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Ouverture à huit clos du procès d’Ahed Tamimi devant un tribunal militaire israélien

Le tribunal militaire qui juge la jeune palestinienne a empêché l'entrée des journalistes. L'avocat d'Ahed dénonce la volonté de cacher les effets de l'occupation illégale israélienne. Malgré ce procès joué d'avance, Ahed est devenu le symbole de la résistance de cette jeunesse palestinienne et de l'injustice de l'occupation israëlienne.

Ce mardi, s’est ouvert le procès d’Ahed Tamimi, la jeune palestinienne emprisonnée depuis le mois décembre pour avoir giflé un soldat israélien juste après que son cousin se soit fait fracasser le crâne par une balle en caoutchouc israélienne tirée à bout portant. Pas moins de douze chefs d’accusations sont retenus contre elle, comme incitation à la violence, jet de pierre sur des patrouilles militaires, violence aggravée sur militaire... Elle risque jusqu’à sept ans de prison.

Le tribunal militaire qui juge l’adolescente a interdit la présence des médias lors des audiences. Ainsi, il empêche au monde de voir le procès qu’intente l’Etat colonialiste israélien sur la jeunesse palestinienne qui a osé relever la tête, dans le contexte de l’amplification de la colonisation israélienne et de la provocation de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale israélienne.

C’est le journal de gauche israélien Haaratz qui a dévoilé l’information ce mardi. Ils y expliquent que la raison avancée par le tribunal est de protéger Ahed Tamimi puisqu’elle est mineure. Un cynisme à vomir lorsque l’on sait que son jeune âge n’a pas empêché Tsahal de venir l’interpeller chez ses parents en pleine nuit et de la maintenir en détention arbitraire depuis deux mois. Que sa jeunesse cela n’a pas empêche le ministre de l’éducation Naftali Bennett, de dire publiquement qu’il espérait qu’elle « [finisse] ses jours en prison ».

Rapporté par BFM TV, Miri Regev, ministre israélienne de la Culture et des Sports, a, quant à elle expliqué qu’Ahed n’est « pas une petite fille » mais « une terroriste ».« Elle n’a pas sa place dans notre pays ni ailleurs. Et ceux qui l’ont créée sont des extrémistes, des gauchistes venus de l’étranger qui essaient de faire coexister tous les citoyens dans le même pays, mais ça ne marchera pas ». Des prises de positions d’une extrême violence, qui donne le ton du climat politique et médiatique qui entoure le jugement de Ahed.

Un procès joué d’avance

L’avocate d’ Ahed Tamimi, Gaby Lasky, a critiqué la décision du tribunal d’avoir fermé l’accès au procès aux journalistes.« Même si l’accusation a dit qu’ils s’en moquaient, le [juge] a décidé de fermer les portes parce qu’il pense que c’est mauvais pour Ahed. » Or, l’avocate explique que c’est surtout parce que la médiatisation du procès serait mauvais pour le tribunal qui par là essaye de cacher ce qu’est l’occupation illégale des territoires palestiniens et la répression du peuple palestinien et en particulier sa jeunesse.

Le cas d’Ahed Tamimi illustre celui des plus de 350 mineurs palestiniens qui ont été jugés par des tribunaux militaires et qui sont aujourd’hui en prison. Passer devant un tribunal militaire israélien signifie une condamnation obligatoire pour un palestinien. Tous les procès de palestinien se font devant un tribunal militaire et dans 99,7% des cas jugés, il y a condamnation. Et ce chiffre ne prend bien évidemment pas en compte tous les prisonniers palestiniens emprisonnés sans inculpation et sans jugement, plus de 450 personnes.

Le père d’Ahed, Bassem Tamimi, militant de toujours contre l’occupation israélienne, ne se fait pas d’illusion sur la condamnation de sa fille. D’ailleurs il explique que la prison est une étape du combat palestinien, comme il l’a déclaré lors de la conférence de presse : « Ce n’est pas un lourd tribut d’être emprisonné ou même tué pour défendre sa liberté et la justice, ou sa dignité. Changer l’opinion mondiale vaut bien un ou deux ans de prison, ce n’est pas si cher payé ».

La famille Tamimi paye, comme beaucoup de familles palestiniennes, un lourd tribu pour lutter contre la colonisation de la Palestine par l’État sioniste. Le cousin de 15ans d’Ahed a prit une balle en caoutchouc dans la tête et a eu plusieurs fractures du crâne, sa mère et sa cousine ont été arrêtées, un autre de ses cousins a été abattu par Tsahal d’une balle dans la cou.

Ahed Tamimi s’est transformée, avec ses actions de protestation, en symbole contre l’occupation de l’armée israélienne. Elle est devenu le symbole de la rage d’un peuple devant les milliers de meurtres perpétrés par l’État israélien envers le peuple palestinien. Dans une tribune du 31 décembre publiée dans le journal Haaretz et relayé par Le Monde, Bassem Tamimi expliquait que sa fille incarnait une nouvelle génération de« combattants de la liberté », qui ont deux tâches devant eux : « D’une part , ils ont le devoir, bien sûr, de continuer à défier et combattre le colonialisme israélien dans lequel ils sont nés, jusqu’au jour de son effondrement. D’autre part, ils doivent affronter courageusement la stagnation politique et la dégénérescence qui s’est répandue parmi nous. » Ahed Tamimi est devenu une figure de la résistance et la campagne de soutien envers elle et tous les prisonniers palestiniens continue de s’étendre et s’étend aujourd’hui au-delà des frontières autour d’un seul et précieux cri : Liberté !

photo credit : AHMAD GHARABLI / AFP




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