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Un climat de mépris colonial

Mayotte. Reprise de la grève pour « l’égalité réelle » 

Publié le 22 septembre 2016

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Des manifestantEs bloquant l’accès du village de Bandrele le 13 avril dernier. DR

La grève générale de deux semaines, du 30 mars au 15 avril de ce printemps contre la loi travail et pour « l’égalité réelle », avait obtenu... un certain nombre de promesses... Mais l’intersyndicale avait indiqué que si les promesses gouvernementales n’étaient pas tenues, la grève reprendrait.

Source
Jacques Chastaing

Hebdo L’Anticapitaliste - 351 (22/09/2016)

Un climat de mépris colonial


Le 13 juillet, un décret gouvernemental mettait en application le relevé de décisions du 15 avril 2016 signé entre le gouvernement et l’intersyndicale de Mayotte en accordant des reprises d’ancienneté à certaines catégories d’agents de la fonction publique. En effet, dans le département français de Mayotte, il n’est pas tenu compte de l’ancienneté de beaucoup de fonctionnaires qui ont travaillé sous différents régimes statutaires au gré des évolutions administratives de l’île. Or le décret de juillet ne s’appliquant pas à toutes les catégories de fonctionnaires, certains de ces derniers n’ont donc pas de « carrière ». En conséquence, certains fonctionnaires partent à la retraite avec des pensions en-dessous du minimum vieillesse ! Cette situation humainement inacceptable est ressentie comme coloniale tant elle ressemble à du mépris.

Cela s’ajoute, dans le même esprit colonial, au fait que la crise de recrutement notamment dans l’enseignement du second degré atteint une ampleur inédite. Il y a 42 % de contractuels dans le second degré, cela alors que la moyenne d’une académie métropolitaine est de 7,5 %... Et pire, il est fait appel à des contractuels métropolitains ou extérieurs en leur offrant cette année une prime d’installation de 10 000 euros alors que, jusqu’à aujourd’hui, les anciens et les titulaires locaux n’ont pas droit à cette indemnité !

Par ailleurs, vu le besoin crucial d’équipements publics, les enseignants demandent un plan de construction d’écoles pour mettre fin aux « rotations » puisque, faute d’écoles, certains établissements fonctionnent en « tournées » comme les équipes de l’industrie en 2-8. Est aussi demandé un plan de rénovation et d’équipement des établissements scolaires, des constructions de cantines scolaires car des enfants mangent encore par terre, des classes à 25 élèves, la reconnaissance des langues shimaoré et shiboushi comme langues régionales, et l’adaptation de la loi sur les nouveaux rythmes scolaires aux réalités et contraintes locales.
Mais il est aussi demandé une hausse du taux d’indexation des salaires au moins au niveau de celui de la Réunion (1,53) au lieu de 1,40 actuellement.

Des tensions sociales toujours vives


Par ailleurs, en plus des tensions migratoires, les conflits sociaux ne cessent pas. Ainsi, le 1er septembre, il y avait grève au centre pénitencier de Majicavo. Le 5 avait lieu une manifestation contre la fiscalité confiscatoire. Le 6, la mairie d’Acoua était bloquée pour son défaut d’éclairage public. Le 7, la mairie de Koungou était bloquée par les grévistes de la mairie. Le 8, c’était le quatrième jour de grève des employés du Conseil départemental, pour de meilleures conditions de travail, avec un piquet de grève de 70 personnes qui bloquaient le conseil, mais aussi 200 grévistes bloquant l’amphidrome et rendant la barge gratuite. Et le 13 septembre, les parents d’élèves occupaient l’école de Bouéni.

C’est pourquoi, dans la continuité de la grève d’avril, l’intersyndicale (CGT Mayotte, FAEN, FSU Mayotte, Solidaires, UD FO, SNUipp-FSU Mayotte et UIR CFDT) a décidé d’appeler à la grève reconductible de la fonction publique à partir du mardi 13 septembre pour généraliser la mesure de rétablissement de l’ancienneté à l’ensemble des fonctionnaires, notamment aux enseignantEs du 1er degré qui ont été aux avant-postes du mouvement d’avril 2016. Avec plus de 65 % de grévistes et plus d’une cinquantaine d’écoles fermées le mardi 13 septembre, les enseignantEs du premier degré ont suivi très massivement l’appel à la grève.

Le gouvernement promettant alors à nouveau qu’il allait étudier la question, l’intersyndicale a décidé de suspendre la grève, mais de maintenir la pression en reconduisant le mouvement le mardi 20 septembre. À suivre.