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Genres et Sexualités

Affaire Harvey Weinstein

Quand s’ouvre la boite de pandore des violences sexuelles à Hollywood

« Félicitations à vous Mesdames, qui n’aurez plus désormais à prétendre être attirées par Harvey Weinstein » s’amusait Seth MacFarlane à la cérémonie de remise des Oscars de 2013 aux actrices nominées. La blague fait rire toute la salle aux éclats, et les millions de personnes qui regardent la cérémonie à la télé. À l’heure où, d’Hillary Clinton à l’Académie des Oscars, en passant par le Festival de Cannes et Quentin Tarantino, tout le monde multiplie les déclarations officielles, et crie haut et fort son choc, difficile pourtant de dire « on ne savait pas ». Et pour ceux qui ne connaissaient rien du cas de Weinstein, qui se dirait étonné que les actrices, et plus généralement les femmes soient traitées comme de la viande à Hollywood ? Une réalité connue et acceptée par tous, que l’affaire Harvey Weinstein contribue à révéler au grand jour.

Crédits photos : EPA/MAXPPP

28 femmes déclarent avoir été agressées sexuellement par Weinstein

Le scandale explose le 5 octobre, à la suite d’un article paru dans le New York Times, dans lequel plusieurs femmes déclarent avoir été violées, avoir subi des attouchements ou des tentatives de viol de la part du producteur le plus puissant et acclamé d’Hollywood. Depuis, la liste des femmes qui annoncent avoir elles aussi été les victimes de Weinstein ne cesse de s’allonger. Asia Argento, Angelina Joly, Gwyneth Paltrow, Rose McGowan, Eva Green, Rosanna Arquette, Léa Seydoux, Cara Delevingne, comptent parmi les plus célèbres. À elles viennent s’ajouter chaque jour de nouveaux noms, parmi les femmes, actrices, mannequins, assistantes, employées, qui ont côtoyé Weinstein. Elles racontent des fellations forcées, des massages imposés par le producteur qui revenait soudainement nu dans la pièce, des attouchements, et des menaces physiques et de représailles quand elles tentaient de s’échapper. Plusieurs témoignent avoir vu leur carrière être entravée quand elles ont voulu dénoncer Weinstein.

Les viols et le harcèlement couverts par tous, des médias aux conseils d’administration

De nombreuses femmes auraient reçu des compensations financières pour ne pas divulguer les agressions subies. Rose McGowan notamment ne peut rien révéler sur ce qu’elle a vécu, car elle a conclu un « accord à l’amiable » avec Weinstein à hauteur de 100 000 dollars il y a des années, comme huit autres femmes qui l’avait attaqué en justice. La société de production d’Harvey Weinstein aurait géré à maintes reprises des affaires de harcèlement sexuel en approchant les victimes et les incitant à accepter des dédommagements financiers. Le recoupement des divers témoignages montre aujourd’hui qu’il s’agissait d’un système bien organisé, dans lequel avec la complicité d’hôtels, d’assistants, d’agents de voyages, etc. Weinstein attirait des femmes dans des lieux privés, en général des chambres, en leur faisant miroiter des espoirs de contrats, faisant passer ces rencontres pour des réunions de travail. On raconte même que des responsables de la Weinstein Company devaient attendre dans le hall de l’hôtel pour ensuite proposer contrats ou castings aux actrices. Le New York Times a ainsi révélé que le conseil d’administration de la Weinstein Company était au courant de ces accusations depuis au moins 2015, sans pour autant lancer une enquête en interne.

En 2015 la police reçoit un enregistrement où l’on entend Harvey Weinstein reconnaissant avoir attouché sexuellement la mannequin italienne Ambra Battilana Gutierrez, et faisant pression sur elle. Weinstein aurait pu être arrêté à ce moment là si le procureur de Manhattan , Cyril Vance –connu pour avoir abandonné les poursuites contre DSK– n’avait pas décidé de ne finalement pas le poursuivre.

Des accusations qui font tache d’huile

Depuis la parution de ces révélations, de nombreuses personnalités commencent par être éclaboussées par le scandale. Russell Crowe et Matt Damon sont accusés par la journaliste Sharon Waxman d’avoir contribué à cacher les pratiques de Weinstein. Ils l’auraient tous deux appelée pour l’engager à se taire alors qu’elle était sur le point de sortir une enquête à ce sujet en 2004. Elle accuse également le New York Times, qui a refusé de sortir l’affaire en 2004, d’avoir participé à l’omerta autour d’Harvey Weinstein. À son tour Ben Affleck s’est vu publiquement accusé de mentir par Rose McGowan sur Twitter. Après un message de la part de l’acteur disant son dégoût pour le producteur et qu’il faudrait « mieux protéger nos sœurs, amies, collègues et filles », l’ancienne actrice de Charmed, furieuse, a expliqué qu’il était au courant des agissements du producteur. Par la suite une comédienne et une jeune maquilleuse ont relaté avoir subi des attouchements de la part de l’acteur. Il a depuis du s’en excuser publiquement. Pour avoir dénoncé Weinstein et interpellé différents acteurs, Twitter a censuré Rose McGowan en suspendant son compte.

Des pratiques endémiques

L’affaire Harvey Weinstein loin d’être un cas isolé, apparaît comme le révélateur d’une réalité connue mais tue : celle d’hommes puissants, que tout protège et qui peuvent en toute impunité et à la vue de tous, des années durant, harceler et violer des dizaines de femmes. Comme Woody Allen, accusé d’avoir violé sa fille adoptive quand elle était encore enfant, par elle même, sa mère l’actrice Mia Farrow, et son frère Ronan Farrow (qui se trouve être l’auteur d’un des premiers articles sur Weinstein). Comme Roman Polanski, condamné aux États-Unis pour viol sur mineure. Comme Terry Richardson, célèbre photographe accusé d’agressions sexuelles sur les modèles qu’il shootait. Dans tous ces cas leurs crimes sont connus du grand public, et de la justice, ce qui n’a jamais empêché ces hommes de continuer leur vie sans être inquiétés, tout en continuant à être acclamés par la critique. En 2014 Ronan Farrow publiait une lettre ouverte dénonçant « la culture du silence et de l’impunité » régnant à Hollywood, en s’indignant qu’une fois de plus Woody Allen soit invité à Cannes dans l’indifférence de tous. Il y accusait les médias notamment pour leur dissimulation et leur silence, racontant sa bataille pour que son texte, refusé par tous les journaux, finisse par être publié. Encore une fois, les institutions, la justice comme les médias, révèlent leur caractère patriarcal, quand malgré les témoignages et les preuves, elles laissent s’en tirer des Weinstein ou des DSK, et mettent en prison les Jacqueline Sauvage.




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