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Politique

Trop impatient d'attendre le 30 mars ?

Notre-Dame-des-Landes. Droite et extrême droite auraient préféré voir couler le sang des zadistes

En faisant le choix d’annuler le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, Emmanuel Macron a ouvert la porte à un florilège de déclarations fracassantes. Chez certains élus locaux, mais surtout chez les plus réactionnaires de droite et d’extrême droite, la pilule ne passe pas. Cette défaite de l’exécutif donnant lieu à une escalade de réactions toutes plus violentes les unes que les autres, illustre l’idéologie bourgeoise et bonapartiste axée sur un Etat fort qui en dernière instance doit réprimer (quitte à assassiner) pour mater la contestation.

Crédit Photo : Photothèque Rouge/Romain

D’évidence, la décision d’Emmanuel Macron d’abandonner le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, a fait réagir à droite et à l’extrême droite. C’est un véritable déferlement de réactions en tout genre, qui a agité les médias ces dernières heures. Alors même que José Bové évoquait une décision de « conscience » de la part du gouvernement. Que, globalement, la majorité fait bloc autour de Macron évoquant un « choix courageux ». Et que, suite à la déclaration du premier ministre Edouard Philippe en conférence de presse (« les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet de Notre-Dame-des-Landes »), Alain Juppé s’exclamait avec des dents qui rayent le parquet : « « Gouverner c’est choisir. » C’est ce qu’après des années de tergiversations, vient de faire courageusement Edouard Philippe. ».

Cependant, toutes les déclarations n’ont pas été aussi tendres envers l’exécutif. Sur Europe 1, Bruno Retailleau, conseiller régional des Pays-de-Loire et président du groupe Les Républicains au Sénat : « C’est une capitulation, parce que c’est la victoire des zadistes. Ils ont gagné. La violence, aujourd’hui en France, paie. Vous pouvez, en utilisant les moyens les plus violents, bloquer un projet […]. C’est une vraie capitulation devant cette violence. » On en oublierait presque que ce dernier avait annoncé en 2013 : « l’aéroport n’est pas notre combat ». Sur France 2 mercredi soir, Retailleau n’ajoute-t-il pas, « c’est une capitulation en rase campagne, les zadistes que je voyais danser sur des images tout à l’heure, dansent sur le cadavre de l’autorité de l’Etat. Christian Jacob, quant à lui, reprend de volée Alain Juppé sur les ondes d’Europe 1 jeudi matin : « Gouverner c’est capituler. C’est capituler devant les voyous, devant les casseurs, devant le droit. 178 recours, un référendum, les collectivités consultées… et l’Etat capitule devant des hordes de voyous qui ont brûlé des voitures de gendarmerie, caillassé des forces de l’ordre, et qui sont en train d’exulter, de chanter et de danser sur les décombres de l’autorité de l’Etat ».

« Ces squatteurs délinquants crasseux, qu’on pourrait sortir par les dreadlocks assez rapidement »

Au Front National, les réactions ignobles mettent en avant le fait que l’Etat n’ait pas utilisé l’arme répressive… avant d’annoncer sa décision. “On demande l’évacuation de la Zad, de ces squatteurs délinquants crasseux, qu’on pourrait sortir par les dreadlocks assez rapidement. C’est la priorité : […] il faut mettre tous ces gens dehors”, a ainsi déclaré le député frontiste, Sébastien Chenu. En conférence de presse, Marine Le Pen est sur la même ligne : « le gouvernement aurait dû évacuer encore une fois la zad et après annoncer quelle était sa décision, parce que là, on aurait pu voir un Etat qui fait preuve d’autorité. » L’idée sous-jacente est donc de vouloir taper sur les manifestants, au prix certainement du sang, et de victimes, pour montrer un Etat fort, et faire rentrer dans le rang les plus récalcitrants.

Ces partisans d’un Etat répressif, autoritaire, dénoncent en chaîne le prétendu « laxisme » de l’exécutif. Pourtant la violence est du côté de l’Etat. De cet Etat qui, sous Hollande, a tué Rémi Fraisse, sur la ZAD du barrage de Sivens. De ce même Etat qui abat quotidiennement une répression terrible sur les quartiers populaires, tuant Adama Traoré, ou violant Théo. De celui-ci toujours, qui, sous l’égide du ministre de l’intérieur Gérard Collomb, mène une chasse frénétique face aux migrants… en plein froid.

C’est bel et bien un conflit de classes qui s’exprime de manière de moins en moins dissimulée. La classe bourgeoise dominante a tout intérêt à désirer un Etat fort qui utilise la police, son bras armé répressif, pour mater toute contestation qui ne va pas dans le sens de ses intérêts, et qui pourrait à terme la faire vaciller. En ce sens, dans cette liste non exhaustive de réactions plus réactionnaires et dangereuses les unes que les autres, il n’est pas anodin de retrouver la fine fleur du capitalisme en la personne de Pascal Beuvelet, président d’In&Fi Crédits, membre fondateur du réseau Century 21, cracher son venin à la figure de l’exécutif depuis son compte Twitter : « Un Pouvoir de pleutres qui s’acharnent à utiliser toutes les raisons possibles pour ne pas à avoir à user de la force légitime pour assurer notre sécurité et faire respecter le droit de propriété ».

« Le général De Gaulle doit se retourner dans sa tombe », ou l’incantation d’un renforcement du bonapartisme

La réaction alarmiste d’Eric Woerth pour qui « la décision d’Etat aujourd’hui ne pèse plus rien », illustre cette dénonciation d’un prétendu laxisme du gouvernement. Surtout, ce dernier exprime sa nostalgie pour le bonapartisme post-seconde guerre mondiale. Rien d’étonnant dès lors que l’ancien ministre du budget s’exclame : « Le général De Gaulle doit se retourner dans sa tombe pour tout vous dire. ». Pour rappel, à l’époque en 1958, le général De Gaulle est appelé dans le contexte de la guerre d’Algérie, à pondre une nouvelle constitution qui s’avère être structurellement bonapartiste, c’est-à-dire avec un poids ultra-puissant de l’exécutif et du président en particulier. D’ailleurs, 10 ans plus tard, au moment de la poussée ouvrière et étudiante de mai 1968, ce dernier utilise un certain nombre de ressorts institutionnels de la Vème république.

Cependant, ne nous y trompons pas, le tournant bonapartiste faible apparu lors du quinquennat Hollande, précisément avec Manuel Valls en tant que ministre de l’Intérieur (été 2014 avec les premières interdictions de manifestations en solidarité avec le peuple palestinien), et qui a pu se manifester par la suite avec la répression contre la loi travail, l’utilisation du 49-3 et l’instauration de l’Etat d’urgence, est toujours d’actualité. Conjoncturellement, Emmanuel Macron s’efforce de stabiliser voire de consolider son propre bonapartisme. En ce sens, le scénario d’une possible répression sanglante n’est que simplement remis au 30 mars prochain. La droite dure et l’extrême droite sont, semble t-il, bien impatientes à l’idée de « casser du gauchiste ».




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