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Politique

Tous en grève le 14 décembre

Mobilisation étudiante et lycéenne : les enseignants appellent à la grève

Les images de Mantes-la-Jolie ont sans doute été la goutte de trop. Depuis bientôt une semaine, les lycées et les universités sont en ébullition. Dans les lycées, les enseignants se mettent en grève en solidarité des élèves et pour s’opposer à la réforme du lycée. Les organisations syndicales enseignantes appellent à la grève le 14 décembre dans les lycées et les universités.

La vague lycéenne de 2018 : Parcoursup, gilets jaunes et répression

Voilà bientôt deux semaines que les lycées sont impactés par la mobilisation des élèves. Et elle va crescendo. De 300 établissements, selon le ministère de l’Education Nationale, jeudi 6 décembre, ils étaient prêts de 450 mardi 11 décembre à être impactés par des « blocus » ou des mouvements de grève de lycéens. Ce mardi, on décomptait officiellement 35 000 manifestants.

La dernière grande vague lycéenne, on peut la faire remonter à 2013 : l’expulsion de Léonarda, collégienne kosovarde et de Khatchik suscite l’émoi des jeunes lycéens, en particulier dans les établissements de l’agglomération parisienne, et dans quelques lycées de centre-ville en province (Rouen, Marseille, Orléans, Chambéry, Alès). Le 17 octobre 2013, une vingtaine de lycées sont bloqués sur Paris (lycée Charlemagne, Sophie Germain, Hélène Boucher, Claude Monet) et le lendemain plusieurs milliers de jeunes défilent dans la capitale. Le gouvernement Hollande fait face à sa première contestation de rue. Rapidement, il désamorce de crainte de ne parvenir, « comme la pâte à dentifrice », à faire re-rentrer les jeunes « dans le tube ». Hollande acceptera de maintenir sur le territoire Léonarda et sa famille. Rien pour Khatchik.

La première différence de la mobilisation de 2013, partie des centres-villes et de l’agglomération parisienne, c’est que sa version 2018, est plus rurale et plus périphérique. On y retrouve les établissements des quartiers nord de Marseille, de Villeurbanne pour Lyon, des Mantes-la-Jolie, d’Aulnay-sous-Bois, de Vitry pour la région parisienne. Elle touche Saint-Etienne, l’académie d’Orléans-Tours, des lycées de Montpellier, de Nantes, de Corse, des villes de Colmar, Guebwiller, Mulhouse en Alsace. « La carte ressemble étrangement à celle des délaissés de Parcoursup » commente un responsable du Snes Créteil, académie dans laquelle près de 60 établissements ont été touchés par des mobilisations. Autre nouveauté, on compte également parmi les établissements mobilisés, des lycéens du parcours professionnel, dans la visée de la dernière réforme Blanquer. Cette deuxième vague de mobilisation a un caractère plus massif, mais aussi plus populaire de par l’origine sociale des établissements mobilisés.

Ce qui n’est pas sans lien avec la seconde nouveauté : l’étincelle lycéenne a pris au contact du « gilet jaune » de leurs parents. Les lycéens de cette « France des marges » dans son acception autant géographique que sociale. Ce sont bien ces mobilisations sur les ronds points qui ont permis aux lycéens, victimes des réformes inégalitaires que sont Parcoursup, celle du bac et du lycée général comme professionnel, de relever la tête.

La troisième nouveauté, c’est l’exceptionnelle déferlante de violences policières qui s’est abattue sur la jeunesse scolarisée. La scène mimant une exaction de 50 lycéens à Mantes-la-Jolie, dans le quartier populaire du Val-fourré s’inscrit dans une série d’exactions : 138 interpellations dans le Val d’Oise, 17 à Strasbourg, 3 à Evreux, 148 à Mantes-la-Jolie et des dizaines en Seine-Saint-Denis. Le 6 décembre étaient recensées 700 interpellations de lycéens.
Les coups de flashballs pleuvent. Tirés à bout portant, visant les visages, ils font des victimes : une élève de Garges-Lès-Gonesse a eu la joue déchiquetée le 4 décembre, un autre élève est touché au front dans le Loiret le 5. Le 11 décembre, un élève du lycée Marcel Cachin a Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) est blessé au nez.

La répression des lycéens pousse les enseignants à se mobiliser

La répression des lycéens choque, notamment dans les salles des professeurs. Dans certains départements, elles bouillonnent et se mettent en grève. D’abord de manière spontanée, dès le 7 décembre, des équipes décident d’exercer leur droit de grève en solidarité. C’est le cas en Bretagne, à Saint-Nazaire et à Guérande, à Villeneuves-d’Ascq où les enseignants ont rejoint la manifestation des élèves, en Seine-Saint-Denis comme à Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines où des équipes enseignantes débrayent spontanément pour protester contre la répression et les réformes.

Après les images de Mantes, le Snes-FSU, organisation majoritaire se déclare extrêmement choquée. Si plusieurs préavis départementaux sont déposés localement, la première fédération enseignante appelle le 9 décembre à entrer « dans l’action » dès le lundi 10 octobre dans un communiqué officiel. Une décision qui va à l’encontre du communiqué de l’Intersyndicale du 6 décembre dans lequel la FSU, aux côtés de la CFDT, la CGT, CFE-CGC, Unsa et CFTC « dénoncent toutes formes de violence dans l’expression des revendications », publié à la sortie d’une rencontre appelée par la CFDT. La politique pyromane du gouvernement ainsi que la pression à lancer un mouvement de grève font pression.

Des grèves lancées dans les lycées depuis le 10 décembre : un tous ensemble le 14 décembre !

Reste que le Snes s’en tient à appeler à « l’action » et à se mobiliser aux côtés des élèves. Mais pour la première fois, les organisations syndicales enseignantes dénoncent les violences policières. Le 11 décembre, à l’occasion du #mardinoir appelé par les organisations lycéennes, les enseignantes entrent dans la danse à Toulouse, en Haute-Saône à Gray, dans le Gers, à Pontault-Combault en Seine-et-Marne, dans l’Isère, ou encore au Mans où la manifestation lycéenne a vu grossir ses rangs des enseignants. A Paimpol, dans les Côtes-d’Armor, une opération « lycée mort » a été organisée contre la réforme du bac. A Nevers, une manifestation était organisée ce mercredi 12 décembre devant les services du ministère.

La date du 14 décembre, d’abord lancée comme une date de mobilisation (sans appel clair à la grève) par la CGT, s’invite dans les têtes. Dans un communiqué interfédéral, des organisations syndicales de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ainsi que les organisations lycéennes et étudiantes (CGT Ferc, Snes FSU, Solidaires, Unl, Unef, Snesup-FSU) appellent à la grève vendredi.




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