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Genres et Sexualités

Point Godwin

Pour Zemmour, le hashtag #Balancetonporc ressemble à « dénonce un juif »

Invité ce mardi 17 sur l’antenne d’Europe 1, Eric Zemmour a atteint un nouveau sommet d’ineptie. Alors qu’on l’interrogeait sur le #balancetonporc, celui-ci a comparé les milliers de femmes qui brisent le silence des violences de genre qu’elles subissent, à des dénonciations de juif aux autorités pendant l’occupation nazie.

Ben moi, vous savez, dès que je vois une meute je me méfie, et là en plus c’est vraiment des méthodes étonnantes, de délation, c’est-à-dire pendant la guerre, on aurait dit de libérer la parole aussi : Dénonce ton juif, ça aurait été parfait.

Derrière le terme dégradant de « meute », pas surprenant dans la bouche d’un Zemmour, ce sont des milliers de femmes et de minorité de genres qui dénoncent sur les réseaux sociaux toutes les formes d’agressions qu’elles ont pu subir du fait de leur genre. En trois jours, depuis l’affaire Weinstein, ce sont plus de 16 000 témoignages qui ont été posté autour du #balancetonporc, et des #metoo qui fleurissent sur la toile, mettant en lumière la sinistre banalité que sont les harcèlements et les agressions sexuelles.

Zemmour, dont le machisme est bien connu, et même trop connu, en vient donc à dresser un parallèle entre les personnes qui expriment leur traumatismes et osent dénoncer leurs agresseurs publiquement avec ceux qui ont donné des juifs durant la guerre. On sait d’ores et déjà qui remportera le point Godwin de l’année. Un point Godwin remarquable d’absurdité et de mépris, qui met finalement l’accent sur le type de comportement que ce même hashtag dénonce : l’injonction faites aux femmes de subir en silence. Au moment donc où des milliers de personnes osent finalement briser le tabou des violences qu’elles subissent, un énième pur produit du patriarcat tente de culpabiliser cette démarche à grand coup de comparaison ne tenant pas debout, tant les deux sujets n’ont absolument rien à voir, ce qui n’est que la preuve de la faiblesse de son ‘raisonnement’. Zemmour tente perversement, et en vain, d’inverser le statut d’oppresseur et d’oppressée.

Les femmes c’est comme les pavés, à force de marcher dessus, on les prend sur la gueule.

Cette libération de la parole n’a rien à voir avec de la « délation », pour reprendre le mot employé par les compères Naulleau et Zemmour. Ce que dénonce tous ces messages, ce sont des expériences vécues, traumatisantes et qui par les milliers de voix individuelles montrent à quel point ces violences sont systémiques dans cette société patriarcale. Qualifier cela de « délation » c’est discréditer, délégitimer cette prise de parole et surtout rendre coupable les femmes qui osent parler car cela nuirait aux agresseurs. Mais cela montre aussi quelque part la peur qu’il y a du côté des oppresseurs de voir les femmes, auparavant victimes silencieuses, se réappropriaient leur propre histoire et la crier haut et fort, de replacer la honte du côté des agresseurs et de mettre en commun ce qui était placé sous omerta.

La droite ultra-réactionnaire dont Zemmour est le digne représentant n’a en aucun cas souhaité voir se mener une telle campagne sur les réseaux sociaux. Valeurs Actuelles expliquait cette semaine dans un article qu’il aurait fallu être bien plus promptes à dénoncer les hommes racisés du quartier de la Chapelle il y a quelques mois au lieu de se lamenter sur son sort. « Tous les hommes ne méritent certainement pas ce procès que leur fait sans cesse le “féminisme” » tente de justifier l’extrême-droite (comprendre les hommes blancs et riches ne sont pas concernés). Et voilà qu’un simple hashtag montre que la violence de genre est partout, et qu’elle n’a pas de couleur de peau ou de classe sociale.

Que Eric Zemmour soit un réactionnaire, dégoulinant de haine, de contentement de soi et de mépris, suintant par tous ses pores la misogynie, est une chose, pas nouvelle qui plus est, il n’est que le produit rance de cette société patriarcale. Ce qui est finalement choquant c’est que ce genre de « porc », qui est bien précisément un de ces immondes vecteur de l’oppression féminine, soit encore une fois invité à donner son avis publiquement, dans cette logique du buzz qui ne vise qu’à faire de l’audience et qui ne fait que nourrir l’idéologie patriarcale et renforcer ce système oppressif face à ces femmes qui osent lever le voile sur la réalité à laquelle elles sont confrontées.




Mots-clés

#MeToo   /    Violences faites aux femmes   /    Extrême-droite   /    Genres et Sexualités