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Référendum sur l’indépendance : Les Kurdes ont voté et maintenant ?

Annoncé depuis juin dernier, le référendum sur l'indépendance du Kurdistan a bien eu lieu. Si les résultats ne sont pas encore connus, on peut d’ores et déjà miser sur la victoire du oui. Reste à savoir la réaction des pays voisins.

Crédit Photo : AFP

Les résultats ne seront connus que dans vingt-quatre heures, mais ils ne font aucun doute, la majorité des Kurdes étant favorable à l’indépendance. Les Kurdes sont dispatchés entre l’Irak, la Syrie, l’Iran et la Turquie. Ils n’ont jamais accepté le traité de Lausanne de 1923, qui les a privée d’un État indépendant sur les ruines de l’Empire ottoman alors que le traité de Sèvre de 1920 leur accordait. Depuis, ils ont subi déportations, massacres et bombardements notamment à l’arme chimique.

Un référendum sans surprise

Ce lundi, des millions de Kurdes ont mis un bulletin écrit en quatre langues (kurde, arabe, turc et assyrien) dans une urne pour répondre à cette question « Voulez-vous que le Kurdistan et les zones kurdes situées à l’extérieur de la région autonome deviennent un État indépendant ? » Le vote ne concerne pas que la région définie dans les frontières de 2003, mais aussi les zones que se disputent depuis lors Erbil et le gouvernement irakien comme Kirkouk riche en pétrole (40% des réserves irakienne). Ces zones, réclamées à la fois par Bagdad et Erbil, constituent l’un des principaux risques d’embrasement qui depuis 2014 se sont étendues. Les peshmergas qui ont lutté contre Daesh ont pris le contrôle de territoires, notamment dans la plaine de Ninive et les monts Sinjar, à la frontière syrienne.

« Tous les Kurdes sont pour l’indépendance, mais ce référendum m’inquiète. Personne ne sait ce qui va se passer après. Tous les pays voisins sont contre et nous menacent, ça peut mal tourner », explique Hussein un Kurde d’Erbil. Cette déclaration résume l’état d’esprit du peuple kurde aujourd’hui. Ils ne sont pas forcément d’accord sur la date choisie pour le scrutin, jugée précipitée et décidée par le seul Massoud Barzani. Ils s’inquiètent aussi des violentes réactions des pays voisins, l’Iran et la Turquie, et des menaces du pouvoir irakien. Mais aucun parti kurde, même le laïc Gorran, farouchement opposé au PDK, n’a appelé à voter « non ».

Les Kurdes qui étaient près à repousser le référendum exigeaient des garanties et une date précise pour la tenue du vote avant d’accepter de le décaler. Mais devant les non avancés des négociations il a été décidé de maintenir cette date du 25 septembre. Abdulrahman Nouri, conseiller du gouvernement kurde, explique cette décision ainsi, « les promesses ne nous suffisent plus. Nous voulons une garantie écrite et un processus supervisé par la communauté internationale. C’est terminé, nous ne vivrons plus en Irak comme les domestiques de Bagdad ».

Le gouvernement irakien montre les dents

Le référendum par le président de la région autonome et chef du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), Massoud Barzani, est contesté par tous les pays voisins notamment l’Irak. Ce lundi, son Parlement a exigé l’envoie de l’armée dans toutes les zones contrôlées par la région autonome du Kurdistan irakien. Un couvre-feu a été imposé lundi soir dans le centre de Kirkouk ainsi que dans les secteurs arabe et turkmène de cette ville du nord de l’Irak. Le Premier ministre, irakien, Haïdar al-Abadi, a déclaré qu’il était prêt à une riposte militaire, à prendre « les mesures nécessaires » pour préserver « l’unité du pays ». Il a expliqué que « prendre une décision unilatérale affectant l’unité de l’Irak et sa sécurité ainsi que la sécurité de la région avec un référendum de séparation est contre la Constitution et la paix civile ». La menace est claire.

« Un couvre-feu total »dans ces secteurs « a été imposé jusqu’à nouvel ordre sur décision du gouverneur [kurde] et du chef de la police de Kirkouk, pour contrôler la situation sécuritaire(…)et protéger les citoyens », a affirmé le colonel de police Afrasiyao Kader.

Le référendum est interdit par la Cour suprême irakienne et contesté par le Conseil de sécurité de l’ONU. Le seul gouvernement qui s’est prononcé en faveur du référendum kurde pour le moment est Israël qui espère que cela affaiblisse ses rivaux régionaux, notamment l’Iran. Ce dernier a interdit jusqu’à nouvel ordre tous les vols aériens avec le Kurdistan irakien, à la demande du gouvernement de Bagdad. Le gouvernement irakien a exigé aux kurdes le contrôle de ses postes-frontières et de ses aéroports et a incité les pays étrangers à traiter seulement avec l’Irak pour les achats de pétrole.

La Turquie prend également des mesures

L’Irak n’est pas la seule menace. L’Iran et la Turquie s’inquiètent de voir leurs minorités kurdes suivre le même exemple et ont pris des mesures.

La Turquie, qui a clairement menacé le Kurdistan irakien. Recep Tayyip Erdogan, le président turc a déclaré que « cette semaine, des mesures seront prises. Les entrées et sorties[à la frontière]seront fermées ». Il a également menacé d’un arrêt des exportations pétrolières, une mesure susceptible d’asphyxier l’économie du territoire. Vendredi, Ankara a qualifié le vote de « geste illégitime et inacceptable ». Devant le Parlement, le ministre de la Défense turc, Nurettin Canikli, l’a comparé à « une brique » qui, si elle est enlevée, peut faire s’effondrer « une structure bâtie sur des équilibres sensibles et fragiles », jusqu’à provoquer un conflit global. Depuis plusieurs semaines, l’armée turque enchaîne les manœuvres à la frontière irakienne. Des sanctions, blocus ou intervention militaire, sont en train d’être étudié notamment au niveau du pétrole. Erdogan a déclaré ceci : « voyons par quels canaux et à qui le Kurdistan irakien viendra son pétrole. Les vannes sont chez nous. Une fois que nous fermons les vannes, c’est fini ». En effet, la quasi-totalité des 600 000barils extraits chaque jour par le gouvernement kurde transite par un oléoduc qui débouche dans le port de Ceyhan, dans le sud de la Turquie.

On peut donc se demander jusqu’où peuvent aller les sanctions de l’Irak, de la Turquie et de l’Iran. Barzani qui cherche à renforcer son assise sur le kurdistan et avoir un meilleur rapport de force avec le gouvernement irakien, joue avec l’avenir du peuple kurde. Le président du gouvernement kurde a déclaré qu’une éventuelle victoire du « Oui » ne signifiait pas une déclaration d’indépendance immédiate. Dimanche, il s’est dit prêt à discuter : « Nous sommes prêts à avoir un long processus de dialogue après le référendum, un an, deux ans. Si nous voyons que les discussions sont constructives, nous pourrons leur donner plus de temps ». On voit bien qu’à travers ces déclarations, le sort du peuple kurde qui cherche à conquérir son indépendance depuis près d’un siècle n’est pas le but principal de Barzani qui comme la plupart des dirigeants kurdes se contentent de faire de petits arrangements entre amis.




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