Monde

Une semaine après le début de l’offensive

Mossoul. Le conflit s’enlise. Une situation dramatique pour les populations locales

Publié le 26 octobre 2016

Cela fait maintenant huit jours que l’offensive sur la ville de Mossoul, dernier bastion de Daech en Irak, a été lancée par la coalition. Pourtant, le gros de la bataille est encore largement à venir et il est toujours difficile de dire ce qui se prépare.

Renan Granger

Ce sont environ 40000 à 50000 hommes qui encerclent actuellement la ville de Mossoul, où il y aurait 4000 à 7000 combattants de Daech. Un rapport d’environ 1 à 10 largement disproportionné qui pourrait laisser supposer une victoire facile de la coalition. Pourtant, rien ne dit que la bataille à venir soit facilement gagnée. Tout dépend, en définitive, de la réaction des combattants de Daech. Si ceux-ci cherchaient à résister à l’offensive, le combat pourrait s’avérer bien plus dur que prévu. Or, les combattants de Daech ont d’ores et déjà riposté à l’offensive, montrant leur savoir-faire de la guérilla acquis lors des différentes batailles qu’ils mènent en Syrie et en Irak.

Le comportement que pourrait adopter Daech après 8 jours d’offensive reste toujours incertain. En effet, les forces les plus proches de l’armée irakienne sont actuellement situées à 5km de la ville, trop loin pour estimer les forces en présence. De plus, les informations disponibles sur les déplacements des troupes de Daech sont contradictoires. Côté américain et irakien, on évoquait des départs vers la Syrie voisine, tandis que côté français, on affirmait avoir repéré, au contraire, des afflux de combattants vers la ville de Mossoul. Le scénario d’un long combat complexe et meurtrier est donc loin d’être évité à l’heure actuelle. Et l’enlisement de la bataille, qui a débuté il y a une semaine, accrédite cette hypothèse. Notamment, la variable inconnue principale reste celle de la présence éventuelle du chef de l’organisation, al-Baghdadi, dans la ville.

Un affrontement d’ampleur pourrait avoir des conséquences désastreuses et provoquer un véritable exode. Les estimations les plus hautes tablent sur un contingent d’un million de réfugiés en cas de conflit majeur sur une population totale de 1.5 millions d’habitants. Ainsi, comme le confiait récemment un officier supérieur de l’armée irakienne : « Nous avons encore peu de réfugiés, car la vraie bataille de Mossoul n’a pas encore commencé. Mais nous nous attendons à un afflux énorme et l’aide de la communauté internationale n’est pas à la hauteur de ce qui nous a été promis. Si rien ne change, on va à la catastrophe. ». De plus, de nombreux observateurs redoutent les exactions qui pourraient être commises par les combattants qui reprendraient la ville sur les populations locales.

Surtout, même si la bataille décisive ne se jouait pas à Mossoul et que les djihadistes choisissaient le repli, ce ne serait que partie remise. D’ores et déjà, les Américains préparent la prochaine bataille à Raqqa, dernier fief de Daech en Syrie, où pourrait se replier une partie des combattants présents à Mossoul. Or, la bataille de Raqqa sera dans tous les cas bien plus difficile et désastreuse. D’abord, parce que Daech cherchera à résister jusqu’au bout, mais aussi parce qu’il sera bien plus difficile de mettre sur pied une armée professionnelle et en nombre suffisant dans ces territoires instables dévastés par la guerre. De plus, il n’est pas dit que la coalition qui mène l’offensive résiste aux tensions multiples qui la traversent, notamment entre les combattants kurdes et la Turquie, ou encore entre lesÉtats-Uniset la Russie.

Dans tous les cas, l’éradication de l’embryon de califat construit par Daech ne réglera pas la question du terrorisme. Au contraire, pour de nombreux observateurs, une défaite sur le terrain entraînera probablement le repli sur une stratégie déterritorialisée de terrorisme à l’échelle mondiale telle qu’a pu avoir Al-Qaïda. Elle signifierait donc une recrudescence d’attentats, tout en provoquant une déstabilisation d’autant plus importante des régions concernées.

Ainsi, le scénario qui se dessine dans la lutte de la coalition contre Daech résume bien l’adage suivant : « Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre ». Car, l’offensive actuelle sur Mossoul est largement coordonnée sur le terrain par les puissances qui ont contribué à la déstabilisation sans précédent du Moyen-Orient par une décennie de guerres, et par là-même été les principaux contributeurs à l’apparition du monstre qu’est Daeh. Et, au premier rang de ces puissances, figurent les États-Unis bien sûr, mais aussi la France qui, avec une guerre par an déclenchée par son général Hollande depuis le début de son quinquennat, assume une lourde part de responsabilité.