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Monde

Démission et retour en express

Saad Hariri de retour au Liban… et au pouvoir !

Le Premier Ministre libanais a suspendu son étrange démission dès son retour au pays du cèdre. Après un passage par la France et l’Egypte, il revient bien libre de ce qui paraissait être un exil forcé en Arabie Saoudite. Remis d’aplomb par le soutien renouvelé de Paris et des puissances occidentales, Hariri reprend la politique de statu quo confessionnelle au Liban, au grand dam de l’Arabie Saoudite.

Crédits photo : Saad Hariri le 22 novembre 2017 à Beyrouth, au Liban
Crédit : STR / AFP

D’UN RETOURNEMENT L’AUTRE

Saad Hariri est devenu Président du conseil des ministres libanais en 2009, héritant du siège de son père Rafiq Hariri, assassiné en 2005, après avoir hérité de son carnet d’adresses. L’homme d’affaires est un soutien notoire de l’Arabie Saoudite, leader de l’islam sunnite dans la région, et est un acteur important dans l’équilibre des forces entre chiites et sunnites au Moyen-Orient.

Financé et soutenu depuis des années par la famille Al-Saoud et son Etat pétrolier, Saad Hariri avait surpris son monde ces dernières semaines : après deux semaines d’un mystérieux exil à Riyad, il annonçait sa démission de la présidence du conseil des ministres du Liban. Si son entreprise rencontrait bel et bien des difficultés financières, et que le soutien qu’il recevait de l’Arabie Saoudite commençait à s’effriter, la soudaineté de l’annonce avait semblé suspecte à la plupart des commentateurs.

Sa démission express, forcée par Ryad, s’inscrit dans un jeu de puissance entre l’Arabie Saoudite et l’Iran dans la région. L’Arabie Saoudite qui souhaiterait voir la milice chiite, soutien de l’Iran, sortir du terrain syrien et se concentrer sur le Liban aurait cherché à déstabiliser le pays, en poussant Hariri, jugé trop conciliant vis-à-vis du Hezbollah chiite à la démission. D’où l’intervention de Paris.

Après un passage par la France, qui s’estime toujours être le « parrain » de la politique libanaise depuis la fin du mandat colonial de la SDN, une entrevue avec le président Macron qui a joué les modérateurs entre Beyrouth et Ryad, voilà que ce lundi, on apprenait qu’Hariri retournait au Liban, en passant tout d’abord par l’Egypte pour rencontrer le président al-Sissi. Ce dernier, bien forcé économiquement de s’allier à l’Arabie Saoudite, n’en est pas pour autant un soutien de cœur, la Maréchal-boucher égyptien goutant peu aux mouvements religieux que Ryad finance dans toute la région.

Et ce mercredi, Saad Hariri fraîchement arrivé au Liban, a annoncé la suspension de sa démission. L’homme d’Etat, autant que l’homme d’affaires, fort de son soutien renouvelé des puissances occidentales, ne semble donc pas tant muselé que ça. Mais Saad Hariri n’en est pas pour le moins en train de faire le jeu Saoudien dans la région.

UN BLOC CONTRE L’IRAN

Hariri assistera donc à la fête de l’Indépendance libanaise prévu le 22 novembre. Il a d’ailleurs profité de l’occasion pour s’en prendre à son rival de toujours au Liban, le Hezbollah chiite, et à Téhéran qui le finance, lui qui est au pouvoir grâce au soutien politique et financier de l’Arabie Saoudite et des chancelleries occidentales. Sa visite au Caire à Al-Sissi a également été l’occasion de discuter des « agressions » de l’Iran dans la région. Tous semblent entraînés, de leur gré ou non, dans le sillage de Mohamed ben Salmane Al Saoud qui réunit toutes les forces possibles face à l’Iran, jusqu’à inviter le président palestinien Mahmoud Abbas.

La tension entre les deux pôles régionaux de l’Islam, sunnite en Arabie Saoudite et chiite en Iran, semble en constante ascension. Dimanche, à la réunion de Ligue Arabe, l’Arabie Saoudite annonçait vouloir réagir à la politique « agressive » de l’Iran, tandis que la diplomatie de Bahreïn déclarait le Liban sous contrôle total du Hezbollah. Comme toujours, les Saoudiens accusent les Iraniens de financer des rebelles dans régions, des rebelles houtistes au Yémen au Hezbollah libanais. Et si l’Iran dément, il n’en reste pas moins que la concordance des voix dans la Ligue arabe contre l’Iran, mais aussi les visites successives de Hariri dans les pays du bloc sunnite pour trouver des soutiens contre le Hezbollah ainsi que l’activité diplomatique débordante de ben Salmane, indiquent une situation de plus en plus explosive.

L’habillage religieux du conflit entre les bourgeoisies orientales est couvert du sang des travailleurs orientaux ; entre conflits périphériques, milices terroristes, arrangements politiques entre dictateurs et féroce compétition économique, le conflit larvé entre l’Arabie Saoudite et l’Iran tue déjà, mais surtout, menace toute la région. Il est également la réverbération des tensions qui agitent les puissances occidentales de manière interposée : si la France cherche à calmer le jeu entre Hariri et le Hezbollah, entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, c’est aussi parce qu’elle a en tête les promesses du marché iranien qui commence tout juste à lui ouvrir ses portes. Une politique qui n’est pas vue d’un très bon œil du côté américain, avec Trump qui en appelle à remettre en cause les accords sur le nucléaire iranien conclus par Obama. Le retour d’Hariri signe une phase de retour à la normale et de contrôle des tensions montantes et palpables. Mais pour combien de temps ?




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