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Monde

Plusieurs milliers devant l’Assemblée

Portugal. Grève massive des professeurs pour la fin du gel des points des carrières

Mercredi 15 Novembre les enseignants étaient majoritairement en grève au Portugal. Ceux-ci protestent -entre autres- pour la fin du gel de leurs points de carrière. Une grève jugée « historique » par les syndicats des professeurs, suivie à 90% sur tout le territoire dès la matinée tandis que de nombreuses écoles étaient closes. À 11 heures ces derniers se sont rassemblés par milliers devant l’Assemblée alors qu’au même moment avaient lieu les négociations autour du budget de l’Education pour 2018.

Crédits : Nuno Ferreira Santos

Une grève « historique » des professeurs

Mercredi matin, 90 % des enseignants étaient en grève dans tout le pays selon la Fédération Nationale des Professeurs (Fenprof). De nombreuses écoles maternelles et primaires, mais aussi des collèges et des lycées étaient fermés. Les organisations d’enseignants ont ainsi qualifié cette grève « d’historique » dans le secteur de l’éducation et comme étant la plus massive de cette décennie. La grève, appelée par tous les syndicats de professeurs, a été très suivie notamment dans les régions de Braga, de Porto, Vila Real, Coimbra, Aveiro, Lisbonne, dans l’Algarve ou encore à Madère. « Pour qu’une grève de professeurs fasse fermer les écoles, c’est qu’il y a vraiment une adhésion extraordinaire » explique Mário Nogueira, secrétaire-général de la Fenprof.

Devant l’Assemblée, un tableau affiche la liste des écoles en grève. Crédits : Fenprof

Reprendre ce que les mesures d’austérité ont arraché

Et pour cause, voilà près de 10 ans qu’au Portugal les professeurs ne peuvent progresser dans leur carrière et que leurs points sont gelés. Une mesure qui a des conséquences sur la valorisation de leur salaire ainsi que sur leur affectation. En début d’année scolaire, de nombreux professeurs avaient également protesté suite aux résultats des affectations, effectuées de manière archaïque et qui obligent certains fonctionnaires à parcourir chaque jour plusieurs centaines de kilomètres entre leur lieu de travail et leur domicile. Ce gel des points de carrière est une mesure qu’on doit aux contre-réformes liées à l’austérité et qui a été appliquée consécutivement par les gouvernements de José Socrates (PS) et de Pedro Passos Coelho (PSD, centre-droit) pendant près d’une décennie. Le dégel faisait partie des promesses du nouveau gouvernement PS pour 2018 qui cherche, à travers son appui par les partis à sa gauche (ce qu’on appelle la « geringonça ») à se racheter une image progressiste. Mais également et surtout parce que, sous une stabilité de façade, ce que le gouvernement craint réellement c’est l’impatience et le ras-le-bol de la population après une décennie de violence sociale et économique orchestrée par les différents gouvernements et la Troïka. En cela, les professeurs qui représentent un sixième de la fonction publique et un septième de la masse salariale portugaise sont un secteur particulièrement important.

Dès 11 heures des milliers de professeurs se sont rendus devant l’Assemblée lors des débats concernant le budget de l’Education pour 2018. Une manifestation jugée décisive pour peser sur les négociations budgétaires, les professeurs étant bien déterminés à récupérer ce qui leur a été nié pendant l’austérité. Un rassemblement offensif, avec des mots d’ordre comme « non au gel » « les professeurs méritent le respect » « la lutte continue, les professeurs sont dans la rue » ainsi que des slogans en défense d’une éducation de qualité pour tous. Certains cortèges ont également chanté « Grandola Vila Morena » chanson emblématique de la révolution des œillets de 1974. Et pour cause, l’éducation tout comme la santé sont des secteurs qui constituent le patrimoine fondamental des acquis de cette révolution et auxquels la population portugaise est particulièrement attachée.

Pendant le rassemblement a été approuvé par près de dix mille professeurs selon la Fenprof, une résolution exigeant le calcul intégral du temps de service effectué afin de réévaluer leur carrière, du moins progressivement. A cela s’ajoutent des revendications en relation avec les horaires de travail, le régime des retraites et en faveur d’un régime d’affectation avec des concours d’accès « justes et transparents » pour tous les professeurs.

Crédits : Fenprof

Refus du gouvernement

Mardi, la Fenprof et la Fédération Nationale des Professeurs (FNE) se sont réunies avec le gouvernement. Le premier ministre António Costa, bien qu’aillant affirmer que « les revendications des professeurs étaient légitimes » se refuse encore à décongeler les neuf ans de points sous prétexte que cela serait impossible juridiquement. Par ailleurs, la secrétaire d’Etat Alexandra Leitão a annoncé au sujet du budget de l’Education qu’il ne comprendrait pas d’indemnisation concernant les 9 ans de gel car cela couterait trop cher à l’Etat. Jeudi prochain, de nouvelles réunions auront lieu entre les syndicats d’enseignants et le gouvernement. Au vu de la situation il se peut également que de nouveaux rassemblements aient lieu au cours des prochaines semaines.




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