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Notre classe

Contre la suppression des zones défavorisées en élevage

Montauban. Les agriculteurs mobilisés ont fait reculer le gouvernement

Entre 2000 et 2500 agriculteurs de toute l’Occitanie se sont rassemblés ce mercredi devant la préfecture de Montauban pour dire « non » à la nouvelle carte des zones agricoles défavorisées. Une délégation a été reçue par le préfet en discussion directe avec Paris. La mobilisation aurait fait en grande partie reculer le gouvernement.

Lors de la manifestation des agriculteurs à Montauban, le 24 janvier 2018 Crédits photo : Révolution Permanente

Difficile de se rendre sur Montauban en cette journée de mercredi, et pour cause, les accès, et rocades de la ville ont été bloqués par des agriculteurs venus de toute la région Occitanie à l’appel des Jeunes Agriculteurs et de la FRSEA. La cause ? Un nombre de communes éligibles à l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) - une aide européenne-, qui, avec la nouvelle carte proposée par Macron, devait fondre comme neige au soleil. Par exemple, pour le département du Tarn-et-Garonne qui compte 195 communes, 82 communes seulement bénéficieraient de ces aides, contre 181 jusqu’à présent ! Ces ICHN ne sont pas négligeables, puisqu’elles représentent 6000€ par an, et par exploitation. Alain Iches, le président de la FDESA 82, se montrait alarmiste : « Si cette réforme passe en l’état, ça va être la faillite pour bon nombre d’agriculteurs de notre département. » a t-il ainsi déclaré à La Dépêche.

Pour mettre la pression, et faire plier le gouvernement, les 2000 à 2500 agriculteurs avaient sorti le grand jeu, dans la plus pure tradition des mobilisations agricoles : fumier déversé, ballots de paille, toute sorte de détritus, importants feux de pneus devant la préfecture, etc. Des bottes, et un mannequin ont été attachés aux branches d’un grand arbre situé devant la préfecture. Des éléments symboliques forts pour rappeler qu’en France, un agriculteur se suicide tous les deux jours. Nombre d’agriculteurs sont dans des situations extrêmement précaires, un rapport de la Mutualité Sociale Agricole (MSA), paru en octobre dernier, ne nous apprenait-il pas que 30% des agriculteurs gagnent moins de 350€ par mois ? Dans ce contexte, cette aide européenne supprimée pourrait avoir des effets tragiques sur beaucoup d’entre eux.

De nombreux messages ornaient les quelques 140 tracteurs mobilisés pour l’occasion : « la mort est dans le près », « Révolution en marche », « ZAD Zone d’Agriculteurs en Danger », « On nous nourrit mais nous on crève », « Tarn-et-Garonne ZAD !!! », un habit de travail accroché sur un camion avec l’inscription « la mort »... Le temps d’une journée, Montauban est devenue une ville en quarantaine. Depuis 9h, les tracteurs bouchaient les accès principaux au centre-ville. Beaucoup d’agriculteurs comme Jacques du Lot, étaient partis de leur exploitation à 5 ou 6h du matin. Le cortège est parti du quai Poult à 11h pour atteindre la préfecture aux alentours de 12h30. Les agriculteurs sont alors restés postés devant la préfecture sous la chaleur des feux de pneus, alors que, vers 13h30, une délégation a été entendue par le préfet.

Un important dispositif policier était en place, de nombreux fourgons de CRS, et un camion lance-eau. La ville avait également anticipé une situation potentiellement explosive, puisque les écoles primaires, un collège et un lycée étaient fermés, et les transports scolaires annulés. La situation est restée relativement calme, sans heurts, tout au long de la journée.

Alors que le préfet a directement négocié avec l’Elysée, les manifestants auraient en grande partie obtenu satisfaction. « Sur les 1000 communes qui devaient perdre leur statut de zones agricoles défavorisées dans la région, près de 900 pourraient finalement le conserver » confiait à La Dépêche l’un des membres de la délégation. Les représentants syndicaux ont promis de rester solidaires avec ces communes, en menant des luttes locales pour que celles-ci soient à nouveau éligibles.
Vendredi, l’Etat devrait confirmer cette victoire des manifestants. Lors des prises de parole l’un des syndicalistes prévenait déjà que si ce dernier venait à ne pas tenir ses promesses, « notre ZAD, ils l’auront ». Et un autre de poursuivre, « aujourd’hui on a juste un peu cramé des pneus, mais on peut assiéger la ville ».




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