Société

Le racisme contre du papier et des stylos

Racisme d’Etat : les récépissés contre les contrôles au faciès enterrés au Parlement

Publié le 30 juin 2016

C’est une revendication de longue date des associations des quartiers populaires qui luttent contre le contrôle au faciès des forces de l’ordre ; c’était aussi une « promesse de campagne » de François Hollande ; c’était un amendement de députés socialistes. Finalement, utilisant une procédure qui permet d’invalider un amendement s’il entraine des dépenses sans recettes, l’Etat, plus raciste que jamais, montre combien l’avis des forces de répression compte plus pour lui que l’égalité entre citoyens.

George Waters

Il s’agit avant tout de harceler les populations racisées

C’est le meilleur moyen pour la police de harceler les populations des quartiers les plus pauvres du territoire français : les contrôles d’identité à répétition, visant systématiquement les populations racisées. Acte discriminant, acte invisible, puisque le contrôle d’identité est selon la loi (qui est loin d’être respectée par les forces de l’ordre) le seul acte qui ne donne lieu à aucune preuve écrite. Le récépissé, sur lequel devait être indiqué le motif du contrôle, était visiblement problématique, étant donné qu’un contrôle doit se baser sur la suspicion d’infraction. Quand, à Paris, une personne « noire » est contrôlée 6 fois plus qu’un « blanc » et qu’un « arabe » 7,8 fois plus, on se demande bien où peut être le lien avec de possibles infractions, si ce n’est la couleur de peau.

Le gouvernement défend sa police raciste

La police a visiblement de plus en plus d’importance dans les décisions du gouvernement et du Parlement : « la police française est l’une des plus contrôlées au monde, avec 5 organismes d’évaluation de notre travail. Nous rajouter une 6ème couche ne serait absolument pas une avancée, au contraire », s’insurge Stanislas Gaudon, du syndicat de police Alliance.

Bernard Cazeneuve a excellé dans son habituel costume de ministre réactionnaire. Dès mars, il avait affirmé que le contrôle au faciès était un « phénomène tout à fait marginal », les abus n’existant que dans les esprits des « théoriciens patentés ». Comment expliquer que l’Etat ait été condamné par cinq fois pour contrôles discriminatoires en juin 2015 ? Il a ensuite rappelé que dans le contexte des attentats, la police pouvait tout faire, insistant sur le « lourd tribut  ?payé ? pour assurer la sécurité des Français » en référence aux assassinats de Magnanville. Un assassinat peut donc justifier un racisme généralisé.

Marylise Lebranchu, ancienne ministre du gouvernement, a tenté de façon désastreuse de justifier ces politiques dignes des Etats-Unis des années soixante : « il n’y a pas d’abus, il y a des habitudes » a-t-elle dit à propos de la plus haute fréquence de contrôle pour les racisés. Quand on sait qu’il y a entre 10 et 14 millions de contrôles par an, on peut donc se faire une idée de ce qu’est le harcèlement au quotidien.


L’hypocrisie du pouvoir : le récépissé couterait « trop cher »

Toute l’hypocrisie du pouvoir réside dans les moyens qu’il a mis en œuvre pour faire échouer l’amendement d’être voté. La commission des Finances a utilisé l’article 40 de Constitution, qui permet de déclarer irrecevable un amendement qui aurait« pour conséquence soit une diminution des ressources publiques, soit la création ou l’aggravation d’une charge publique ». En d’autres termes, l’amendement a pu être refusé car des stylos et du papier couteraient trop cher. Mais le gouvernement ne s’est pas arrêté là : des députés ont écrit de nouveaux amendements demandant une expérimentation à la charge des villes volontaires. Sous la pression de Cambadélis et du Parti « socialiste », le vote a finalement réussi à faire échouer cette avancée.

Vous vouliez un récépissé ? Vous serez filmé !

Cependant, le gouvernement n’en est pas resté là : ces débats ont beau concerner la loi « Egalité et Citoyenneté », Cazeneuve-super-flic a réussi à trouver de nouveaux joujous à ses toutous en bleu : un amendement a ensuite été voté sur les « caméras-piétons », c’est-à-dire de petites caméras GoPro fixées sur les policiers, qui sont censés filmer toute l’intervention ou le contrôle. Cependant, ce ne sera évidemment pas l’individu contrôlé qui décidera de ce qui est filmé ou non. Bien que ces caméras coutent près de 600 à 700€ l’unité, l’argument des dépenses supplémentaires n’a pas été utilisée ici : quand il s’agit d’armer la police, on trouve toujours de l’argent.

Cependant, on peut d’ores et déjà poser une question dont on a la réponse : combien de flics seront condamnés après une procédure mettant en cause leurs enregistrements ? Aucun, évidemment ! A de nombreuses reprises déjà, lors des procès concernant les manifestants contre la loi travail, les policiers de l’intervention portaient des GoPro ; à chaque fois, les images étaient manquantes, ou non recevables.