourd’hui, de la présence du roi Juan Carlos lors de l’enterrement du roi Fahd d’Arabie Saoudite, à laquelle il faut rajouter son rapport de longue date avec les pétromonarques du Qatar et du Koweït. Cette « amitié » est fondée sur des contrats de milliards d’euros : un consortium espagnol a gagné l’appel d’offre pour la construction d’une ligne à grande vitesse entre Médine et la Mecque pour plus de 6,6 milliards d’euros. Il s’agit du plus grand chantier espagnol à l’étranger.

La bourgeoisie catalane a également participé à ces affaires. On songera au fait que 40% des contrats bilatéraux entre l’État espagnol et les Émirats Arabes dépend des entreprises catalanes. (…)

Le gouvernement espagnol a vendu des armes à l’Arabie Saoudite pour 116 millions d’euros, 5 frégates pour 2 milliards. Ce sont les armes que l’Arabie Saoudite n’a pas hésité à utiliser lors de son invasion punitive du Yémen. En janvier dernier, le royaume saoudien a reçu la visite du Roi Philippe VI pour conclure une autre importante vente d’armes. Nous ne marchons pas avec ceux qui font du business sur des ruines et des montagnes de cadavres à l’étranger.

5. Nous ne manifesterons pas car ce dont nous avons besoin c’est d’une grande manifestation indépendante de l’État et de ses institutions, contre le racisme et l’islamophobie, contre l’impérialisme et ses guerres

Le terrorisme de l’État islamique en tant que phénomène réactionnaire international est un sous-produit de l’impérialisme. La seule manière durable d’en finir avec le terrorisme est de mettre fin à l’impérialisme. Remplacer les relations de domination et dépendance, d’oppression et des obscurs intérêts économiques, par la libre association des peuples.

Cela serait bien différent si on appelait à une manifestation indépendante contre l’islamophobie, le racisme et l’impérialisme et ses guerres ! Une manifestation qui appellerait le monde du travail, les secteurs populaires, la communauté arabe et la jeunesse précaire à s’organiser contre les divisions que veulent imposer les capitalistes avec leurs meilleures armes : le racisme et l’islamophobie. La seule manière de surmonter l’horreur des attentats réactionnaires perpétrés par Daech sur les Ramblas et Cambrilis c’est en mettant fin aux guerres impérialistes, en commençant par exiger le retrait immédiat de toutes les troupes espagnoles et celles de tous les pays impérialistes.

Parallèlement, il est nécessaire de rejeter le pacte antiterroriste et toutes les modifications du Code Pénal qui ont été introduites pour renforcer la répression, et qui s’ajoutent à la « Loi baillon ».

Malheureusement, toute la gauche institutionnelle- allant de Unidos-Podemos, Compromis, les Comunes ou Ahora Madrid- s’est pliée à cette Unité Nationale réactionnaire. Il s’agit d’un frein au développement d’un vaste mouvement indépendant contre le racisme, l’islamophobie, l’impérialisme et ses guerres. Même la CUP, ce mardi a modifié sa position et participera de la manif d’unité nationale.

Néanmoins, la gauche radicale indépendantiste, qui dans un premier temps avait dénoncé courageusement la monarchie et avait menacé de ne pas participer à cette manifestation du 26 août, déplorant que ce soient les autorités politiques qui en soient à la tête de la mobilisation et non la société civile, se doit d’appeler à une grande manifestation indépendante du gouvernement et de ses institutions.

Pour un grand mouvement contre la guerre, contre le racisme et l’islamophobie, indépendant du gouvernement et de l’État ! Voilà la seule politique qui peut forger la solidarité entre les peuples contre les politiques guerrières à l’étranger et les politiques liberticides à dans l’Etat espagnol.

Trad. M.C.

Crédits photos : EFE / Quique García




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