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Notre classe

En réponse au fameux « coût » que je suis devenue

RSA et obligation de bénévolat : le "retour aux travaux forcés pour occuper les pauvres", une mère de famille répond.

Est-ce un travail d’intérêt général que de se rendre contraint et forcé en association afin de pratiquer sept heures de bénévolat ? Sous prétexte de lois pour nous sortir de notre quotidien et nous rendre indispensable au nom de qui ou de quoi ? Coutons-nous un « POGNON DE DINGUE » ? Achetons-nous de la vaisselle a 50.000 euros pour recevoir quelques 900 convives qui voyagent dans l’Elysée en y regardant des dessins au fonds de leurs assiettes ?

Je n’accepte pas cette notion de « coût ».

Obligation de faire du bénévolat, eh bien sachez que je n’ai pas attendu d’être dans la précarité et comme vous l’insinuez pour donner de mon temps à différentes associations, j’ai même eu la « richesse » d’être tuteur chien guide d’aveugles, alors que je disposais d’un travail en cdi à temps plein.

A présent je suis sans emploi ; et croyez-moi, être chômeur, ce n’est pas « chômer ». Nul besoin d’un retour aux travaux forcés pour les pauvres, ou de les envoyer casser des cailloux dans une association.
M’ennuyer, oh non Monsieur je n’ai fort heureusement pas le temps de m’ennuyer ; mes journées sont relativement les mêmes : je cours d’une administration a l’autre afin de faire valoir mes droits. Pensez-vous sérieusement que nous « inactifs » nous nous ennuyions ? Nous courons les administrations afin d’essayer d’avoir la place à l’emploi proposé celui où nous sommes parfois vingt à postuler, et vingt autres postuleront après, nous mettant en concurrence les uns contre les autres pour engraisser des patrons afin qu’ils gagnent du « pognon » !

Je n’ai pas attendu vos lois pour me rendre utile, et je n’en ai pas besoin.

Je continue mes actions bénévoles, entre autres, au sein d’une banque alimentaire bien connue, j’y passe bien plus de sept heures par semaines, afin de venir en aide à « ceux qui ne sont rien » comme vous le dites ! Et je n’y vais pas en trainant les pieds ni en soupirant j’y vais parce que j’ai choisi de donner de mon temps. En plus, il faut le demander : est-ce un emploi, ou même une porte ouverte à un futur emploi que de forcer les gens à travailler en association ? Je vous le dis : surement pas ! Et le bénévolat doit rester un don de soi, pas une occupation pour les gens sans emploi. Etre bénévole est un choix et non un travail forcé.
Demander aux bénéficiaires du RSA de faire du bénévolat, je trouve cela répugnant. Le bénévolat comparé à un TIG (travail d’intérêt général) ! Connaissez-vous seulement la définition d’un TIG ? Ce sont des personnes condamnées pour des faits et/ou des délits ! Les gens au RSA seraient-ils délictueux ?!
Une personne dans la précarité sans emploi au chômage et /ou au RSA est un individu délictueux pour vous ; or je ne peux accepter ni tolérer ces termes, nous passons sans cesse pour des moins que rien, des « cas sociaux » des précaires etc. la majorité n’a de cesse de nous humilier, de nous narguer, de nous écraser, et vous avez l’outrecuidance de nous assimiler à des délinquants, c’est inconcevable.

Tous les bénéficiaires d’aides sociales n’ont pas à être redevables. Nous n’avons pas à être insinués en ces termes, « fraudeurs du système » – voire délinquants ! Qui sont les vrais délinquants ? Ceux qui se paient des vaisselles à 50.000 euros ? Prennent des avions privées pour faire 100 kilomètres ? Ceux qui ne paient pas leurs impôts ? Délocalisent leurs usines ?

Nous ne voulons pas un retour aux travaux forcés pour occuper les « pauvres » qui sont considérés comme des délinquants. Nous ne voulons pas qu’une minorité de travailleurs s’épuisent dans des journées de dix ou douze heures pour une misère tandis qu’une autre partie plonge dans la misère et est considérée comme des « assistés » par un gouvernement plein de mépris. Car c’est encore une façon pour les patrons de diviser nos rangs, d’opposer ceux qui travaillent (les chanceux !), à ceux « qui profitent » des « allocations ».

Je suis au chômage, certes, mais je suis solidaire des travailleurs et travailleuses. Et la seule solution, ce n’est pas le retour aux travaux forcés pour les « pauvres » qui « s’ennuient », la seule solution c’est le partage du temps de travail, sans diminution de salaire, afin de permettre à tous de participer à l’activité sociale, s’intégrer, s’épanouir, et cesser d’opposer une frange des travailleurs à une autre.

Sachez, Monsieur qu’ayant travaillé en élevant mes trois enfants, qui étaient en garderie pendant que je cumulais plus de 40h semaine, dimanches et jours fériés compris, je payais les frais de cantine garderie et périscolaire multiplié par trois ! Cela ne coûte-t-il pas « un pognon de dingue » en ne percevant que le SMIC malgré des études et des diplômes ?

Je termine, Monsieur, pour vous préciser que je ne suis pas une « cynique », ni une « fainéante », comme j’ai pu a maintes reprises l’entendre, de la bouche même de votre Président, mais une chômeuse active (eh oui !), et qui parfois aimerait des journées de plus de 24h, car dormir est devenu un luxe. Pourtant je vis là ou la misère semble moins pénible au soleil : la Corse, là ou vous savez le taux de chômage, de précarité ou le seuil de pauvreté y dépassent d’autres villes de l’hexagone.

Voyez-vous monsieur il existe « en bas de chez vous » des femmes précaires mais heureuses, je ne voyage pas en regardant le fonds de mon assiette celle-ci étant blanche et sans reproches, le seul délit étant qu’elle n’est pas aussi remplie que la vôtre.

Je ne vous remercie pas ni de votre arrogance encore moins de votre mépris.

Crédits Image : REUTERS/Jacky Naegelen




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