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Procès de la dictature : les militants Ford reçoivent le soutien de P.Poutou

Le 19 décembre commençait le procès de deux dirigeants de l’usine Ford de Pacheco (province de Buenos Aires) pour complicité lors de la dictature. A l’intérieur même de l’usine a fonctionné un centre clandestin de séquestration et de torture depuis le 26 mars 1976.

Les deux accusés sont Pedro Müller et Hector Francisco Sibilla. Le premier était gérant de manufactures et deuxième dans l’échelle hiérarchique de l’entreprise. Sibilla, un ancien lieutenant colonel à la retraite et Chef de sécurité de l’usine, qui comme le dénoncent les survivants, participait personnellement aux tortures. Il y a un troisième accusé le Général Santiago Omar Riveros, qui a été déjà condamné par crimes contre l’Humanité et qui a argué de problèmes de santé pour ne pas se présenter à l’audience.

Le début du procès a été retardé plusieurs fois, les faits on eu lieu il y a plus de 40 ans, c’est pour cela que les autres deux accusés, morts entre temps, ne seront pas jugés (Guillermo Galarraga et Nicolás Courrard).

Le procès a commencé par la lecture des chefs d’accusation où il est décrit et démontré comment Ford Motor Company Argentine a agit en collaboration avec l’armée et les diverses forces de répression pour mener à bien le plan génocidaire.

Les survivants ont été la plus part du temps enlevés dans leurs postes de travail et « amenés » au centre clandestin que la multinationale avait dans les locaux « El Quincho ». Tous ont été détenus et torturés puis transférés au commissariat de police N°1 de Tigre (ville proche de l’usine), et plus tard détenus à la prison Unité N°9 de La Plata ou à celle de Sierra Chica.

Parmi les informations qui ont émergées de la lecture des dossiers, on peut voir que la Ford a fourni les voitures Falcon et camionnettes F-100 pour que les forces répressives réalisent les « transferts » et a aussi fourni les dossiers personnels de travailleurs pour effectuer les enlèvements.

Les travailleurs de Ford à l’époque, et de bien d’autres usines faisaient partie de ce qu’on appelait « Coordinadoras interfabriles » des embryons de soviets, et se sont également battus pour des meilleures conditions de travail, car beaucoup étaient morts très jeunes et peu après leur entrée dans l’usine. Par exemple, dans le secteur de peinture Ford, la contamination au plomb coûtait la vie aux travailleurs en très peu de temps et la lutte pour la santé et les conditions de travail était centrale. Il y a parmi les 25 séquestrés trois qui n’ont jamais réapparus, ils font parti des 30.000 disparus de la dictature.

Un peu d’histoire

L’histoire des rébellions ouvrières en Argentine est très riche, mais on peut dire que c’est le « cordobazo » une insurrection qui a eu lieu à Cordoba, troisième ville du pays, le 29 et 30 mai 1969, où ouvriers des grandes usines comme Fiat, Renault parmi d’autres, étudiants, et la population en général s’insurge contre la dictature du Général Onganía, prenant le contrôle de la ville pendant quatre jours, il fut nécessaire l’intervention de l’armée pour mettre fin à cette situation. Quelques jours avant, durant ce même mois de mai autre ville s’insurgea, Rosario, la deuxième en population, elle aussi avait une banlieue très industrielle, donnant ce qu’on appelle « rosariazo ». Cette tendance à la rébellion c’est répandue dans tout le pays jusqu’à 1972 : Tucumán, La Plata, San Luis, Mendoza, Bahia Blanca, Corrientes, Río Negro.

Le « Cordobazo » a montré les limites de la mise en œuvre d’une politique que seulement satisfaisait les intérêts de la bourgeoisie nationale et de l’impérialisme, et a marqué l’échec du gouvernement d’Onganía.

En 1969 le "Cordobazo" ouvre une étape de montée en puissance de la mobilisation ouvrière et populaire, du déploiement d’une autonomie croissante et de grande combativité, et l’émergence d’organisations indépendantes du gouvernement et des patrons, d’affirmation d’une avant-garde révolutionnaire et de tendances profondes à l’unité ouvrière et populaire.

