Genres et Sexualités

Nos corps, nos choix

Rotterdam. La mairie veut imposer la contraception obligatoire aux femmes « incompétentes »

Publié le 7 octobre 2016

Imposer la contraception aux femmes jugées « incapables » d’élever leurs enfants : c’est la proposition de loi qui a été soumise au conseil municipal de Rotterdam, Pays-Bas, pour « faire face » aux cas d’ « éducation négligée », ou du moins largement précaire, de certains enfants, menant régulièrement à leur mort. Pour la mairie, c’est aux femmes de payer le prix de ces conditions d’éducation indécentes.

Manon Véret

Cette proposition de loi viserait les prostituées, les toxicomanes, les sans-abri et les femmes atteintes de troubles psychiatriques, afin de limiter, selon la mairie, le nombre d’enfants grandissant dans une situation précaire. Toujours selon la mairie, dix à vingt femmes seraient concernées chaque année. Or, déjà 160 femmes dites « vulnérables » doivent suivre un « programme de prévention », qui les incite fortement à utiliser un contraceptif. Mais pour la ville, ce programme n’est plus suffisant. Elle pourrait désormais imposer le stérilet ou l’implant à toutes ces femmes jugées « incompétentes » à élever leurs enfants. La proposition d’une contraception obligatoire a été introduite une première fois en 2012, mais rejetée pour des raisons éthiques.

Si l’éthique a été invoquée, c’est bien parce que la contraception obligatoire touche du doigt une revendication féministe de longue date : la libre disposition de leur corps par les femmes. Elle est ici très remise en cause, des décennies après la victoire partielle de l’IVG, légale aux Pays-Bas depuis 1981 et remboursée depuis 1984. C’est en effet un contrôle sévère que la mairie de Rotterdam veut imposer à ses habitantes, qui n’auraient alors plus le choix d’avoir des enfants ou pas, et seraient soumises aux décisions de la municipalité. Mais résoudre la situation précaire dans laquelle grandissent ces enfants ne passera pas par le contrôle du corps de leur mère : c’est une manière de plus pour le système capitaliste de rejeter un problème structurel sur les femmes, et ici particulièrement les couches plus opprimées, les prostituées, sans-abris, alors réduites à l’asservissement de cette société. Pour que les enfants grandissent dans des conditions vivables, pour que toutes les femmes vivent de manière décente, il faudra d’abord s’attaquer à ce qui amène ces familles à vivre dans la précarité, qu’elle soit matérielle ou « éducative », car il faut bien voir que ces femmes « vulnérables » sont avant tout des victimes de la misère : s’attaquer au chômage de masse et à la pauvreté sera beaucoup plus efficace contre ces « éducations négligées » qu’introduire de force un stérilet ou un implant dans le corps des femmes. Que ce soit à Rotterdam, en Pologne (où la loi contre l’avortement a été rejetée après une mobilisation de forte ampleur) ou au Pérou (où la mobiliation #NiUnaMenos a donné la parole aux femmes victimes de violences), la lutte contre le patriarcat ne doit cesser : « Le soulèvement des femmes, c’est l’avenir humain ! »*

*Traduction de la chanson Bread and Roses par Nicolas-Marie Santonja