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Politique

Une nouvelle cure d’austérité en prévision

Réforme de l’ISF, baisse des impôts sur les entreprises : le patronat se frotte les mains

Après avoir annoncé dans un premier temps le report de sa réforme fiscale, le gouvernement vient finalement de faire un virage à 180 degrés. Les mesures confirmées par Edouard Philippe dans une interview à paraître ce mercredi ont de quoi faire saliver le grand patronat.

Crédit photo : ETIENNE LAURENT / UNIT / A.F.P.

réforme fiscale faisait partie du programme de Macron lors de la présidentielle : réformer l’ISF pour le réduire aux seuls biens immobiliers dès 2018, baisser le taux d’imposition, notamment sur les entreprises et l’exonération de la taxe d’habitation pour 80% des ménages les plus modestes. Des réformes sur lesquelles le gouvernement semblait, pour des raisons tactiques, vouloir reculer, mais qui viennent finalement d’être confirmées et même amplifiées.
Cette volte-face s’explique largement par la pression mise par les milieux patronaux depuis l’annonce du recul de Macron. Après le discours de politique générale et l’annonce du report, les déclarations offensives se sont multipliées. A l’image d’abord de Pierre Gattaz qui a fustigé le recul du gouvernement. Des critiques qui se sont amplifiées lors des rencontres économiques d’Aix-en-Provence, qui ont rassemblé du 7 au 9 juillet le gratin du monde de l’entreprise et de la finance. « Dès le discours de politique générale, j’ai échangé intensément avec le président pour lui faire part de la défiance que ces annonces créaient, confie ainsi Mathieu Laine, patron de la société de conseil Altermind. La meilleure solution pour sortir de cette mauvaise passe était pour moi qu’il reprenne rapidement la main. Il m’a assuré dès vendredi qu’il le ferait. »
Ces critiques commençaient même à se propager dans son propre camp. A l’image de l’économiste Philippe Aghion, pourtant conseiller du président pendant sa campagne qui fustigeait une « grave erreur » : « L’enjeu est de baisser dès maintenant la fiscalité du capital pour faire revenir les investisseurs en France en profitant d’un moment de grâce où l’élection d’Emmanuel Macron a changé l’image du pays à l’étranger ». Selon l’entourage du président, c’est même Bruno Le Maire en personne qui aurait joué un rôle important et plaidé « pour aller plus vite, plus loin, plus fort » sur la réforme fiscale.
Et le message a été entendu. Par la voix de son premier ministre, le gouvernement a confirmé et même amplifié les annonces de la campagne dans un entretien aux Echos à paraître ce mercredi. Celui-ci maintient sa réforme de l’ISF et amplifie même les baisses d’impôts qui augmentent de 4 milliards. Si l’on n’en connait pas encore les contours précis, les grandes lignes déjà esquissées semblent ravir le grand patronat. Nul doute que cette mesure sera largement favorable aux grandes entreprises. Sur les 7 milliards de baisse prévus dans la version initiale, 6 étaient destinées aux entreprises par le biais du CICE.
Dans le même temps, Edouard Philippe annonce que les 3% de déficit budgétaire seront maintenus. Ces annonces préfigurent donc une coupe drastique dans le budget de l’Etat. D’autant plus que la réforme de la taxe d’habitation est également maintenue pour 2018. Ce sont donc 17 milliards que le gouvernement devra trouver dès l’année prochaine selon ses chiffrages. En attendant les chiffrages précis de réduction des budgets (sur lesquelles le gouvernement est beaucoup plus évasif), une chose est sûre : la cure d’austérité pour satisfaire les besoins du patronat est belle et bien en marche.




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