De ces faits, la dictature c’est vue obligée à appeler aux élections de mars 1973, qui donna la victoire à la liste péroniste Campora-Solano Lima, qui fut remplacée par la formule Juan D.Perón-María Isabel Martinez de Perón en septembre de la même année. L’idée de la bourgeoisie était de se servir de Perón pour freiner et dévier la tendance du prolétariat à l’indépendance par rapport aux partis patronaux, et vis-à-vis des syndicats péronistes, mais le gouvernement péroniste ne réussit pas à enrayer la situation. Peron et son ministre de la Sécurité Sociale, José Lopez Rega créent la Triple A (Alianza Anticomunista Argentina) responsable de plus de 1.500 séquestrations et assassinats, comme le massacre de La Plata ou huit militants du PST furent séquestrés, torturés et assassinés, ou celui de Ficher et Buffano, militants du PO, les deux délégués syndicaux de l’usine Miluz, ou encore celui de l’avocat défenseur de prisonniers politiques Ortega Peña.

Dans le contexte de l’approfondissement de la crise politique et économique, en juin 1975, le gouvernement d’Isabel Perón met fin au pacte social et Celestino Rodrigo, ministre de l’Économie, annonce un ensemble de mesures imposant une nouvelle orientation économique qui profite directement aux secteurs les plus concentrés du capital, en essayant de renverser la crise économique et de permettre une nouvelle phase d’accumulation capitaliste à travers une offensive contre les travailleurs. Una dévaluation du peso par rapport au dollar de 100%, les augmentations des prix des carburants de 100%, de l’électricité de 175% et tout le reste des biens de consommation. Et d’autre part, l’annulation des accords d’augmentations salariales les limitant à 45% pour tous les travailleurs. Ces mesures déclenchent une énorme mobilisation des travailleurs, connues comme les journées de juin-juillet de 1975.
Cependant, la vaste mobilisation oblige la CGT à appeler à une grève dans la capitale et Grand Buenos Aires le 27 juin. La bureaucratie syndicale s’est vue obligée à convoquer ses bases à la Plaza de Mayo, mais en appui à la présidente.
Les travailleurs du Grand Buenos Aires arrêtent massivement le travail et marchent vers la capitale. A midi, la Plaza de Mayo est pleine et la grève limitée de la CGT devient générale.

Dans ce processus, les « Coordinadoras Interfabriles » du Grand Buenos Aires, la capitale fédérale et certaines villes de l’intérieur se renforcent. Ces « Coordinadoras Interabriles » sont des vrais embryons de soviets.

Les « coordinadoras » de la Capitale Fédérale et du Grand Buenos Aires mettent en place la première séance plénière de syndicats et commissions de délégués en lutte, avec de représentants de toutes les grandes et moyennes entreprises qui discutent d’un programme de lutte contre la décision gouvernementale de ne pas reconnaitre les accords passes entre les syndicats et les organisation patronales.
Face à la mobilisation des travailleurs et aux grèves factuelles, la CGT s’est vue obligée à déclarer la grève générale du 7 et 8 juillet. La grève est totale. Le gouvernement recule et après le premier jour de grève annonce l’homologation des accords. Cette énorme crise au sein du gouvernement péroniste, du régime, et même du système capitaliste, est une démonstration de la centralité de la classe ouvrière, et de ses méthodes de lutte, la grève, l’occupation des usines et de l’espace public.

Ces journées de lutte où le prolétariat argentin montra une énorme indépendance par rapport aux bureaucraties syndicales et au parti péroniste, ainsi que une tendance au front unique ouvrier, décidèrent à la bourgeoisie argentine, le Département d’état américain et l’armée de réaliser le coup d’état du 24 mars de 1976. Le parti péroniste n’était plus l’outil idéal pour freiner et dévier les luttes du prolétariat. C’est la montée de la lutte et l’organisation ouvrière qui explique la brutale répression et sa séquelle de 30.000 disparus (dont l’immense majorité des activistes ouvriers et des étudiants) et non les actions de la guérilla ni une guerre civile comme ils essayent de faire croire.




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