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Politique

Leurs guerres, nos morts...

« Nous sommes en guerre ». A qui la faute ?

Nous republions ici un article paru en hiver 2015 à propos des discours guerriers responsables politiques : de ceux d'Hollande et Sarkozy après le Bataclan à ceux de Fillon et Le Pen avant ces présidentielles, retour sur le discours "nous sommes en guerre".

« C’est la faute de Hollande, c’est la faute de votre président, il n’a pas à intervenir en Syrie » aurait crié un des assaillants du Bataclan ce dramatique soir du 13 novembre selon un témoin. De quoi s’interroger sur les raisons qui font que la France soit devenue la cible principale de cette aberration monstrueuse qu’est Daesh.

Alliés hier, ennemis aujourd’hui

Depuis le début des années 2000, l’Etat français a multiplié sa participation à des interventions impérialistes au Proche Orient et en Afrique. L’arrivée d’Hollande et du Parti Socialiste au gouvernement n’a fait qu’empirer les choses, avec une moyenne d’une nouvelle intervention tous les ans. La France est ainsi devenue, aux côtés des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, le pays le plus impliqué dans des conflits et occupations militaires dans cette région.

Et la guerre a ses propres logiques, les alliés d’hier deviennent les ennemis d’aujourd’hui. On a souvent parlé de comment les Etats-Unis ont armé ce qu’allait devenir Al Qaïda contre l’URSS à la fin des années 1980, avant qu’ils ne se retournent contre eux par la suite. De même, il est impossible de concevoir le surgissement de Daesh sans les guerres en Irak, Syrie et Libye. Pour ce qui est de la Libye, l’intervention militaire française a enfoncé le pays dans des conflits ethniques et politiques, après avoir exporté son arsenal dans toute l’Afrique. De même, Daesh n’existerait pas sans la destruction de l’Irak par la coalition dirigée par les Etats-Unis et la dislocation des secteurs sunnites de toutes les sphères du pouvoir, après un conflit avec les chiites instrumentalisé par les Etats-Unis afin de contrecarrer l’échec de l’occupation militaire.

Dans l’ensemble du Proche Orient, la rupture de l’équilibre géopolitique historique et l’échec des interventions impérialistes est ainsi à l’origine du chaos actuel. De façon directe ou indirecte c’est ainsi les puissances impérialistes et leurs alliés régionaux (la Turquie, le Qatar, l’Arabie Saoudite) qui ont armé et entraîné chacun des groupes terroristes à un moment donné pour les dresser au service de leurs propres intérêts et contre leurs adversaires dans la région, en particulier l’Iran.

A ce tableau s’ajoute le soutien sans aucune retenue de la France à la politique de l’ultra-droite israélienne lors de la guerre de Gaza en 2014 ou encore le fait que Paris vende des armes de guerre et ouvre grands les bras aux investisseurs des pétromonarchies du Golfe, Arabie Saoudite en tête, alors même que celle-ci financent historiquement des organisations terroristes sunnites. On peut penser également au régime d’Erdogan en Turquie, qui n’hésite pas à bombarder, en totale impunité, ceux qui à Kobané combattent Daesh les armes à la main. Le but étant, pour la France comme pour les autres puissances impérialistes et pour leurs alliés régionaux, d’obtenir un nouvel équilibre réactionnaire, une issue contre-révolutionnaire au printemps arabe.

Cette guerre n’est pas la nôtre

Ce n’est donc pas du fait des travailleurs et des classes populaires si la France se retrouve visée par des attaques de Daesh, c’est le résultat de la politique menée à l’étranger par les mêmes qui s’attaquent en France aux droits et aux conditions de vie des exploités. Les mêmes qui mènent depuis des mois ici leur propre « terrorisme » contre les migrants qui fuient leurs guerres.

Leurs guerres sont un jeu de dupes où chaque geste est déterminé par des intérêts qui n’ont rien à voir avec ceux des travailleurs. Être en première ligne pour contenir et détourner le printemps arabe, puis en Syrie pour s’assurer une place dans la table des négociations, tout en faisant attention à ce que les frappes « chirurgicales » sur Daesh ne finissent pas par bénéficier à la Russie et l’Iran. Et ici comme là-bas c’est très majoritairement des civils qui en paient les frais (n’oublions pas qu’en Syrie par exemple la moyenne de morts depuis 2011 équivaut à un attentat comme celui d’hier par jour).

Notre union est de classe et internationale

On voit déjà venir les appels à « l’union nationale », la défense des « valeurs républicaines », la recherche des boucs émissaires. Les premières réactions à droite et à l’extrême-droite montrent à quel point ceux-ci ont l’intention de transformer leur « guerre » en guerre contre les migrants et les populations d’origine musulmane.

Ne nous trompons pas de combat. Il n’y a pas de choc des civilisations, mais une réponse barbare à des interventions militaires tout aussi barbares. La seule réponse qui puisse être la nôtre est celle de l’unité de notre classe par-delà les origines et confessions, contre ceux qui mènent contre nous une véritable guerre sociale et osent maintenant nous parler « d’intérêts communs ».

La riposte guerrière et impérialiste ne fait qu’aggraver les choses, comme le démontrent tragiquement les événements de ce 13 novembre. Il n’y aura pas d’issue à la crise que traverse le Proche Orient sans le retrait des troupes impérialistes, la fin de régimes barbares « amis » de l’Occident comme la monarchie saoudienne ou la dictature égyptienne et sans résoudre le problème palestinien par la fin de l’occupation et de l’état sionistes. En d’autres mots, c’est un nouveau « printemps » des travailleurs et des classes populaires du monde arabe, combattant à la fois la barbarie impérialiste et ses reflets décomposés, qu’il faudrait. Et c’est de ce côté en tout cas que se situent nos « intérêts communs » et que nous chercherons à construire « l’union ».




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